Contes et légendes du Québec : un ADN historique

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Stéphane Tessier, conteur, chercheur historique et guide a dévoilé comment les Français de Nouvelle-France ont apporté leurs croyances culturelles et religieuses dans leur migration. Des symboles forts ont traversé le temps et l’espace pour alimenter l’imaginaire et animer les longues soirées d’hiver d’antan.

La dernière conférence présentée le mercredi 11 février par la Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie a proposé un voyage dans le temps unique : un exposé coloré sur l’évolution de la culture de la Nouvelle-France et du Québec par l’entremise de ses contes et légendes.

Le démon : un personnage présent en diable des contes et légendes

Dans les contes et les légendes médiévales, le Diable avait la capacité de se métamorphoser et de revêtir diverses apparences: un humain, un animal, un nain, etc. Le personnage, parfois accompagné de petits lutins, errait souvent dans la forêt, associée généralement à la crainte, à la peur, à l’insécurité puis au mal.

On peut donc imaginer l’état d’esprit des premiers habitants de la Nouvelle-France, entourés de forêts à perte de vue! Pas étonnant que, très souvent, les Amérindiens aient été décrits comme des créatures du mal… Toutefois, après quelques générations, le Diable a progressivement quitté la forêt : Satan est devenu davantage une représentation de l’inverse de la morale religieuse. Plus tard, l’histoire le présentera sous les traits d’un voyageur, d’un homme beau et grand, ou d’un séducteur, habituellement vêtu de noir.

« Il s’attaque aussi à la pureté en tentant de séduire ou d’envoûter une jeune fille par la danse, la musique et autres activités ludiques considérées comme du libertinage et désapprouvées par le clergé canadien. Autre caractéristique : le Diable mettait parfois au défi des gens qui devaient lui remettre leur âme s’ils échouaient à réussir certaines épreuves. Ces derniers étaient souvent sauvés in extremis grâce à une prière ou à une manifestation symbolique religieuse, comme dans la chasse-galerie », explique M. Tessier.

Le loup-garou ou l’homme transformé en bête

Plusieurs légendes françaises font mention de phénomènes de métamorphose d’homme en bête. Ici, au Québec, où la pratique de la religion catholique était incontournable, le clergé voyait à apeurer ceux qui manifestaient un certain relâchement en les menaçant de devenir des loups-garous, ou des hommes-loups.

En fait, si un homme ne faisait pas « ses Pâques » pendant sept ans, il devenait un loup-garou. Il était, en effet, obligatoire de se confesser et de communier au moins une fois par année, généralement durant la période de Pâques. « Depuis très longtemps, le loup a côtoyé l’homme; il était craint puisque lors d’hivers rudes, il profitait de la faiblesse des enfants, des vieillards et des femmes. Les histoires de loups mangeurs d’hommes proviennent généralement de périodes de guerres, de famines ou d’épidémies. La bête était alors attirée par les cadavres », indique M. Tessier.

La chasse-galerie : une légende adaptée pour la Nouvelle-France

Une des légendes les plus connues chez les Canadiens-Français est celle de la chasse-galerie, laquelle provenait sans doute de la région du Poitou, en France. À une certaine époque du Moyen Âge, cette région avait été une possession anglaise où avait habité un certain seigneur de Gallery. Ce dernier commettait toutes les exactions possibles, ce qui n’était pas sans choquer les habitants qui y vivaient. Par exemple, il tenait des parties de chasse les dimanches lors de la messe… sacrilège!

À sa mort, le sire de Gallery aurait donc été condamné à chasser la nuit, et ce, pour l’éternité. Si l’on considère que la région du Poitou a fourni un grand nombre de colons pour peupler la Nouvelle-France, il serait alors possible que ces derniers aient apporté cette légende dans le Nouveau Monde et l’aurait adapté à leur nouvel environnement en mettant en scène un canot volant.

Fait intéressant, le Père Le Jeune, un missionnaire jésuite qui a vécu au Canada au début des années 1630, mentionnait que plusieurs personnes avaient témoigné et avoir vu des canots voltiger dans les airs. Ces observations furent rapportées lors des secousses sismiques qui eurent lieu pendant la guerre franco-iroquoise, au début du 17e siècle.

Stéphane Tessier, qui revêt souvent le personnage du Bourru, présente régulièrement des conférences sur l’histoire du Québec et, plus particulièrement, des quartiers du nord de Montréal.

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