Logements : les besoins des familles plus importants que ceux des personnes seules?

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Trop peu pour les locataires, un peu trop pour les familles. Les comités logement de Rosemont-La Petite-Patrie sont déçus des propositions des candidats à la mairie d’arrondissement, en dénonçant une politique favorable aux familles qui souhaitent acquérir un logement, sans se soucier des locataires, surtout pauvres.

«Ça va toujours dans le même sens, autant chez Projet Montréal qu’Équipe Denis Coderre souhaite aider l’accès à la propriété, maintenant en voulant imposer de grands logements dans les nouvelles constructions», a indiqué Sébastien Laliberté, du comité logement de Rosemont. 

Son collègue du comité logement de La Petite-Patrie, Martin Blanchard, abonde dans ce sens. «C’est bien de garder les familles en ville, mais les familles sont minoritaires sur l’ile et leurs programmes vont à l’encontre des intérêts d’un plus grand nombre, les personnes locataires et vivant seules.»

Garder les familles en ville

Logement et rétention des familles ont été l’un des crédos affichés par Équipe Denis Coderre et Projet Montréal tout au long de la campagne, notamment dans Rosemont-La Petite-Patrie. Tous souhaitent garder les familles en ville, dans les promesses centrales comme locales.

Par la même occasion, les candidats souhaitent aussi améliorer l’offre des logements sociaux et abordables, mais les engagements ne sont pas suffisants. «On sait ce qu’on va avoir avec Équipe Denis Coderre, ils nous promettent des choses qui sont déjà sur la table», a soutenu Martin Blanchard, en prenant en exemple les budgets provinciaux qui sont déjà engagés pour construire les 5000 logements promis. 

Projet Montréal souhaite aussi élargir la Stratégie d’inclusion des logements sociaux rosemontoise, en vigueur depuis 2015, à l’ensemble du territoire montréalais. Ainsi, les projets immobiliers de 50 logements et plus devront construire 20% de logements sociaux et 20% de logements abordables.

Si ce n’est pas une panacée, Sébastien Laliberté critique son effet pervers. «Ça met le logement social à la remorque des propriétaires privés. Sans compter que les logements sociaux sont toujours construits à la fin, soit après cinq ou six ans. Les besoins sont immédiats, on ne peut pas attendre.»

Les projets de 49 unités et moins doivent subventionner le fond de la Stratégie, qui a récolté 1 M$ en deux ans. «On ne fait pas grand-chose avec ça, a-t-il déploré. Un projet de logements sociaux c’est 20 ou 30 M$. Si on arrive à ce montant dans le fond, c’est qu’on aura construit que des condos dans l’arrondissement et il n’y aura plus de place pour nos projets. »

Des signes d’embourgeoisement

Variation du nombre de familles monoparentales dans le quartier en 2011 et 2016

Variation du nombre de familles monoparentales dans le quartier en 2011 et 2016. Graphique interactif.

RueMasson.com a collecté les résultats du recensement 2016 afin de dresser le portrait rosemontois des familles dans le quartier. 

Si l’arrondissement a été l’un des plus attractifs pour les familles (+4%, moyenne de 2,6% sur l’ile), cela s’est fait au détriment des familles monoparentales (-1,4 %), signe d’embourgeoisement du quartier, selon le comité logement de Rosemont.

«C’est évidemment un bon indicateur, car les familles monoparentales, surtout celles où c’est une femme, sont les familles les plus vulnérables aux hausses de loyer et sont poussées vers la périphérie des villes. Et le nombre de familles monoparentales n’a pas diminué au Québec.»

Son collègue de La Petite-Patrie est plus timoré sur la causalité. «Le secteur Marconi-Alexandra a gagné des familles monoparentales, mais c’est un quartier qui s’est vidé de ses pauvres, avec des logements de petite taille qui a attiré un autre type de personnes. Puis, proche de la station Rosemont, il y a eu l’ouverture de coopératives et des logements sociaux, qui ont amené des familles pauvres à s’y installer.»

Nombre de familles monoparentales dans le quartier en 2016

Nombre de familles monoparentales dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

AirBnB

Les comités-logement ont prié les futurs élus à agir dans la préservation du parc locatif immobilier de Rosemont-La Petite-Patrie, en empêchant la location temporaire sur les plateformes internet comme AirBnB, en interdisant les dérogations de transformations de plex en condos divises, ou encore en contrôlant mieux les demandes de rénovations.

«Une famille qui acquiert un duplex peut encore le transformer en cottage avec une dérogation. Et on commence à voir des cottages dans les triplex. L’administration préfère fermer les yeux là-dessus», s’est inquiété Martin Blanchard. 

Insalubrité

L’arrondissement connait des soucis à maintenir les qualités des logements, faute de ressources dans l’inspection, avertissent les comités-logement. «Les punaises de lit ou les moisissures sont des dossiers qui prennent du temps à être réglés. Il manque d’inspecteurs qui puissent faire ce travail», a déclaré Martin Blanchard.  

Lui et son collègue souhaitent que la mairie durcisse sa politique en commençant à donner des constats d’infraction aux propriétaires plutôt que des avis non coercitifs. 

Secteur Bellechasse

Projet Montréal souhaite garder le secteur Bellechasse en vue d’un développement de logements locatifs en collaboration avec les organismes de quartier, tandis qu’Équipe Denis Coderre implantera le premier quartier sans voiture du Québec. 

Martin Blanchard a avoué sa satisfaction lorsque Marc-André Gadoury est revenu, lors du débat de La Petite-Patrie, sur la possibilité de laisser les promoteurs privés s’occuper du développement, le terrain appartenant actuellement à la ville.

«Il n’avait pas hésité à dire qu’ils allaient vendre les terrains, mais c’est un revirement qui montre que la mobilisation qui s’est faite autour de la volonté de garder ses terrains publics a fonctionné.»

Avantage Projet Montréal 

Les comités logement donnent toutefois un à priori favorable à l’administration sortant. «On nous a promis beaucoup de choses durant la campagne et Projet Montréal semble avoir plus de volonté sur les problèmes de logements sociaux. Mais les promesses restent des promesses électorales. Il manque un suivi des engagements», a dit Martin Blanchard.

Aucun des candidats n’a voulu répondre à nos questions. Projet Montréal a indiqué vouloir d’abord analyser les cartes en équipe, mais préfère se concentrer sur la campagne. Équipe Denis Coderre n’a pas donné suite à notre demande. 

Méthodologie

Les cartes ont été réalisées avec les données de Statistiques Canada issues des recensements de 2011 et 2016. Comme l’organisme gouvernemental n’a pas publié le nombre de familles avec ou sans enfants en 2011 au niveau des secteurs de recensement, il a été impossible de calculer la variation des celles-ci. 

Nombre de personnes vivant seules dans le quartier en 2016.Graphique interactif.

Nombre de personnes vivant seules dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Variation du nombre de personnes vivant seules dans le quartier en 2011 et 2016. Graphique interactif.

Variation du nombre de personnes vivant seules dans le quartier en 2011 et 2016. Graphique interactif.

Nombre de couples vivants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Nombre de couples vivants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Variation du nombre de couples dans le quartier en 2011 et 2016. Graphique interactif.

Variation du nombre de couples dans le quartier en 2011 et 2016. Graphique interactif.

Nombre de familles sans enfants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Nombre de familles sans enfants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Nombre de familles avec enfants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

Nombre de familles avec enfants dans le quartier en 2016. Graphique interactif.

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