Du monde du tatouage à la galerie d’art

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La Galerie Yves Laroche a invité trois artistes issus de la communauté du tatouage dans ses murs afin de créer un dialogue avec cette pratique artistique de la sous-culture et les beaux-arts.

Jean Labourdette de Montréal, Shawn Barber de Los Angeles ainsi que Mike Davis originaire de San Francisco sont les participants de ce collectif original. L’exposition présente des peintures et des sculptures témoignant de l’influence mutuelle entre ces disciplines et le tatouage.

Le titre, Troïka, fait référence à un ensemble de trois éléments. Ici, trois artistes aux approches distinctes, mais avec un goût commun pour le sinistre et l’étonnant.

Un premier, Mike Davis propose des tableaux aux riches encadrements. On y dénote un goût pour la Renaissance du Nord. Une esthétique qui rappelle particulièrement celle de Pieter Brueghel avec des couleurs chaudes, des paysages détaillés, des scènes riches en événements et anecdotes divers qui soulignent l’orgueil humain, de même que sa futilité.

Dans un décor champêtre, on voit un homme méditant pendant qu’un incendie brûle une maison au loin, l’eau cueilli au puit s’est vidé du sceau renversé, une noyade se déroule dans la rivière, un assaillant à demi dissimulé est sur le point de l’attaquer simultanément qu’un serpent se faufile, prêt à lui mordre la jambe, dans The Whispers in Your Ears. Un brusque rappel de la réalité va s’abattre sur l’homme qui s’oublie dans la rêverie. Encore de Davis, le tableau Another Hole in the Ice montre un groupe de personnages pour le moins insolite, incluant un œuf casqué monumental muni d’un canon, qui est plus intéressé par le trou dans le lac glacé que par l’ovni s’apprêtant à atterrir dans leur village.

Deuxième artiste de ce trio, Jean Labourdette, alias Turf One, s’inspire de la peinture des artistes flamands du 15e siècle dans le traitement léché, le sujet, les couleurs. Il puise des références dans les natures mortes. Il crée ainsi des compositions qui agencent crâne, ossements, œil, bougie, clé; tous des symboles riches de sens, comme dans l’œuvre Rite of Passage.

Labourdette peint aussi des portraits d’un grand réalisme dans ce étonnant visage en buste aux détails et aux textures méticuleux : Tête de bite (Hommage à Hara-Kiri, d’après Bouguereau), où la tête est tout simplement constituée d’organes génitaux masculins. Si la première partie du titre est limpide, la référence au suicide masculin japonais est plus énigmatique. Le visage, bien que évidemment différent, reprend un autoportrait du peintre académique français du 19e siècle William Bouguereau, reconnu pour la sensualité et l’érotisme de ses œuvres quelque peu insidieux.

Le dernier artiste de notre troïka, Shawn Barber, présente quelques toiles macabres. Des corps nus de bambins, sans doute morts ou inconscients, disposés dans des paysages nocturnes urbains. Les bébés sont menacés par un danger pressant : étendu sur un rail sur lequel le passage imminent d’un train est annoncé par la lumière qu’il projette au loin dans Night Train. Ou allongé près des ordures d’un commerce d’alcool dans House of Spirits, le titre suggérant au passage une cruelle ironie. À l’antithèse de la dureté du sujet, la beauté de ces peintures décoratives est assumée au travers des vues de nuit élégantes contrastées par la lueur chaude des néons au fini feutré.

Cette exposition sombre, parfois morbide ou drôle, est à voir.

Galerie Yves Laroche Troïka

Du 10 septembre au 3 octobre 2015, 6355, boulevard Saint-Laurent

Sur la photo : Mike Davis, Faith in the Wrong People, huile sur panneau, 2015. Crédit : Julie Massey

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