L’offre de l’épicerie Fardoche ne répondait pas aux besoins des gens du quartier

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L’épicerie Fardoche, ouverte en juillet 2015 sur Dandurand, par la Société Orignal a fermé ses portes hier, laissant plusieurs clients de Vieux-Rosemont déçus. L’un des deux fondateurs de cette compagnie, Alexander Cruz, a expliqué les raisons de cette fermeture lors d’une entrevue téléphonique avec RueMasson.com.

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Le projet initial de l’épicerie Fardoche, c’était de vendre des produits du Québec, qui est aussi l’objectif de la Société Orignal qui développe des produits alimentaires avec des familles et petites entreprises du Québec.

« Bien vite, on a du faire des ajustements et changer, s’adapter. On a investi, on a fait du marketing, des boites à suggestion. On a suivi 9 suggestions sur 10. Mais depuis la deuxième semaine d’ouverture, les ventes ont stagné. Le palier pour être rentable était trop élevé, même si notre loyer n’était pas très élevé », souligne Alex Cruz.

C’est cette absence d’augmentation des ventes qui les ont poussés à ne pas continuer plus longtemps après six mois seulement. L’espoir de changer la courbe n’existait plus.

Avant d’ouvrir cette épicerie, il explique avoir travaillé pendant 1 an et demi. « On avait analysé le potentiel de marché, le nombre de familles, les gens de plus en plus propriétaires et on était capable de tirer notre épingle du jeu, explique Alex Cruz. Notre entrepôt et notre bureau étaient proches, on aime le quartier et on était vraiment tombé en amour avec le local et le lieu ».

« Notre offre et nos forces ne correspondaient pas aux besoins des gens. On n’a pas été en mesure de regrouper assez de gens, on a fait une erreur. Il fallait minimiser les pertes. On ne pouvait pas laisser aller et continuer.» – Alex Cruz

Ce dernier ajoute qu’il en ressort très déçu, il pensait que le projet allait fonctionner. Il persiste à croire que le type d’épicerie proposée améliorait la qualité de vie du quartier. « Et on avait une équipe très cool. On avait des employés impliqués qui connaissaient les produits et les clients. Mais les avant-midis avec un seul client, c’est long. »

7 employés perdent leur emploi, 5 à temps plein et 2 à temps partiel.

De la publicité a été faite dans le Journal de Rosemont, du porte-à-porte auprès des citoyens du quartier, plusieurs projets de marketing ou d’entente, mais il n’était pas question d’envoyer des circulaires. « C’est terrible, c’est de la pollution ».

Alex Cruz souligne qu’il trouve ça dommage pour les clients, car c’était des gens impliqués qui leur lançaient des défis. « Je suis aussi triste pour les gens du quartier qui venaient nous voir. On pense que fermer était la meilleure chose à faire. La localisation et notre offre ne correspondaient pas aux besoins .L’implication citoyenne est vraie dans le quartier. Mais la majorité voulait une véritable épicerie. C’est nous les grands perdants. On voulait que ça soit un point de rencontre. Mais on n’avait pas moyen d’essayer encore 6 mois. C’était impossible et ce n’est pas une décision prise à la va-vite.»

L'intérieur de l'épicerie. Photo : RueMasson.com

L’intérieur de l’épicerie. Photo : RueMasson.com

Pourquoi sur Dandurand?

Plusieurs citoyens se demandaient pourquoi ne pas avoir ouvert sur Masson, plus achalandé que Dandurand, à l’est de Saint-Michel. L’objectif de Fardoche était de redevenir l’épicerie de quartier qui existait avant au coin des rues. « Avant les dépanneurs sur les coins de rue étaient des épiceries. Pourquoi avoir des dépanneurs qui vendent des bonbons et des trucs pas très bons pour la santé ?» se questionne-t-il.

« La localisation n’était peut-être pas idéale, mais je ne l’aurai pas vu ailleurs. On ne voulait pas ouvrir sur une grande artère, on ne voulait pas que les gens soient toujours sur la même rue, on voulait qu’il fasse un petit détour, on voulait être un point de repère. Avoir une épicerie au cœur du quartier a des points positifs. On ne voulait pas ressembler aux autres. »

Le frigo de l'épicerie Fardoche. Photo : RueMasson.com

Le frigo de l’épicerie Fardoche. Photo : RueMasson.com

Pas plus cher

Les critiques sur le fait que les produits de Fardoche étaient trop chers sont réfutées par Alex Cruz.

