Rosemont-La Petite-Patrie : un quartier progressiste?

Par -

Rosemont–La Petite-Patrie, quartier progressiste était le thème d’une conférence organisée par l’Association Projet Montréal de l’Université de Montréal. Objectif : se questionner sur l’ADN politique de ce quartier. Les élus des niveaux municipal, provincial et fédéral étaient représentés. Les élus scolaires n’étaient pas invités. 

De gauche à droite: Pascale Dufour, François Croteau, Françoise David et Alexandre Boulerice. Même Jean-François Lisée était présent de nom, car il avait donné une conférence sur la souveraineté un peu plus tôt dans la journée. Photo : RueMasson.com

Les élus présents étaient François Croteau, le maire de l’Arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie qui avait été élu sous la bannière de Vision Montréal puis a transféré à Projet Montréal en novembre 2011. Il a profité de cette tribune pour exprimer ses inquiétudes face à la loi 1 et a lancé un cri du coeur pour défendre le pouvoir municipal.

Les deux autres élus invités étaient Françoise David de Québec Solidaire qui a battu le péquiste Nicolas Girard lors des élections du 4 septembre et Alexandre Boulerice du NPD qui avait battu Bernard Bigras du Bloc Québécois en mai 2011.

Le président de l’Association Projet Montréal de l’Université de Montréal, Mathieu Mireault a expliqué que l’objectif était de discuter de progressisme et du fait historique que dans Rosemont-La Petite-Patrie les trois paliers de gouvernement soient représentés par des élus de partis progressistes. Il voulait donner un autre exemple que celui du Plateau-Mont-Royal.

Absence de Jean-François Lisée

L’un des élus de l’Arrondissement, le député et ministre de Rosemont, Jean-François Lisée était absent. Il avait été invité, mais a finalement refusé de participer. « J’ai reçu l’invitation, mais c’était organisé par Projet Montréal, et comme ministre responsable de la Métropole, je ne peux pas me présenter à un événement organisé par un parti politique montréalais, c’est trop politisé », a-t-il déclaré lorsque joint au téléphone par RueMasson.com.

Il s’est cependant dit en accord avec le fait que l’on présente le côté progressiste de l’Arrondissement et que les élus précédents, Nicolas Girard, Bernard Bigras et André Lavallée le représentait aussi.

Pour lui l’histoire ouvrière et syndicale de Rosemont est un terreau de progressisme et un candidat de droite ne collerait pas à la réalité de Rosemont. « Cette vision progressiste fait consensus. Les gens sont à la fois intéressés par la qualité de vie, la création d’emploi, vivre dans un quartier vivant. Rosemont est le cœur et l’avenir de Montréal ».

Unique le progressisme de RPP?

La professeure Pascale Dufour, aussi résidente de l’Arrondissement, était l’animatrice de la soirée. La première question était de définir le progressisme et en quoi Rosemont-La Petite-Patrie s’inscrit dans ce mouvement. Par la suite les personnes présentes ont posé diverses questions.

Dés le début, Françoise David a d’abord tenu à faire une mise au point. « Nous sommes le reflet du changement de ce quartier, ce n’est pas nous qui sommes le progressisme ».

Elle a donné l’exemple des manifestations de casseroles qui ont pris naissance dans le Vieux-Rosemont en mai 2012. « Le quartier s’est gentrifié, il y a plus d’étudiants, les gens du quartier sont éduqués, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont riches. C’est un quartier ou beaucoup de monde est prêt à bouger », a-t-elle expliqué.

Le maire Croteau a énuméré quelques-uns des projets mis en place par son administration pour démontrer le progressisme: les changements en urbanisme (toits blancs et plus), la priorité aux piétons, l’emphase sur l’environnement et l’agriculture urbains, la mise en place de la collecte des matières organiques, non sans résistance a-t-il ajouté.

Les limites de l’action locale

La députée Françoise David a souligné que la proximité et l’action ont leurs limites. « Quand on se chicane avec vos voisins, ce n’est pas pareil. C’est un terrain miné l’intervention locale. On le voit avec les mesures d’apaisement de la circulation, il y a des gens qui aiment ça et d’autres qui ne l’aiment pas.Oui il faut respecter nos objectifs, mais en le faisant il faut savoir que l’on va déplaire ».

