Les couleurs et les formes lyriques de Denis Racicot

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Blottie dans un corridor du hall d’accueil du cinéma Beaubien, on peut découvrir une exposition de photographies qui nous plonge aux frontières entre la figuration et l’abstraction. Il s’agit d’une série d’épreuves de l’artiste Denis Racicot. Ces dernières témoignent de son intérêt pour une certaine recherche formelle et matérielle. On y dénote des gros plans déconcertants, l’utilisation de supports physiques inhabituels pour le médium photographique de même qu’une exploitation des possibilités techniques liées au domaine numérique. Bref, chez Racicot, un goût notable pour l’exploration s’exprime.

Organisée par le Regroupement des arts et culture Rosemont-Petite-Patrie, l’exposition de ces compositions photographiques imprimées propose des agrandissements de prises de vue extérieures réalisées par Racicot. Les gros plans, parfois presque extrêmes, nous amène aux limites de l’abstraction. En effet, si l’image première nous permet d’y deviner quelques éléments figuratifs, le résultat final est largement grossi au point de nous créer un environnement sans référent. Le cadrage, quant à lui, est effectué de façon à déstabiliser; on n’y voit nulle intention de montrer des éléments reconnaissables afin de préserver une lecture du contenu. La composition en paraît donc déséquilibrée et il s’en dégage une poésie issue du mélange des formes et couleurs.

Un goût pour l’aspect décoratif de l’œuvre se dénote visiblement. D’ailleurs, l’artiste aspire à offrir peu d’indices de compréhension au visiteur, permettant à l’imaginaire de s’y baigner. Des titres tels Évasion, Ombres ou Plumage laissent une large part à l’interprétation individuelle et à la créativité de chacun.

Malgré ce goût pour une abstraction recréée, on voit bien que la nature est souvent une source d’inspiration majeure. Des silhouettes de fleurs se dessinent, le mouvement des vagues couvrent la surface. Les saisons sont bien présentes également par exemple dans Souffle d’automne. De plus, la givre vient composer un motif géométrique, mais néanmoins spontané, dans Givre sa vie de même que dans Bleu forêt où le mince gel se situe au premier plan d’un fond riche de couleurs éclatantes. Le même procédé se distingue Fira Calor où l’hiver se manifeste ostensiblement par un épais écran de glace qui déforme la vue et bloque tout effet de perspective.

Denis Racicot exploite la photographie en prenant une distance avec ce que présente généralement le médium. Plusieurs œuvres trompent l’œil et nous semblent plus près de la peinture. Afin d’amplifier cet aspect pictural des photographies, plusieurs ont d’ailleurs été imprimées sur toile. Le format de la toile permet aussi d’envisager des œuvres qui ne respectent plus les formats standards du monde photographique. Enfin, la texture matte amène une dimension surprenante et éloigne le visiteur d’autant de l’image matrice.

L’exposition se déroule jusqu’au 1er mai prochain.

L’exposition de Denis Racicot

Cinéma Beaubien
2396, rue Beaubien Est
Denis Racicot
Du 3 avril au 1er mai 2015
info@racrpp.com

Image en une : Denis Racicot, Les grenouilles se prélassant, photographie agrandie et impression sur toile, 20 x 10 pouces, 2010.

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