Souvenir de la procession de la Fête-Dieu


Dans les paroisses de Montréal jusqu’au milieu des années soixante, la Fête-Dieu était célébrée avec solennité, chaque année par une forte participation de la population qui exprimait sa piété dans les rues, ouvertement. En voici une description qui ranimera bien des souvenirs.

NDLR: Il n’y a pas seulement les casseroles qui font déambuler les Rosemontois-e-s dans les rues du quartier. Les processions de la Fête-Dieu étaient à l’époque des défilés mémorables. Voici le récit de M. Gilbert Ouellette, un résident du quartier de longue date.

J’ai vécu ma jeunesse dans la grande paroisse Sainte-Philomène-de-Rosemont (devenue sous le patronyme de Saint-Esprit en 1961).

Changez les noms des écoles, cadets et fanfares et cette description conviendra à toutes les grandes paroisses de Montréal.

Après une messe basse à 10 ou 11 heures, le sacristain allait à l’arrière de l’église (ou à l’avant c’est selon) pour indiquer aux participants l’ordre des départs.

Trois policiers, un au centre et un de chaque côté de la rue, ont en mains le parcours; ils sont suivis du porteur de la croix et de deux acolytes en soutane rouge et surplis bien pressés.

Tout de suite partent les Enfants de Marie avec voiles de dentelle et robes noires, portant au centre de la rue une grande bannière bleue à deux hampes tenues par deux demoiselles accompagnées de quatre autres tenant chacune un ruban bleu venant du faîte de la bannière, suivies de la chorale de leur congrégation qui entonne des cantiques entrecoupés de dizaines de chapelets; les autres membres marchent deux à deux de chaque côté de la rue.

Ensuite suivent les 1 100 élèves, petites filles et garçons de l’école Ste-Philomène groupés par classes avec leurs professeurs, dont des religieuses de la Congrégation Notre-Dame; au centre de la rue, la bannière de l’Académie Ste-Philomène avec sa chorale, encadrée de chaque côté de la rue des grandes filles des hautes classes.

Autre bannière à deux hampes entourée de quatre rubans portés par les Dames de Ste-Anne suivies de leur chorale pour cantiques et chapelets, puis viennent deux à deux de chaque côté de la rue les autres dames de la paroisse, priant et chantant sans cesse.

Au centre arrive le grand tambour-major coiffé de son haut casque de lapin blanc, précédant les tambours et clairons du corps de cadets de l’école St-Jean de Brébeuf, marchant à la cadence de la « marche lente », entourée près des trottoirs des 300 jeunes de la 2e à la 4e année de l’école Charles-Edouard-Fabre (école mixte).

Puis les 800 garçons de l’école Brébeuf par classes avec professeur laïques et Frères Maristes entourant leur chorale.

Suivent la bannière et les 1 000 élèves filles et garçons de l’école laïque Ludger-Duvernay, habitant au sud de la rue Masson.

Au centre arrive la fanfare de la Garde Indépendante Ste-Philomène, interprétant des solos langoureux en cadence de « marche lente », par respect pour le Saint-Sacrement qui approche. Voilà donc les 100 enfants de choeur en soutanes rouges ou noires, suivis des 180 communiants de l’année revêtus de leurs voiles, boucles, insignes et brassards.

Une dizaine de servants de messe en soutanes blanches précèdent le dais, un objet luxueux fait de quatre poteaux dorés reliés sur roulettes et supportant un toit recouvert de tissu doré décoré de plumes d’autruche; au centre, il y a une tablette qui aide à soutenir l’ostensoir contenant le Saint-Sacrement, que porte Monsieur le Curé, entouré de ses six vicaires. Autour du dais, marche une garde d’honneur, des chevaliers du Saint-Sacrement portant épée à la verticale, vêtus d’une longue cape et d’un bonnet avec plumes d’autruche.

Derrière marchent les 50 membres de la chorale paroissiale. Ensuite arrivent le drapeau rouge des Ligueurs du Sacré-Coeur et les officiers revêtus du collier-épaulette rouge. S’ajoutent le drapeau blanc et bleu des dévots de l’Office de la Ste-Vierge et ses 20 à 30 membres, le drapeau et les membres du Tiers-Ordre de St-François, le drapeau blanc et or de la société des Artisans et son conseil de direction, le drapeau et le conseil des membres de la société St-Jean-Baptiste.