« La pinte de lait était le même prix qu’ailleurs. On n’était pas plus cher que Première Moisson pour le pain. Je n’avais pas envie de vendre un ketchup Heintz, mais un ketchup de la Gaspésie. On voulait valoriser le métier de l’épicier. Pas seulement offrir des prix », affirme-t-il.

« On avait des produits autres que du Québec, mais je n’aurai pas été capable de faire entrer des fraises de la Californie, je voulais instaurer les fruits et légumes de saison ».

Il raconte avoir eu le projet de commander des fraises du Québec en gros en saison pour permettre aux gens de faire des confitures.

« C’est la réflexion facile de dire que c’était trop cher. Le consommateur doit aussi évaluer la qualité de nos produits. La gastronomie québécoise doit rentrer au cœur d’une famille. Il n’y avait rien de plus cher que dans une autre épicerie, sauf peut-être au Maxi. » – Alex Cruz

Il donne quelques exemples de produits qui n’étaient pas plus chers : « Il faut comparer qualité pour qualité. Le cheddar de l’ile aux grues était 15 à 20 % moins cher qu’au supermarché,  la volaille qualité pour qualité : 5 % moins cher, les saucisses : même prix que 4 saucisses empaquetées. Les Terra chips sont très chères 6-7 $ le paquet, mais elles étaient en demande et se vendaient le mieux que celles moins chères qu’on avait. Je n’ai jamais compris. »

« On était sur le point de mettre en place l’achat d’un quart de bœuf ou d’un porc entier. Les commandes se seraient faites par famille ou en groupe. Ça aurait couté 17 à 19 % moins cher. Mais quand tu travailles avec un petit agriculteur, ça se prépare. Ça prend du temps d’offrir un porc 1 an d’âge au lieu de 2 mois. »

Le frigo de l'épicerie Fardoche. Photo : RueMasson.com

Le frigo de l’épicerie Fardoche. Photo : RueMasson.com

Un système de consigne

L’épicerie avait mis en place un système de consigne pour les produits secs, comme les légumineuses. Les gens payaient 1 $ de consigne et ramenaient ensuite leur contenant en verre.

Une nouveauté qui avait engendré bien des partages et de nombreux commentaires quand RueMasson.com l’avait publié sur sa page Facebook. Mais qui ne fonctionnait pas dans la réalité.

« Ça ne fonctionnait pas tant que ça. Peut-être que le contenant aurait dû être en plastique? Ça marchait mieux pour le prêt à manger. »

Cette consigne était l’un des projets de la Société Orignal pour diminuer leurs déchets et les matières recyclées. « On était dans une perspective de réduction. »

Les pots consignés de l'épicerie. Photo : RueMasson.com

Les pots consignés de l’épicerie. Photo : RueMasson.com

Un local à reprendre

Alex Cruz lance un appel pour la reprise du local qu’ils ont entièrement rénové de fond en comble. De nombreuses heures de travail ont été nécessaires pour tout retaper, aidé de leur famille.

« Mon père a eu un infarctus au milieu des travaux, il a failli mourir. Pour l’instant on le ferme, mais si des gens veulent reprendre le local, une coopérative ou un autre projet, nous sommes ouverts », lance-t-il.

Il se demande d’ailleurs si la rénovation du local ne leur donnait pas l’air d’être une épicerie fine. « Mais on voulait seulement avoir une belle épicerie, on voulait embellir. On voulait que les petits bouts dans le quartier s’en rappellent.  Même si on a été là 6 mois, on a laissé notre empreinte. On est tombé en amour avec le local. On avait un super propriétaire, un super voisin Denis, le nettoyeur en face, et beaucoup de monde qui passait. »

Les clients qui ont des pots consignés ou qui ont acheté des cartes prépayées peuvent contacter la Société Orignal pour se faire rembourser.

Par ailleurs, les plaintes de bruit lors du dernier conseil d’Arrondissement n’ont aucun lien avec la fermeture de l’épicerie.

Écoutez une entrevue avec les deux fondateurs de la Société Orignal à Bien dans son assiette à Radio-Canada : Alexander Cruz et Cyril Gonzales.

