L’art du déneigement : suivre à la trace les chasse-neige


Nous vivons le quatrième chargement de neige de l’hiver 2012-2013 (Début vendredi). Un déneigement qui suscite toujours de nombreuses discussions. Les citoyens ont plusieurs récriminations et se questionnent le fonctionnement du chargement de la neige, tandis que les gestionnaires de l’Arrondissement nous disent faire le maximum pour satisfaire les contribuables. On a décidé d’aller voir en coulisse.

Voici le troisième article de trois sur le déneigement, vendredi les territoires et la technique et samedi les demandes de Jacob Germain aux citoyens

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La neige se fait avaler par la souffleuse. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

La neige se fait avaler par la souffleuse. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

Après avoir laissé la parole aux citoyens qui commentent nos articles sur le sujet et nous ont soufflé de nombreuses questions, RueMasson.com la donne aux employés de l’Arrondissement, les acteurs du chargement de la neige.

On a suivi Jacob Germain le contremaître de jour du secteur Rosemont/Chabot/Bélanger/Saint-Michel le 23 janvier dernier lors d’un troisième chargement et par la journée la plus froide de l’hiver. Un expert du déneigement avec 28 ans d’expérience qui a travaillé pour une compagnie privée avant de faire le même travail pour la Ville de Montréal. Il connaît son secteur sur le bout de ses doigts, hiver comme été. Il vérifie tout et surveille l’opération.

Jacob Germain compare le chargement à un jeu d’échecs. « Il y a beaucoup de planification dans cette opération ».

Ses deux pires tempêtes en 28 ans de déneigement : La crise du verglas et la tempête du 27 décembre 2012.

L’art du déneigement

Quand on observe le déneigement de l’extérieur, ça parait simple, les citoyens ont de nombreuses récriminations et plaintes. Mais Jacob Germain rappelle qu’il faut tenir compte de nombreux facteurs. « C’est un art », soutient-il.

Le contremaitre souligne aussi que les cols bleus qui font le déneigement aiment leur travail. « On a du bon matériel, meilleur que le privé, et nos employés aiment le déneigement. Il y a même un manque de relève ».

S’il y a une saine compétition entre les équipes de l’Arrondissement et du privé, le contremaitre reconnait que l’Arrondissement ne pourrait faire l’ensemble du déneigement. « On n’a pas assez d’équipement ».

Il ajoute que souvent ceux que l’on voit dans les médias, ce sont les employés qui dorment, qui vont magasiner. « On ne voit pas le grand nombre d’employés qui travaillent fort. Il y a des pommes pourries dans tous les secteurs d’emploi de la société. Il est certain que nos employés sont plus surveillés par les citoyens et ils doivent toujours se souvenir qu’ils sont payés par les citoyens », ajoute-t-il.

Les employés passent aussi des examens pour être certifiés sur les différentes machines pour déglacer, souffler, etc. Personne ne s’improvise conducteur de chasse-neige.

Des retards imprévus

Parfois des événements non prévus retardent le déneigement. Lors de notre session avec Jacob Germain, le chargement se faisait sur la 2e Avenue entre Bellechasse et Beaubien, le long de l’école Saint-Marc. Le chargement se faisait à 14 h pour éviter la sortie des classes à 15 h, mais ce jour-là des élèves sortaient plus tôt.

Jacob Germain a décidé d’arrêter le chargement pour quelques minutes, le temps que les enfants sortent en toute sécurité. Puisque le sillon était formé et que tout l’équipement était sur place, la souffleuse, les chasses-neige et les camions ont simplement arrêté le chargement et pris une pause. L’une des chauffeuses de Benco en a profité pour aller refaire le plein de sel, d’autres sont allés chercher un café.

Avant de reprendre le chargement, le contremaître a été voir la surveillante dans la cour de l’école pour s’assurer de pouvoir le recommencer en toute sécurité avant la grande sortie des classes de 15 h.

Décider de charger

Les décisions de charger la neige sont faites selon divers critères. Par exemple, lors de notre suivi du chargement le 23 janvier, il n’y avait pas eu plus que 15 cm, mais il y avait de la glace qui pouvait former des obstacles tant pour les automobilistes que les piétons. La glace bloque aussi les puisards pouvant entraîner des inondations lorsque la neige fond. « On regarde la météo à long terme. S’il n’avait pas fait très froid, le chargement n’aurait pas été nécessaire, mais le froid nous oblige à dégager les puisards, les trottoirs ».

Lorsque le chargement commence, les contremaîtres évaluent le temps nécessaire. Ils se rencontrent à l’heure du dîner pour discuter. « Ce n’est pas une science exacte. L’équipement peut briser, il arrive des pépins. Ce n’est pas parce qu’on prévoit trop de rues à faire, qu’on est avare ou incompétent, que parfois il y a des retards et que certaines rues ne sont pas faites lorsque c’est prévu.  Il arrive des imprévus, des contraintes qui nous forcent à faire un chargement plus tard ».

Des souffleuses plus puissantes

Dans l’Arrondissement, les souffleuses sont maintenant plus performantes et permettent de déneiger plus rapidement. Avant, même lors des bordées de neige de 20 cm au moins il fallait passer deux fois.

La différence entre la nuit et le jour

Avant c’était plus facile de charger la nuit. « On dérange moins le citoyen ». Maintenant, avec l’amélioration des techniques et du matériel, l’efficacité est semblable.

Les camions

Lors de chaque chargement, la ville décide du nombre de semi-remorques nécessaires. Ce sont des contrats au privé, l’Arrondissement ne possède pas de si gros camions.

Des équipes qui s’entraident

Quand l’équipe d’un secteur va plus vite, elle peut aider à terminer le chargement. Le 23 janvier, l’équipe de la contremaîtresse du secteur entre Saint-Michel et la 30e Avenue avait terminé avant 16 h. L’équipe a transféré à l’ouest de Saint-Michel pour déneiger les 9e et 10e Avenues. L’inverse peut aussi arriver. L’objectif est que tout soit fait rapidement. « Il lui reste une rue et demie, moi il m’en reste plus »

Une couronne autour des arbres

Les Benco de trottoirs laissent 30 centimètres de neige autour des arbres pour éviter d’arracher l’écorce et de les endommager. « Parfois les citoyens enlèvent cette neige pour la mettre dans la rue avant le chargement et c’est bien correct », souligne Jacob Germain.

Finalement Jacob Germain conclut notre entretien en lançant : « Il faut dire aux citoyens que le chargement n’est pas fait par une gang d’idiots, qui le fait n’importe comment. C’est pensé et songé. On aime faire ça le plus vite possible, parfois ce n’est pas possible d’aller très vite et les citoyens peuvent nous faciliter la tâche pour qu’on les dérange le moins possible ».





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