Que pensent les commerçants des casseroles?
Les organisateurs d’événements internationaux à Montréal s’inquiètent des retombées négatives que peuvent avoir les manifestations étudiantes et les concerts de casseroles sur leurs festivals. Qu’en est-il sur la Promenade Masson ? Depuis maintenant 10 jours, des centaines de personnes viennent jouer de la casserole sur le parvis de l’église Saint-Esprit et défilent dans les rues du quartier jusqu’à 22 h ou 23 h. Les commerçants paient-ils les frais de ces manifestations en baisse de clientèle ?
Le restaurant M sur Masson est aux premières loges des concerts de casseroles tous les soirs. Si quelques clients ont annulé leur réservation à cause de la rue bloquée par les manifestants (quatre clients en tout), les autres sont peu incommodés par le tintamarre. Lorsque les fenêtres sont fermées, on entend très peu le vacarme.
« Certains clients sont contre l’idée de manifester, mais pour plusieurs, ça les amuse et ça les fait rigoler », déclare Grégory Duval, propriétaire du M sur Masson qui est prêt à perdre quelques clients pour la cause. Mais c’est plutôt le contraire qui se produit. Après avoir bien « casserolé », certains décident d’aller manger chez lui après le concert.
Un client a même demandé aux serveurs du M de garder son verre de vin pendant qu’il allait jouer de la casserole. Il est ensuite revenu pour prendre son dessert et son café.
Chez sa voisine, la Tabagie Masson, il y a peu de client lors des rassemblements de casseroles dit le commis. « C’est la même chose lorsqu’il a y des ventes trottoir. » Ça sera donc une fin de semaine très tranquille pour lui.
Au Café Extase, la serveuse de soir n’a pas remarqué de différence dans l’achalandage. Les clients regardent avec curiosité le défilé. Un soir, des clients attablés près de la fenêtre ont même emprunté des casseroles à la cuisine pour taper lors du passage du défilé devant le restaurant.
À la Brûlerie St-Denis, Chez Baptiste sur Masson et au Café Lézard, c’est très très tranquille à partir de 20 h disent les serveurs. Ils remarquent toutefois que des clients avec casseroles en main viennent manger et boire avant ou après le concert de casseroles. « Beaucoup de monde vient manger avec leurs casseroles et sort pour aller manifester à 20 h, raconte Marilyne, serveuse au Café Lézard. Il y a une ambiance le fun, les gens sont heureux. »
« 99 % de ma clientèle a le carré rouge dans le coeur », dit Pierre Savoie, propriétaire du Café Lézard. Il remarque une baisse de son chiffre d’affaires depuis le début du conflit étudiant, sa clientèle étant surtout composée d’étudiants qui viennent faire leurs travaux des après-midi durant dans son café. En plus, « mon staff m’a cassé trois cuillères de bois, et pas des cuillères du Dollarama, des vraies cuillères de restaurant! », lance-t-il faussement scandalisé. Néanmoins, il a hâte que le conflit se règle et que les étudiants reviennent fréquenter son café.
Le Café Starbuck de son côté continu d’être fréquenté par des étudiants qui ne sont pas en grève affirme Martine, la gérante. « Le premier soir de la manifestation, le café s’est vidé. Certains n’aimaient pas voir la manifestation et d’autres sont allés se joindre aux casseroles », dit-elle. Tout est rapidement revenu à la normale. Elle ne remarque pas de différence dans l’achalandage, sauf le soir où il y a eu de la pluie. Plusieurs personnes sont venues prendre un café chaud.
André-Marie Coudou est propriétaire du Frite Alors. Lui aussi ne voit pas de différence dans son chiffre d’affaires. « Les gens viennent après, avec leurs casseroles, ça met plus d’ambiance. »
Au Superclub Vidéotron, quelques clients se sont montrés mécontents des casseroles. Sinon, c’est tranquille admet Myriam, la gérante. Elle attribue cette baisse du chiffre d’affaires au beau temps des derniers jours plutôt qu’aux casseroles.
« Ça serait bête de dire que les casseroles nuisent au commerce. À court terme oui ça peut nuire, mais les casseroles sont un signe d’un grand changement social et ça ne peut être que mieux. Si une société va mieux, le commerce va être mieux aussi », ajoute André-Marie Coudou aussi président de la Société de développement commercial (SDC) de la Promenade Masson. Il précise que jusqu’à maintenant, aucun commerçant n’a appelé la SDC pour se plaindre du tapage et de la présence des manifestants. Il faut dire que la plupart des commerces sont fermés à 20 h, heure des rassemblements.
La Promenade Masson dans l’oeil des médias
Depuis une dizaine de jours, LCN est là en direct. RDI s’est aussi montré le bout du nez. Plusieurs photographes de grands quotidiens sont là. Les images des casseroles de la rue Masson font les unes des journaux et ouvrent les nouvelles télévisées. Plusieurs commerçants s’entendent pour dire que c’est toujours bon d’entendre parler de la rue Masson.
« Ça fait vivre la rue Masson, je n’ai jamais vu autant de monde et ça nous met un peu sur la map. Bien sûr, on n’a pas encore de résultats tangibles de ça », indique le président de la SDC Promenade Masson.
« C’est bon, on voit le nom de la rue Masson dans les médias », dit Pierre Savoie du Café Lézard.
« Comme on dit, parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en! » dit Sylvie Brunet propriétaire de Sylvie B. Boutique cadeau.
Grégory Duval se fait appeler par des amis qui lui disent avoir vu le M sur Masson à la télévision. Un de ses employés qui jouait de la casserole devant le restaurant est même passé à Radio-Canada. « Ça nous apporte une certaine visibilité », indique-t-il, surtout que les manifestations sont festives et pacifiques.
Richard Taraborelli, propriétaire de la Quincaillerie A. Lalonde et ancien président de la SDC Promenade Masson, a un avis différent. « Le monde la connaît déjà pas mal depuis le nombre d’années qu’on en fait la promotion ». Il indique que les rassemblements de casseroles n’ont rien changé sur son chiffre d’affaires. « J’ai déjà ma clientèle bien établie. »








