Laura Secord, une héroïne canadienne méconnue

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Si Laura Secord fait surtout référence à une marque de chocolats et de confiseries connue des Canadiens d’un océan à l’autre, l’exploit de cette femme de tête lors de la guerre de canado-américaine de 1812 est toutefois largement ignoré. Une récente conférence présentée à la Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie de Andrée Aubut a fait toute la lumière sur l’acte de courage déterminant que Secord a accompli il y a un peu plus de deux siècles.

Issue d’une famille de commerçants aisée du Massachusetts, Laura Ingersoll naît en 1775, au début de la rébellion américaine dans laquelle son père Thomas s’est battu du côté des patriotes.

Considérée comme une enfant brillante, son père songe à l’envoyer dans une école pour jeunes filles de Boston. Cependant, une sévère récession sévit à la suite de la guerre d’Indépendance et la famille Ingersoll a du mal à gérer le déclin de sa fortune. C’est alors que se présente aux Ingersoll l’occasion d’émigrer à Queenston, dans le Haut-Canada, tout près de Niagara Falls.

En 1797, Laura y épousera James Secord, dont le nom était, à l’origine, Sicar. Originaires de La Rochelle, les ancêtres français de James avaient, en effet, fondé New Rochelle, en 1688, dans l’État de New York après avoir fui les persécutions dont ils faisaient l’objet en tant que Huguenots. Loyaliste fidèle à la couronne britannique, la famille Secord s’était ensuite établie au Haut-Canada après la guerre d’Indépendance américaine. Le couple formé par Laura et James sera propriétaire du magasin général de Queenston et ils seront parents de cinq enfants.

La guerre canado-américaine est en marche

En 1811, les rumeurs voulant que les États-Unis (nouvellement formés depuis 1776) annexent le Canada à leur territoire se font de plus en plus nombreuses. Fait étonnant, plusieurs Canadiens voient ce projet d’un oeil favorable.

James Secord rejoint alors son régiment en tant que capitaine d’une unité d’artillerie. Cependant, le nombre de soldats présents dans le Haut-Canada est assez limité, car plusieurs sont occupés à combattre en Europe contre Napoléon. Isaac Brooke, alors commandant des forces britanniques au Canada, avait bien tenté d’obtenir davantage d’effectifs, mais en vain. Il se tourne donc vers des membres de tribus amérindiennes pour venir en aide aux troupes canadiennes.

Le 18 juin 1812, les États-Unis déclarent la guerre à la Grande-Bretagne. Comme elle vit à Queenston, un lieu stratégique et menacé, Laura Secord décide tout de même d’y rester. Cependant, elle cache ses objets de valeur et s’assure d’avoir assez de provisions pour nourrir sa famille jusqu’à la fin du conflit.

Le complot découvert par Laura Secord

La conférencière Andrée Aubut et son conjoint personnifient Laura Secord et Ralph-Henri Bruyère. Photo : RueMasson.com/Sylvie-Claire Fortin

La conférencière Andrée Aubut et son conjoint personnifient Laura Secord et Ralph-Henri Bruyère.
Photo : RueMasson.com/Sylvie-Claire Fortin

Au petit matin du 13 octobre 1812, les Américains attaquent Queenston. Isaac Brooke trouvera la mort lors de cette invasion. Puis, au printemps de 1813, les Américains occupent la rive canadienne de la rivière Niagara. Tous les hommes bien portants du Haut-Canada sont alors considérés comme prisonniers de guerre et sont envoyés aux États-Unis.

Blessé à la jambe, James Secord échappe à cette épreuve, mais la famille reçoit l’ordre d’héberger trois officiers américains. Un soir, au cours d’une réception en l’honneur du colonel Charles Boerstler, le commandant des forces américaines à Queenston, Laura et James surprennent une conversation où Boerstler informe ses confrères que les Américains ont l’intention d’attaquer les troupes du lieutenant James Fitzgibbon, à Beaver Dams, près de Niagara Falls. Le couple convient qu’il faut absolument prévenir Fitzgibbon de l’attaque imminente des Américains.

La santé de James étant encore précaire, Laura décide alors d’y aller, toute seule, et au péril de sa vie. Profitant de l’obscurité, elle quitte donc sa demeure avant l’aube, puis elle marche sans arrêt, et ce, durant dix-huit heures, traversant fermes, marais et forêts. Outre le risque d’être repérée par une sentinelle américaine, Laura affronte sans broncher le soleil torride de juin sans compter la menace de bêtes sauvages.

Un renseignement crucial pour les Britanniques

Tout près du but, elle rencontre alors des guerriers autochtones et leur demande de la conduire au quartier général du lieutenant Fitzgibbon.
L’intrépide intervention de Laura portera fruit : les forces britanniques et leurs alliés autochtones seront informés à temps de l’attaque des Américains, ce qui leur permettra de remporter la victoire. Heureusement, car si les Américains avaient été victorieux à Beaver Dams, ils auraient pu s’emparer de toute la région de Niagara.

Un exploit maintenant reconnu de tous les Canadiens

Ce n’est qu’en 1860 que le rôle de Laura Secord, alors âgée de 85 ans, a officiellement été reconnu, et que la noble dame fut honorée par le gouvernement canado-britannique pour son rôle déterminant lors de la Guerre de 1812. En outre, le Prince de Galles lui remit une récompense pécuniaire. Elle mourra le 17 octobre 1868 à Chippawa (Niagara Falls, Ontario), à l’âge vénérable de 93 ans.

Aujourd’hui encore, le Monument aux Valeureux situé à la Place de la Confédération, à Ottawa, commémore 14 personnalités de l’histoire militaire du Canada, dont Laura Secord, représentée par une statue érigée en 2006 en signe de reconnaissance.

Source de l’image à la une : Laura Secord du livre de George Bryce « Laura Secord: A Study in Canadian Patriotism» (1907)

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