Claude Jasmin partage ses souvenirs de jeunesse dans la Petite-Patrie

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L’affection de Claude Jasmin, maintenant âgé de 85 ans, pour le quartier qui l’a vu naître et où il a passé sa jeunesse ne se dément pas. À ses yeux, le quartier Villeray, qu’on nomme aussi la Petite-Patrie, exhale toujours un parfum de tendre nostalgie. Et, avec raison : ce coin de Montréal a été le théâtre de petits et de grands événements de la vie quotidienne de cet homme de talent aux trente-six métiers.

Lors d’une conférence présentée cet automne par la Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie, Claude Jasmin a généreusement partagé quelques souvenirs de jeunesse, pour le plus grand plaisir des participants qui s’étaient donné rendez-vous au ciné théâtre Le Château, un lieu que le conférencier avait assidument fréquenté enfant, adolescent et jeune adulte.

L’artiste et son œuvre la plus connue

Claude Jasmin est né dans le quartier de la Petite-Patrie le 10 novembre 1930. À la suite d’études en art, plus particulièrement en céramique, il poursuit une riche carrière de marionnettiste, de scénographe pour la télévision, de décorateur à Radio-Canada, d’écrivain puis d’animateur de télévision et de radio. L’artiste publiera une cinquantaine d’œuvres littéraires dont la plus connue sera une autobiographie publiée en 1972 et intitulée La petite patrie, laquelle sera portée au petit écran.

En effet, le téléroman La Petite-Patrie connaîtra un vif succès au cours des années 1970. L’intrigue se déroule entre 1946 et 1948 et relate la vie quotidienne d’une famille canadienne-française typique des années d’après-guerre qui vivait au 7068 rue Saint-Denis (entre les rues Bélanger et Jean-Talon), dans la paroisse Sainte-Cécile.

« L’action du téléroman mettait en scène ma famille ainsi que des voisins et des personnages inspirés de ceux qui vivaient dans le quartier. Le comédien Vincent Bilodeau me personnifiait. Quant à mes parents, Jacques Galipeau et Gisèle Schmidt leur donnaient vie. D’ailleurs mon père et Jacques Galipeau se ressemblaient beaucoup dans leurs mimiques et leur personnalité. Et, même si Mme Schmidt ne ressemblait pas physiquement à ma mère, elle était le même type de femme : la mère de famille au caractère bien trempé des Canadiennes-Françaises de l’époque. » Toutefois, si quatre enfants composaient la famille du téléroman (Lucie, Murielle, Clément et Marie-Paule), un frère et une autre sœur cadette n’y étaient pas personnifiés. « En réalité, nous étions six enfants », de préciser l’auteur.

Détail intéressant : la comédienne Louise Rinfret avait 29 ans lorsqu’elle jouait le rôle de Marie-Paule, une préadolescente de 13 ans !

Communautés culturelles de l’époque

Si le quartier de la Petite-Patrie est maintenant le lieu de résidence de nombreux citoyens issus de communautés culturelles fort diverses, dans les années 1940, seuls les Italiens et les Irlandais y côtoyaient une population canadienne-française francophone et catholique. Cependant, la mixité culturelle n’était généralement pas très courante, car les enfants fréquentaient des écoles différentes et ces relations interculturelles n’étaient pas très encouragées. « Comme plusieurs Montréalais de mon époque, j’ai bien connu les conflits entre « Anglais et Français » : les jeunes garçons se battaient régulièrement, sans raison bien valable.

Claude Jasmin se souvient également d’une jeune Italienne qui avait fait battre son cœur. Malheureusement, les fréquentations avaient été brusquement interrompues lorsque le père de la jeune fille avait servi un avertissement sans équivoque au jeune homme. « La menace était à peine voilée et très claire : je devais cesser de voir ma belle Italienne. »

Un quartier populaire, des habitants chaleureux

Claude Jasmin se souvient de la proximité qui régnait entre les voisins et les habitants du quartier dans sa jeunesse. « C’était souvent des gens qui avaient quitté leur village de campagne pour trouver du travail dans la grande ville et y élever leur famille. Les voisins échangeaient beaucoup entre eux et, en quelque sorte, prenaient soin les uns des autres. On se donnait des conseils, on s’entraidait. Quand il faisait beau, tout le monde était assis sur son perron respectif et les conversations se déroulaient de maison en maison. Il était très difficile de garder un secret, car tous les résidants se connaissaient. »

En général, les femmes accouchaient à la maison et c’était une sage-femme du quartier qui se chargeait de mettre les enfants au monde. En outre, en tant que restaurateur et propriétaire de ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui un dépanneur, le père de Claude recevait souvent les confidences des hommes du quartier dont le commerce était souvent le lieu de rendez-vous. « Mon père était un homme très religieux. Lorsque des jeunes garçons habitués du restaurant se mettaient à blasphémer, il les rappelait à l’ordre. Il jouait aussi un rôle protecteur et paternel pour certains. Il était très respecté dans le quartier. »

Des histoires cocasses et des anecdotes d’époque, Claude Jasmin en a à profusion dans les recoins de sa mémoire. Cette soirée en sa compagnie a certainement donné l’envie à plusieurs de se replonger dans son œuvre la plus connue, La petite-patrie, un roman incontournable pour les amoureux de l’histoire de ce sympathique quartier.

1 commentaire à Claude Jasmin partage ses souvenirs de jeunesse dans la Petite-Patrie

  1. Suzanne Allard montour

    Nous attendons la re-diffusion de La Pettite Patrie…..

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