Avez-vous déjà vu le Grand Antonio sur Beaubien?

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Rosemont a aussi eu son homme fort. C’était le Grand Antonio! Celui qui tirait des autobus avec ses cheveux et qui paradait avec des chaînes dans les galas de lutte a habité le quartier une grande partie de sa vie. Des Rosemontois se souviennent d’avoir croisé à quelques reprises le colosse de presque 2 mètres et de 225 kilos.

« C’est une légende à Montréal et il est en train d’être oublié» se désole l’auteure jeunesse Élise Gravel qui lui a consacré un album illustré pour faire connaître ce personnage aux enfants. Selon elle, le Grand Antonio fait partie du patrimoine de Rosemont.

Il a habité dans un 1 1/2 sur Beaubien, près de 10e Avenue, les deux dernières décennies de sa vie. Il fréquentait le supermarché Provigo et le Dunkin Donuts tout près de chez lui qui est aujourd’hui abandonné. Il disait que c’était son bureau. Il y recevait son courrier ainsi que des appels téléphoniques.

«Quand j’habitais sur de Lorimier, il était toujours à l’arrêt d’autobus», se souvient Élise Gravel. Il vendait des photos autographiés de ses exploits passés, des cartes et des collages. Mais sa vie n’avait plus rien du lustre passé. On dit que c’est une peine d’amour qui a mis le Grand Antonio au tapis. Il n’a jamais pris le dessus et il s’est laissé aller.

À la piscine dans les années 1960

Quand il était enfant, Pierre Lefaivre, résident de Rosemont depuis toujours et membre de la Société d’histoire, se souvient de d’avoir vu le Grand Antonio à la piscine Rosemont, derrière la bibliothèque. C’était dans les années 1960. À ce moment, il ne savait pas qui était le Grand Antonio ni la nature de ses exploits. Il voyait juste un immense colosse qui rentrait à peine dans la douche où les nageurs devaient se rincer avant de faire saucette.

« On avait 12 ou 13 ans. On se rassemblait autour de lui et on faisait des sparages. […] On espérait le voir sauter du tremplin pour faire un gros splash! Mais ce n’est jamais arrivé…» C’est plus tard qu’il a pu voir ses exploits à la télévision.

Dans la mire d’un photographe rosemontois

Le Grand Antonio Photo : Sylvain Laquerre

Le Grand Antonio, 1 m 93.
Photo : Sylvain Laquerre

Le photographe rosemontois Sylvain Laquerre a été grandement marqué par sa rencontre avec la Grand Antonio au début des années 1980. Tellement, qu’il a écrit sa biographie, Antonio le grand, publié en 2006.

Sylvain Laquerre voulait le prendre en photo dans son appartement. Antonio, lui, voulait seulement poser pour des photos où il était à son avantage, habillées de son tuxedo. Sylvain Laquerre a été patient. Il l’a accompagné un soir à la Place des Arts, où l’homme fort voulait se faire tirer le portrait avec la chanteuse Mireille Mathieu.

« La foule s’ouvrait devant lui comme une charrue dans la neige. On le voyait dans le visage des gens qu’ils étaient impressionnés de le voir. Lui, il adorait ça l’effet qu’il avait sur le monde. Ça le flattait.»

À force de gagner son amitié, Sylvain Laquerre a réussi, après 10 ans, à prendre des photos de Anton Barichievich dans son 1 1/2 de la rue Beaubien, où il dormait sur le sol.

Le Grand Antonio était un homme excentrique. « Il était spécial mais pas déconnecté de la société, il savait comment la terre tournait.»

«C’est un gars gentil même s’il n’est pas chaleureux ou débordant d’affection. Il n’était pas dangereux ou mauvais. Il n’aurait pas fait de mal à une mouche.»

Son allure pouvait parfois faire peur, il était très grand, très gros, avait une tignasse qui trainait par terre, en plus d’une barbe touffue. On disait qu’il ne se lavait plus et qu’à cause de son odeur, il avait été expulsé du Dunkin Donuts qu’il fréquentait. Il devait frapper à la fenêtre pour que les commis viennent le servir sur la terrasse.

Son ami Sylvain Laquerre se porte à sa défense. « Il ne sentait pas si fort que ça… moi je trouvais qu’il sentait le Dunkin Donuts!»

