Bâtiments abandonnés dans Angus : « On s’y défoule, on fait des feux avec de l’essence »

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Les jeunes de Rosemont (et des moins jeunes) semblent avoir trouvé l’espace idéal pour se défouler, explorer et se mettre en danger. Tous les adolescents, à qui on a parlé, connaissent les anciens bâtiments qui abritaient Solotech et y avaient été faire un tour.

Lire le premier article de notre dossier : Un squat dans Angus?

De nombreux déchets jonchent le sol du terrain autour des bâtiments. Photo : RueMasson.com

De nombreux déchets jonchent le sol du terrain autour des bâtiments. Photo : RueMasson.com

Des jeunes qui ne se connaissent pas, qui ne vont pas aux mêmes écoles et qui ne se fréquentent pas.

Une mère à qui on posait la question nous a répondu : « J’ai deux ados à la maison, j’ai donc entendu parler de l’utilisation des terrains de Solotech comme espace de rencontres des jeunes ».

Des adolescents qui y sont allés une fois ou de nombreuses fois. Si ces jeunes savent qu’il est interdit d’aller sur les lieux, leur curiosité est plus grande. C’est devenu leur centre de réunion.

L’un de ceux qui y a été plusieurs fois depuis 2 ans et qui a même allumé plusieurs feux a accepté de parler à RueMasson.com en présence de l’un de ses parents. Évidemment, on a promis de préserver son anonymat et on l’appellera Bruno. Il a 13 ans.

« Les jeunes vont principalement là pour faire des feux , rencontrer du monde, consommer du pot ou du hasch, faire des graffitis et briser des vitres. On pète tout, on fonce dans les murs pour se défouler. »

Une autre adolescente de 12 ans nous a confié y être allée avec une amie par curiosité l’an dernier. « On voulait voir, on est entré facilement. La moitié des jeunes dans ma classe y sont allés. »

Elle ajoute que des gens peuvent y entrer malgré les barricades, car ils les remettent en place pour faire croire qu’elle est toujours en place.

Bruno souligne que c’est très facile d’ouvrir les barricades et de trouver une manière d’y entrer. Il s’est fait avertir une fois par un voisin qu’ils allaient se faire arrêter.

Il dit aussi y avoir vu des enfants de 7-8 ans, ce qui l’avait surpris et même une plantation de pot dans les premières fois où il y est allé.

Un autre adolescent de 14 ans est aussi allé plusieurs fois dans les édifices abandonnés il y a quelques mois. Il est entré par une porte détruite. « On a exploré, on est monté sur le toit. »

L’entrepôt ou Solo

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Les jeunes ont donné un nom à ces bâtiments abandonnés. C’est l’entrepôt abandonné ou Solo.

Selon Bruno, aucune personne n’habite là. Des jeunes s’y retrouvent, mais aussi des adultes pour fumer du pot.

Bruno a commencé à fréquenter l’entrepôt depuis 2 ans. « J’étais avec deux de mes amis, on allait au parc Angus, on a vu une ruelle, on est entré et on a vu que l’entrepôt était abandonné. On est entré et le lendemain, on en a parlé aux personnes de l’école. C’est ainsi que ça s’est propagé. »

Et leur entrée a été très facile, une porte de garage à l’entrée des livraisons n’était pas barrée.

Est-ce que les jeunes sont conscients que c’est un endroit dangereux et qu’il est illégal d’y entrer? « Oui, mais je m’en foutais un peu. C’est après que je réfléchissais à tous les risques. »

Des bâtiments délabrés

Le service des Incendies de Montréal a classé le bâtiment comme dangereux et il semble que ce soit bien le cas.

Bruno explique qu’il a visité tous les bâtiments. Il y a un deuxième étage, un sous-sol, qui est maintenant inaccessible à cause d’un effondrement et même un endroit sans plancher. « Tu ouvres la porte et c’est le vide. »

Les pompiers sont intervenus dans les bâtiments abandonnés lundi 7 septembre. Photo : RueMasson.com

Les pompiers sont intervenus dans les bâtiments abandonnés lundi 7 septembre. Photo : RueMasson.com

Il ajoute qu’il y a une semaine ses amis lui ont dit qu’ils avaient fait un feu là-bas et des débris sont tombés du plafond. (NDLR Lundi dernier les pompiers sont intervenus).

« On est déjà monté sur des échafaudages qui ne sont pas très solides. Dans le sous-sol, tout est effondré. Il y a des planches avec des trous et on entend des bruits, surement le vent. Maintenant, on ne peut plus y aller, car un cylindre bloque l’entrée. »

Des produits dangereux et des feux 

Bruno explique aussi que dans une cuisine à l’intérieur du bâtiments il y a des extincteurs, mais des bonbonnes de gaz de four. « Lors du feu, elles ont explosé, c’est pour ça que des briques sont tombées. Ils ont aussi mis des cannes et des briquets sur une table pour y mettre le feu et ça a explosé. »
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Bruno a déjà allumé des feux dans les bâtiments. Il a d’ailleurs été interrogé par un enquêteur des incendies criminels du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en présence de l’un de ses parents. C’était pour un feu en juin dernier auquel Bruno n’avait pas participé. « Celui-ci ce n’était pas moi, mais je leur ai avoué en avoir fait d’autres. »

« Les enquêteurs ont fouillé mon ordinateur », ajoute le parent.

Une fois, l’adolescent a eu peur. « On avait allumé un feu, mais il était tellement gros qu’on ne voyait rien, même avec nos lampes de poche. On voulait l’éteindre, mais on n’a pas réussi. La fumée nous étouffait. Quand on est sorti, on était presque tout noir. »

Une autre fois, les jeunes ont trouvé un contenant avec de l’essence et ont fait un chemin de feu qu’ils ont filmé. Le parent a eu froid dans le dos en voyant les vidéos.

« J’ai même trouvé un produit qui ressemble à de l’acide que j’ai versé sur le plancher que ça a détruit », ajoute Bruno.

Le parent souligne qu’il est intervenu et a appelé les policiers pas seulement pour son fils, mais pour tous les autres jeunes et pour que les autres parents soient au courant.

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