 

 

 

 

7 commentaires à L’offre de l’épicerie Fardoche ne répondait pas aux besoins des gens du quartier

  1. Martin Brisebois

    J’étais un fan de cette magnifique épicerie à deux pas de chez moi…
    Cette fermeture m’attriste.
    Il y avait cependant un bémol que l’entrevue ne mentionne pas: l’imprévisibilité de la marchandise. Fardoche était l’endroit des achats coup de coeur, mais pas l’endroit pour rechercher un produit précis avec l’assurance de le trouver.

  2. René Deschamps

    Dommage qu’il n’y a pas eu un push médiatique assez grand, parce qu’il y a plein de bonnes idés dans tout ça.
    J’aurais aimé avoir le temps d’y mettre le pied. J’avoue que j’ai jugé probablement l’endroit. Je suis de ceux qui ont dû passer devant en se disant : <> . Le jour où je me suis décidé, on y faisait le pavé et il y avait pas un chat dont j’ai pas fait plus d’effort. ?

    Pour changer la façon de faire des consommateurs, il faut beaucoup de courage et du culot, j’admire cette audace. Malheureusement, ça prends trop de temps pour une société qui ne le prend plus en main ce temps.

    Je n’aime pas les locals commercials vide, j’espère qu’il y aura une belle suite au travail des fondateurs de l’épicerie Fardoche.
    N’abandonnez pas votre esprit d’innovateur et d’entrepreneur !

  3. M. Deschamps : l’ouverture de Fardoche a eu une belle couverture médiatique. Même la Presse en a parlé. Nous avons fait 2 articles et plusieurs mentions sur notre page Facebook. Mais c’est aux commerces de s’assurer que les clients les connaissent, pas aux médias.

  4. Mélanie Mailhot

    Bien triste moi aussi de la perte de ce beau commerce, original.
    J’ai bien aimé l’offre abordable des fruits et légumes, ainsi que des produits plus fins (rillette d’omble).
    Les employés étaient aussi très gentils.
    Bon courage!

    M. Mailhot

  5. Robert Dion

    Je suis aussi en deuil de Fardoche, épicerie que j’ai encouragée autant que j’ai pu. Je crois que les problèmes de ce commerce viennent de sa situation « entre deux chaises » : entre épicerie fine et épicerie « générale ». On ne pouvait pas toujours compter sur Fardoche pour les produits du quotidien, même de qualité. Je crois aussi que l’ouverture a eu lieu trop tard dans l’été : les habitudes n’étaient pas assez enracinées quand les gens se sont encabanés pour l’hiver. Enfin, ça a pris un certain temps avant que les tablettes soient bien remplies ; en pleine saison des récoltes, on n’avait pas une impression d’abondance comme on l’apprécie au marché, par exemple (mais je comprends bien sûr les contraintes financières qui conduisent à démarrer lentement).

    Souhaitons qu’un autre beau commerce s’installe dans ce beau local.

  6. Moi aussi , je suis très déçue de la fermeture de Fardoche. Toutefois, je me demande si on y a laissé suffisamment de temps?
    Car le concept étant tellement innovateur que je me demande si on est resté ouvert assez longtemps pour créer l’habitude d’une clientèle à s’y approvisionner d’une part et ajuster l’offre en magasin de l’autre. Mon idée serait de réouvrir et offrir des produits de spécialité 😉 non ou peu périssable. Peut-etre moins épicerie de quartier mais plutot épicerie à valeur ajouté de produit québecois sélect …. Sans y vendre nécessairement des bières au risque de tomber dans le créneau populaire de dépanneur de bière québécoises….
    J’ ai trouvé chez-vous des produits fabriqué ici, inusités, de qualité et délicieux, à bon prix. Ce créneau là était innovateur. Dommage….

  7. Personnellement et malgré ce qu’indique la personne dans l’article c’était trop cher pour ma famille. Rosemont devient trop cher, loyer, services, etc. C’est difficile d’allouer plus de budget pour de l’épicerie fine et en petite quantité ! La tendance c’est d’acheter en gros, congeler, mutualiser à plusieurs clients, spéciaux sur les produits de saison en abondance, etc. Pas de payer la demi portion fromage made in Québec à 2 fois le prix, car c’était bien le cas dans ce commerce.
    Bon courage.

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