Bilan 2015 : On ne fait pas un bilan sur des dos d’âne

Par -

Aussi bien le dire d’entrée de jeu : j’ai toujours été un fan de François Croteau.

Dans la douce guerre des quartiers centraux les plus intéressants de Montréal, je trouvais qu’il élevait Rosemont au-dessus des autres. Depuis son arrivée, Rosemont est un peu partout : le dossier des poules urbaines, le combat contre les îlots de chaleur, le compostage collecté à nos portes, le verdissement des ruelles. Bref un gars plein de vision qui sait généralement bien manier son message sans une armada de relationnistes.

Ce texte est également disponible dans le Magazine RueMasson.com, qu’on retrouve dans certains commerces du quartier.

Sa prescience, dans les quelques conseils d’arrondissement où je me suis présenté pour RueMasson.com, m’a toujours impressionné. Le gars est patient, connaît ses forces et ses limites, il a une écoute, une bonne répartie et une empathie qui rendraient jaloux plusieurs maires de partout au Québec.

François fait aussi dans la coquetterie et là-dedans aussi il se distingue! Un gars toujours tiré à quatre épingles. Somme toute, Croteau est probablement le maire d’arrondissement le plus fashion de l’île. Respect.

***

2015 fut la première année active du nouveau maire Coderre, qui a littéralement décapité Projet Montréal de son chef, Richard Bergeron, en le nommant responsable d’un grand projet : le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, ironiquement déjà prévu dans le programme de Projet Montréal. Depuis l’événement, le parti semble errer sur un pilote automatique sans âme, dorénavant mené par le très consensuel Luc Ferrandez. Un poste où plusieurs auraient d’ailleurs bien imaginé Croteau.

Les perceptions sont salopes. Parce qu’avec tout ça on dirait que Rosemont a plutôt eu une année ordinaire.

Dans l’arrondissement, qui n’a pas choisi des élus ayant les mêmes convictions que le reste de l’île, il semble qu’il ne reste qu’espace et argent pour couronner le quartier comme celui qui a le plus de dos d’âne de toute la ville (sinon d’Amérique du Nord?!).

Dans un quartier central et familial, dont une grande partie est plutôt mal desservie par le transport collectif, on va faire des saillies de trottoir partout où on retape une rue et on va appliquer l’interdiction de stationner à 5 mètres d’un coin de rue, diminuant substantiellement l’offre de stationnement. On va aussi diminuer à 40 km/h la limite de vitesse des rues résidentielles, puis à 30 km/h, en attendant qu‘une étude nous recommande 20 km/h. On fait aussi peinturer des logos de vélo sur certaines rues et on va les ajouter au calcul du « réseau cyclable » qui donne l’illusion que Montréal est une ville pro-vélo (une initiative de la ville-centre me chuchote-t-on à l’oreille). On valorise également les passages piétons près des écoles. Manifestement, l’apaisement de la circulation a été le dossier de l’heure cette année dans RPP.

On y perçoit bien un discours contre l’auto qui se trame, plus subtil et moins dans nos faces que sur le Plateau. Et c’est correct. Quiconque de lucide et qui a un char dans Rosemont sait très bien que Montréal est surchargée de tôles et que prendre 30 minutes pour rouler 6 kilomètres, on n’appelle plus ça de la qualité de vie. Communauto-Car2go-Bixi, même s’ils sont géniaux, ne peuvent pas faire grand-chose pour les jeunes familles du quartier, qui sont de plus en plus nombreuses.

Ça prend plus que des contraintes à l’auto pour améliorer le sort des Rosemontois.

Jadis le discours de Projet Montréal évoquait pour les Montréalais des progrès de calibre scandinave. Des voies cyclables sécuritaires, des métros et des trams abondants et efficaces. Or, en ce moment, on encadre de plus en plus les autos, mais les bus passent trop souvent aux 20 minutes, sans service express (arrêts espacés) ou si peu.

À la place, quand ce n’est pas pour annoncer une (jolie) saillie de trottoir, on fait vite une conférence de presse sur un nouveau banc de parc en PVC en l’honneur du Grand Antonio.

Je sais, il y a bien plus. On a aussi étendu le compostage, accéléré l’octroi des permis de rénovation, voté un million de résolutions bien pensées, rénové des parcs, etc.

Mais les perceptions se dessinent parfois comme des bandes jaunes. On ne les veut pas toujours, mais elles sont là quand même.

***

À la fin de l’été 2015, un vernis d’unité et de collégialité est brisé avec le départ du conseiller d’Étienne-Desmarteau Marc-André Gadoury : il quitte Projet Montréal et devient conseiller d’arrondissement pour Denis Coderre. Comme si ce n’était pas assez, Erika Duchesne, conseillère du Vieux-Rosemont quitte à son tour et devient, plus proprement, conseillère indépendante. À peu près dans la même période, on faisait état partout de frustrations générées par des décisions du maire Ferrandez, maire du Plateau, chef par intérim chez Projet Montréal et source inépuisable de plaisirs pour les nombreux chroniqueurs populistes de la province.

Bref, du gâteau pour Coderre et de l’eau chaude pour Croteau.

Ce qu’on souhaite à François Croteau pour 2016 : un peu plus de stabilité dans son équipe et dans son parti et une plus franche collaboration de certains collègues démissionnaires.

Mais surtout : ce qu’on se souhaite pour Rosemont en 2016, c’est plus de mobilité de qualité : du transport collectif progressif, des routes en bon état, du vélo sécuritaire et surtout le déploiement d’un plan de transport local et global.

Parce que le fameux bât, c’est surtout là qu’il blesse et les problèmes de déplacement eux, ne sont pas que des perceptions.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>