Les pierres des carrières de Rosemont ont façonné les édifices de Montréal

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L’avez-vous remarqué? La rue des Carrières, qui sillonne le quartier Rosemont tout en frôlant le sud du secteur Villeray, se démarque par son tracé non octogonal. Loin de s’insérer dans le damier formé par ses rues voisines, elle se faufile tout en méandres dans un paysage tantôt domiciliaire, tantôt industriel.

Cette caractéristique physique n’est pas surprenante, car cette artère longeait autrefois une multitude de carrières, petites et grandes, d’où on extrayait de la très belle pierre grise. « Ce noble matériau a d’ailleurs été utilisé dès 1820 pour construire de nombreux édifices publics du centre-ville et du Vieux-Montréal ainsi que plusieurs maisons bourgeoises de la métropole », précise Isabelle Caron, titulaire d’un doctorat en histoire de l’art et conseillère à la recherche à l’Université du Québec à Montréal.

La pierre de Rosemont embellit le centre-ville de Montréal

Selon la chercheuse, l’histoire la plus riche des carrières de Montréal se passe dans le secteur de Rosemont. Par exemple, entre 1820 et 1860, la carrière Martineau a fourni une grande quantité de pierres grises de qualité supérieure qui présentaient même des traces de fossiles.

Cette pierre de taille a notamment servi dans la construction d’édifices emblématiques de la ville, car ce sont des tailleurs de pierre, donc des ouvriers spécialisés ayant une expertise de maçonnerie très particulière, qui étaient chargés de la travailler.

Cette belle pierre grise s’inscrit dans l’identité même de la ville de Montréal. Elle procure effectivement le caractère noble du Marché Bonsecours et de l’Hôtel de ville (dans le Vieux-Montréal), de la Maison Shaughnessy (dans le centre-ville) et de la plupart des maisons bourgeoises de la rue Sherbrooke et de Westmount. Mentionnons aussi les fondations de l’église Saint-Édouard (dans le quartier Villeray) et au Marché Maisonneuve (dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve).

De gros trous dans la ville

Les dernières carrières montréalaises ayant progressivement été fermées entre le début du 20e siècle et 1933, il a fallu trouver des solutions économiques et utilitaires pour les combler.

« De par leur nature, les carrières désaffectées ont représenté de grands problèmes pour la municipalité. Outre les inconvénients liés aux débris et aux déchets qui s’y accumulaient, la présence d’eaux pluviales rendait ces lieux propices aux noyades. Par ailleurs, à cette époque, ni l’aspect écologique de l’opération ni l’avis des citoyens n’étaient pris en compte. La meilleure option considérée a donc été celle de les remblayer et de construire des parcs comme ça été le cas des parcs Père-Marquette et Maisonneuve », explique Mme Caron.

Cependant, l’étalement urbain et le développement de nouveaux secteurs domiciliaires ont parfois fait en sorte que des maisons ou des édifices ont été construits sur les lieux d’anciennes carrières. « Ces dernières n’étant habituellement pas délimitées en damier, il est malheureusement arrivé qu’on ait construit sur une portion de leurs emplacements », note la chercheuse.

Se souvenir de cette histoire dans le développement du quartier

Malgré tout, il apparaît toutefois évident que les carrières ont directement contribué au développement démographique et économique du quartier Rosemont. En effet, leur exploitation a nécessité de nombreux ouvriers qui se sont installés à proximité de leur lieu de travail avec leur famille.

Carriers, tailleurs de pierre, employés responsables du transport et de tous les aspects liés à la gestion des carrières ont certainement tissé la trame urbaine et industrielle rosemontoise.

Mme Caron a d’ailleurs formulé quelques propositions qui pourraient mettre en valeur ce patrimoine bien singulier à l’instar, notamment, de la Pioneer Trail, à Boston.

« Il serait important de préserver et de valoriser le tracé de la portion actuelle de la rue des Carrières en installant un mobilier urbain caractéristique agrémenté d’une signalisation et d’affiches rappelant les activités liées aux carrières anciennement sur ces lieux et, pourquoi pas, de créer un Espace de la pierre qui favoriserait la mise en valeur de l’histoire locale du travail et du lieu de ce travail de la pierre. »

Photo : La carrière Bélanger, qui était au nord de la carrière Martineau. Société d’histoire de Rosemont-La Petite-Patrie.

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