La chanson traditionnelle canadienne-française : une fenêtre ouverte sur notre histoire et nos ancêtres

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Il n’y a pas que les livres d’histoire qui nous informent sur nos racines et notre passé. La chanson à répondre du temps des fêtes, la comptine racontée à la garderie ou la berceuse que chantaient nos mères sont aussi une part importante de notre patrimoine. En effet, si on ignore qui l’a composée et à quelle époque, une chanson devient traditionnelle et elle est digne de prendre place dans l’histoire d’un peuple ou d’un groupe d’individus.

Récemment la Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie a proposé une conférence au cours de laquelle une spécialiste en cultures traditionnelles, Isabelle Hotte, a partagé sa passion pour les vieilles chansons du répertoire canadien-français. Tout comme les légendes et les contes québécois (nous avions écrit un article à ce sujet), les chansons traditionnelles ont été apportées dans les bagages des premiers arrivants européens, principalement de Bretagne et de diverses régions de France. Cependant, l’arrivée des Irlandais et des Écossais a également eu pour conséquence d’enrichir notre patrimoine chanté.

Isabelle Hotte, conférencière. Photo : RueMasson.com/Sylvie-Claire Fortin

Isabelle Hotte, conférencière. Photo : RueMasson.com/Sylvie-Claire Fortin

Vie quotidienne, rêves et espoirs

Légendes, récits d’événements tragiques ou comiques, descriptions, les thèmes abordés par les chansons traditionnelles sont innombrables et vastes comme l’imaginaire dont elles sont issues. Ce patrimoine chanté se veut aussi le témoin d’une autre époque et constitue, en quelque sorte, une fenêtre ouverte sur la vie quotidienne, les préoccupations, les espoirs ainsi que les joies et les peines de nos ancêtres.

La chanson traditionnelle québécoise l’intéresse depuis qu’elle est toute petite. Dans sa famille, on chantait beaucoup et elle avait à cœur de noter les paroles des chansons afin de conserver cette forme de mémoire. Les gens ne se rendent pas toujours compte que ce répertoire constitue une grande richesse et permet de maintenir un lien très fort avec nos racines, explique-t-elle. En outre, elle dit constater que plus le temps passe, plus il est difficile de retrouver les paroles et les airs de certaines chansons qui ont bercé notre jeunesse et celle de nos parents. Les veillées traditionnelles tendent à disparaître des coutumes familiales et avec elles, le précieux patrimoine chanté, se désole-t-elle. C’est pour cette raison qu’elle propose des conférences, des ateliers et des animations qui ont pour but de mieux faire connaître le patrimoine.

La chanson traditionnelle en évolution

Au Québec, chaque famille possède son répertoire de chansons, de danses et de musiques traditionnelles. Ce dernier s’enrichit à mesure que de nouveaux individus s’y greffent ou qu’une version, parfois entendus dans une autre famille, s’y ajoute. « Certaines chansons traditionnelles peuvent comporter plus de 300 versions différentes ! Cela s’explique par le fait qu’on l’adapte à une réalité plus locale, qu’on la modifie pour que l’histoire qu’elle raconte connaisse un dénouement différent ou, tout simplement, pour que ses propos ne heurte pas trop les oreilles plus jeunes ou plus chastes », admet Mme Hotte, qui ajoute qu’il y a aussi des chansons propres à chaque région du Québec.

Pourquoi chanter ?

Avant l’arrivée de la radio, de la télévision et d’internet, soirées, événements sociaux ainsi que rencontres amicales et familiales donnaient lieu à des échanges plus personnels entre les participants. Faire de la musique, danser, raconter des histoires et chanter, tout ça constituait le cœur d’une veillée traditionnelle courante. Les chansons à répondre, permettaient aux gens de se sentir partie prenante du groupe. Chanter accordait également un répit aux musiciens entre les danses. On chantait aussi lors de travaux répétitifs qui s’étendaient sur une longue période de temps (comme les travaux des champs), pour se donner du courage en marchant de longues distances ou en pagayant sur l’eau.

Une fierté renouvelée

Isabelle Hotte croit qu’il est important de renouer avec nos chansons traditionnelles et de préserver ce précieux répertoire de l’oubli. « Contrairement aux Irlandais et aux Écossais qui continuent de perpétuer la mémoire de leur culture en chantant fièrement leurs chansons traditionnelles, ici, au Québec, on a tendance à négliger cette forme de patrimoine. Pourtant, chaque culture et chaque nation devrait chérir ce répertoire et veiller à le perpétuer. Lors des conférences que je présente, je constate que les gens issus d’autres cultures portent un grand intérêt à nos chansons traditionnelles. Cela me fait extrêmement plaisir », a-t-elle conclu.

Et si la chanson traditionnelle avait le pouvoir de rassembler les gens, tant les Québécois que ceux de toutes origines ? Excusez-là !

Sur le site Internet d’Isabelle Hotte, il est possible d’y écouter des extraits de deux chansons (dont Mon petit canot d’écorce) et deux pièces musicales. La chanson provient de Louis Laviolette, l’arrière grand-père maternel de Mme Hotte, qui l’a transmise à son gendre, Léo Poulin, son grand-père maternel, lequel l’a transmise à son gendre André Hotte, le père de la conférencière. « Je suis aujourd’hui la seule de la famille à pouvoir la chanter dans son intégralité, dans sa  version à sept couplets. C’est donc un grand honneur pour moi d’être porteuse de ce patrimoine et le faire connaître à nouveau. »

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