Il se désole que le Grand Antonio était la cible de bien des railleries et de snobisme. «J’ai été surpris de voir les gens à son décès trouver soudainement que c’était un grand homme. Je suis certain qu’il y avait des gens qui avaient ri de lui la semaine d’avant.»

La fin de l’homme fort

Le Grand Antonio est décédé au Provigo à côté de chez lui en septembre 2003, à l’âge de 77 ans, d’un arrêt cardiaque. « On l’a vu s’asseoir comme d’habitude, avec ses billets de loto, dit une dame. Tout d’un coup, il est devenu tout blanc.», est-il rapporté dans La Presse du 7 septembre 2003.

Il a fallu 8 ou 9 hommes pour le soulever. Les ambulanciers ont tenté de le réanimé et l’ont transporté à l’Institut de cardiologie. Il est décédé d’un arrêt cardiaque.

Le Grand Antonio vivait dans une extrême pauvreté. Il a pu avoir des funérailles décentes grâce à un don anonyme, à l’organisme Jeunesse au Soleil et la maison Urgel Bourgie de la rue Beaubien.

Source de l’image en une : Le Grand Antonio, gracieuseté du photographe Sylvain Laquerre, tous droits réservés

 

Les faits saillants du Grand Antonio

  • Il s’est fait connaître internationalement comme homme fort et lutteur
  • Il a fait des combats au Japon
  • Il a été figurant dans le film La guerre du feu en 1981
  • Il a rencontré Michael Jackson, Luciano Pavarotti et mère Teresa
  • Il a déjà mangé 25 poulets de suite pour une émission de Noël à Tokyo
  • Il a tiré un train de 433 tonnes à Montréal, ce qui lui a valu d’être cité dans le livre des records Guinness en 1952.
  • Il a été interviewé 7 fois par Johnny Carson au Tonight Show

 

Voyez un combat du Grand Antonio, commenté en japonais! On ne vous dit pas qui gagne à la fin.

 

14 commentaires à Avez-vous déjà vu le Grand Antonio sur Beaubien?

  1. Sylvain Laquerre

    Bravo pour cet article qui contribue à garder vivant le Grand Antonio !

  2. Hélène

    j était jeune,quand je l attendait avec sa grosse voix,j avais peur de lui
    j aime pas les gens qui ri des autres

  3. Jeannine

    Comptente de fois ce documentaire.. C’était un homme formidable et enoubliable.

  4. Jean-Yves

    Je me souviens de le voir monter dans la 18 Beaubien et de sentir tout le le bus pencher du côté où il s’asseyait.

  5. Michel Danis

    Moi je l’ai vu dans mon petit village de Thurso dans l’Outaouais en 1966 ou 1967

  6. Claire Beauchemin

    J’ai connu le Great Antonio lorsque j’avais 17 ans. C’était à Rouyn (aujourd’hui Rouyn-Noranda) à l’été 1962. J’étais alors directrice du terrain de jeux estival de la ville, dont les locaux étaient dans le forum de Rouyn. Je l’ai vu tirer des autobus près du forum. Il les a vraiment tirés, seul, et sans tricherie aucune. Je n’ai pas assisté au spectacle de lutte qui a suivi; cela ne m’intéressait pas. J’avais gardé de lui un souvenir impérissable, . Lorsqu’il est réapparu dans ma vie rue Beaubien, j’avais deux enfants en bas âge : une fille et un garçon. Je leur ai raconté l’histoire de ses exploits et acheté une photo pour mon fils, Il l’a affichée avec admiration sur le mur de la salle de jeux. Nous le saluions tous avec respect lorsque nous le croisions. Je crois que cela a contribué à développer chez mes enfants – qui ont aujourd’hui 35 et 37 ans – le respect sans préjugés pour des gens différents.

  7. Marc Morin

    Je l’ai vu plusieurs fois que ce soit en essayant de tiré l’autobus Beaubien (la 26 à l’époque) ou chez lui avec sa femme sur la rue Bordeaux. Je l’ai même vu pousser son auto enlisée dans la neige alors que sa femme, qui était presqu’aussi imposante que lui, était au volant. L’auto est restée là!