Un plaidoyer pour le municipal

En répondant à diverses questions des gens dans la salle, le maire Croteau a fait un véritable plaidoyer pour défendre le niveau municipal qu’il estime mal aimé et délaissé par les autres niveaux décisionnels alors que c’est le municipal qui offre les services publics de la vie quotidienne. «Peu importe le gouvernement et le parti, le municipal est une créature que l’on ne consulte pas et tout le monde paye pour ça ».

Il a cité plusieurs exemples et souligné que les investissements doivent aussi cibler Montréal quand on parle de certains dossiers. « La vraie pauvreté c’est à Montréal qu’elle se vit. Elle est moins importante à Saint-Romuald ou Lac-Beauport ».

Le maire pense qu’il faut revoir la collaboration entre les différents paliers de gouvernement si on veut maintenir les services. « Car le seul moyen des municipalités est de taxer les habitations et la limite est atteinte. Le 450 fait élire et battre les gouvernements, donc on ne fera pas le péage et c’est encore Montréal qui va payer », a-t-il ajouté.

Le député Alexandre Boulerice en a ajouté et souligné qu’on traite les municipalités comme des enfants.

Françoise David  pense que plus les pouvoirs sont proches des gens mieux c’est. « Concrètement, il faut qu’on arrête de pelleter des responsabilités dans la cour des municipalités sans leur donner les moyens financiers nécessaires pour prendre en charge ces responsabilités ».

Inquiétudes face à la loi 1

Le maire Croteau a également exprimé des inquiétudes sur la manière dont la loi 1 sur l’octroi des contrats des organismes publics va se mettre en oeuvre. Il se demande si les villes vont pouvoir octroyer des contrats pour cet été. « Avez-vous une idée du nombre de contrats qui se donnent à Montréal ? Va-t-on pouvoir faire des travaux ? On arrive en février et on ne sait pas comment va fonctionner la loi 1 »

Rosemont et le Québec

Si tout le monde dans la salle semblait se féliciter du progressisme du quartier, Françoise David a tenu à remettre les choses en perspectives. « Il faut rester modeste. Il y a des gens formidables partout au Québec et des groupes ailleurs. Il y a des gens extraordinaires qui revitalisent des villages entiers. On va rester modeste, on est formidable, mais il y a des gens formidables ailleurs au Québec ».

Alexandre Boulerice a ajouté qu’il y en avait aussi dans les autres provinces canadiennes.

8 commentaires à Rosemont-La Petite-Patrie : un quartier progressiste?

  1. C’était où et quand cette rencontre?
    C’était ouvert au public? C’était annoncé quelque part ?

  2. C’était à l’Université de Montréal mercredi soir, ouvert à tout le monde. Nous avons vu l’annonce un peu partout dans les médias sociaux.

  3. promeneur

    Selon Jean-François Lisée, absent du débat: «Nicolas Girard, Bernard Bigras et André Lavallée représentaient également le côté progressiste de l’Arrondissement.»

    Pour ce qui est de Girard et Bigras, pas de problème. Mais en ce qui concerne André Lavallée, ex-président du Comité exécutif et ex-chef de Cabinet de Gérald Tremblay dans Ville-Marie et nommé sous-ministre des Transports par l’honorable ministre, lui-même, je me garderais une petite gêne…

  4. Promeneur : pour être totalement juste et transparente, il faut souligner que ce n’est pas M.Lisée qui a mentionné son nom, mais moi la journaliste qui lui a posé la question avec les noms.

  5. promeneur

    @ Madame Gladel,

    Votre transparence vous honore, cependant le ministre aurait pu se garder, à tout le moins, une certaine «réserve» en ce qui concerne l’ex-maire de l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie…

    Salutations cordiales!

  6. promeneur

    @ Madame Gladel

    C’est le moins qu’on puisse dire, n’est-ce pas?

  7. J’habite l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Je songe à quitter ce quartier. Et votre maire a raison lorsqu’il déclare à ses citoyens : « Peu importe le gouvernement et le parti, le municipal est une créature que l’on ne consulte pas et tout le monde paye pour ça ».

    Pierre R Chantelois

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>