Suivent en chantant et récitant le chapelet, les hommes et les jeunes gens d’autres confréries ou sans affiliation. Cette description sommaire totalise la présence d’au moins 1000 hommes et jeunes gens, manifestant publiquement leur piété leur engagement pour Dieu et son Église.

Le parcours

Le parcours est modifié annuellement pour permettre au cortège de défiler sur le plus de rues possible et ainsi permettre la distribution des grâces et bénédictions attirées par ces prières et cantiques au plus grand nombre de domiciles des paroissiens.

Le reposoir

Les organisateurs placent le site du reposoir le plus au centre du parcours, car on y fera un court Salut du Saint-Sacrement. C’est, ordinairement, le marguillier le plus ancien qui défrayera la mise en place du reposoir. C’est un travail de menuisiers qui bâtissent un montage de marches et tablettes où seront placés des enfants costumés en anges, des bouquets de fleurs qui enjoliveront une table genre autel où trônera, quelques instants, le Saint-Sacrement durant le cours Salut.

Il sera bâti, souvent, sur la devanture de la résidence du marguillier ou d’une école. Pour le reposoir et plusieurs maisons, sises sur le parcours, des paroissiens rivalisent en créativité pour les décors en plaçant des banderoles, rubans, lisières de drapeaux du pape, or et blanc, parfois du toit descendant jusqu’à leur clôture, même au-dessus des rues; aussi divers drapeaux aux balcons et fenêtres, créant un air de fête et de solennité.

Le souvenir

Longtemps trotteront dans nos têtes ces souvenirs de piété publique, de faste paroissial et s’estomperont ces airs de cantiques: « En avant marchons, soldats du Christ à l’avant-garde », « Loué soit à tout moment Jésus au Saint-Sacrement », « Ave, Ave, Ave Maria », « Le voici l’Agneau si doux », « Nous voulons Dieu », « Je suis chrétien, voilà ma gloire », « Le ciel en est le prix », « O Saint-Esprit venez en nous », « Chrétiens chantons à haute voix »… et ces chapelets récités avec ferveur par tout notre bon peuple, en procession vers le ciel.





4 commentaires

  1. Marie-Claude dit :

    Le quartier a une superbe histoire. Je suis nouvelle à Montréal et je trouve fascinant d’apprendre sur ce qu’a été Rosemont et des gens qui y ont vécus.

    Merci de partager ces souvenirs avec nous monsieur Ouellette !

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  2. mario dit :

    ah moi aussi je me souviens,des annees 70 a 12,13 ans a courir dans le champs a l’arriere du distribution au consommateurs vers ma rue (BASILE-PATENAUDE),ah que de souvenirs.Combien de fois j’ai marcher la rue masson d’un coté comme de l’autre a cruiser comme ont disaient les plus belle filles du quartier rosemont,les dimanches soir de bingo de ma mere a l’eglise st-esprit.MERCI ROSEMONT

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  3. gilles.lacoste dit :

    Ayant rédigé moi-même mes souvenirs du quartier à la fin des années 50, début 60, je me suis rappelé l’importance de la religion dans nos vies. Contrairement à ce que l’on peut penser aujourd’hui, ce n’était pas des souvenirs amers. Je garde en mémoire la fois où mon père m’a permis d’avoir mon propre cierge entouré d’un protège-flammes en carton ciré lors d’une de ces processions. Je crois d’ailleurs qu’il y en avait plus d’une durant l’année et j’ai eu plusieurs coups de foudre (j’avais 9 ou 10 ans) envers les petites filles qui jouaient les rôles d’anges dans le reposoir.

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  4. Lise Beaulieu dit :

    Gilles Ouellette

    Belle rétrospective de Rosemont et de la Fête-Dieu. J’écris
    un roman et j’ai trouvé ton article. J’aime parce qu’il m’a
    donné le oublis de ma mémoire après un AVC.

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