  8. Gabitch

    Je ne l’ai jamais vu sur Beaubien mais je me rappelle le croiser au centre-ville lorsque j’étais petite, dans les années 80. Ma mère me chuchotait d’un ton révérencieux: «C’est le Grand Antonio». Nous aurions dû lui dire bonjour!! J’espère qu’une plaque, un banc commémoratif ou autre sera érigé dans le quartier pour commémorer ce personnage haut en couleur.

  9. Daniel P

    Il était effectivement impressionnant. La première fois que je l’ai vu c’était au milieu des années 60, j’avais 7-8 ans. C’était dans la banque au coin de Beaubien et Delorimier, les gens chuchotaient son nom, je m’étais alors rapproché de ma mère lors que nous faisons la file! Il habitait alors le bas d’un triplex de la rue Bordeaux entre Beaubien et Bellechasse, avec une porte double bleue ciel. Je passais à tous les jours devant chez lui pour aller à l’école. Il y avait un petit dépanneur à coté chez lui, le genre de commence que l’on retrouvait dans des maisons privées. La porte de ce dépanneur du 6256 de la rue Bordeaux, était si étroite, qu’il ne pouvait pas entrer le corps .Il ouvrait la porte et commandait son pain et son lait. Elle est restée de la même largeur aujourd’hui (voir sur Google map)..
    Je me rappel qu’un jour d’hivers, son auto, une grosse Ford Continental ou Cadillac était prise dans la neige devant chez lui. Sa corpulente femme aux cheveux blonds était au volant et le Grand Antonio l’avait poussé pour déprendre l’auto.
    Mon père m’a raconté que dans la fin des années 40, le Grand Antonio se tenait dans le bas de la ville vers la rue DeBullion et Viger , où mon père travaillait. Mon père m’a raconté avoir vu le Grand Antonio courir pour aller se cogner la tête volontairement pour obtenir quelques sous que les gens lui donnaient.
    Dans les années soixante, j’ai aussi vu le grand Antonio tirer l’autobus Beaubien #26 (maintenant nommée la 18)de la rue Chabot à Delorimier.
    Il ne reste que des souvenirs et une petite plaque commémorative sur un banc du parc Beaubien.

  10. je demeuraie sur 2 ième avenue et beaubien je le voyait souvent assis par terre près du provigo sur beaubien manger sa grosse boite de beignes de donut et moi je lui disait bonjour et lui me répondais allo bébé en siflant il me faisait rire une autre fois il monte dans un autobus de beaubien en montrant sa carte de lutteur au chauffeur car il ne payait jamais et le chauffeur n a pas voulu quil entre et il a descendu il avait l air triste sa ma fait de la peine j aurai voulu payé pour lui mais l autobus est reparti pas eu le temps mais c est vraie qu il était très salle triste sa fin mon mari lui livrai de la glace pour sa glacière sur la rue berri et ne le faisait jamais payé il était avec sa copine qui ètait aussi grosse que lui des souvenirs de rosemont pour moi que j aie bien aimé j aie 83 ans et je demeure a terrebonne maintenant mais je n oublierai jamais la 2 ième avenue plein de beaux arbres et ses habitants si chaleureux

  11. Andrée Parent

    Que de bons souvenirs de ce personnage important de mon paysage Rosemontois !!! Je l’ai très souvent rencontré au Dunkin donut sur Beaubien près du boulevard St-Michel. Il était vraiment TRÈS impressionnant !!! Et malgré son allure intimidante, il était souriant aux personnes qui lui souriait, comme moi je l’ai fait. Merci pour cette belle et méritoire hommage que vous lui rendez.

  12. Jonathan

    Moi je me rappel l avoir vu dans un salon de l auto au stade olympique il etait assi et j etais surpris je me rappel qu il avait des cheveux long en dreeds qui trainaient jusqu a terre …

  13. Louise Lynn

    je me souviens enfant , ma mère me racontait que mon grand père avait tirer du poignet avec le grand antonio et que ni un ni l’autre avait bouger.

  14. je l,ai tres jeune , un homme rempli de bonte, d,histoire , au premier abord il me fessait tres peur car il degagait une froideur incroyable, mais aujourd,hui , il m,est possible de dire que cet hom souffrait terriblement d,etre a ce point different de la majorite des hommes, bravo Antonio!!!!!!!! j,oublirai jamais le jour ou tu m,as assis sur toi rempli d, amour , merci

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