Lettre d’une mère pauvre, publié en décembre 2014

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MÀJ : deux ans plus tard, la maman va bien. La vague de solidarité lui a permis de garder la tête hors de l’eau.

Nous reproduisons ici la lettre de la maman mystère publié le 2 décembre 2014 dans le groupe des parents de Rosemont et environs qui a engendré une véritable vague de solidarité dans Rosemont. De nombreuses personnes lui ont proposé de l’aide, en argent ou par des dons de vêtements, de cadeaux. RueMasson.com l’a rencontrée et lui a garanti l’anonymat tel que demandé.

Le résultat de cette lettre : Le Noël de la maman mystère est réparé

MÀJ : La maman mystère a écrit un mot en réponse à la générosité des gens qui les encouragent à donner aux autres personnes pauvres et aux organismes communautaires de votre coin. Ce mot est reproduit par Cécile Gladel dans les commentaires de cet article.

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Lettre de la maman mystère

« Ça faisait trois fois que je me relisais et au moins dix minutes que j’avais le doigt sur « enter » et que j’avais des palpitations. Je suis game ou pas game? Ayayayayaille!! Mais bon, ça l’air que Facebook ne voulait pas publier mon commentaire dans le fil de discussion. J’imagine qu’il y avait trop de contenu. Je l’ai donc copié-collé et envoyé en message privé à l’une des administratrices et lui ai demandé de le publier pour moi, donc finalement, de façon anonyme.

À celles qui se reconnaîtront, merci de votre soutien, ça fait chaud au cœur! Mais je vais m’en sortir, vous savez, ça fait des années que cette situation nous assaille. C’est ce qui arrive quand on a été forcée de quitter les bancs d’école avant même d’avoir eu la chance de terminer son secondaire un… (Non, dans mon cas, ce n’était malheureusement pas un choix, plutôt un cas de survie et voilà que je dois toujours en faire les frais aujourd’hui.)

Disons que depuis mon retour à l’école (donc pauvreté volontaire pour pouvoir – éventuellement – s’en sortir!!), on a des hauts et des bas et honnêtement, depuis un peu plus d’un an, il n’y a pas vraiment eu de hauts. La vie est de plus en plus dure, entre autres, à cause des nombreuses augmentations de tarifs (transport, vêtement, nourriture, Hydro, etc.) et des coupes excessives partout et dans tout, de l’appauvrissement des ressources communautaires et de l’intensification de l’affluence des personnes dans le besoin pour des services avec des places limités. Bref, c’est plus ça qui « rentre dedans »! Parce que lorsque la situation est prolongée (sans « haut »), ça fait en sorte qu’on épuise notre plan B, C et D… Je parle pour moi, mais je suis persuadée que je ne suis pas la seule qui doit subir cela.

Dans le cas de ma famille, composée de moi et de deux enfants (11 et 12 ans), la question alimentaire est devenue un épuisant et incessant problème qui préoccupe l’esprit en tout temps. En fait, tout tourne autour de ça : « Qu’est-ce que je vais leur donner à manger? » et « Quel sera l’impact sur leur santé et leur développement? ». Je me lève à tous les matins avec comme but ultime que mes enfants aient avalé trois repas soutenant et qu’au coucher, leur faim ait été comblée. Le végétarisme s’est imposé de lui-même à cause du prix inaccessible de la viande. Tout est rationné : le lait, le pain, les céréales, même le papier de toilette! Le jus? Chez nous, on n’en boit pas! Les fruits? Quand il y a de vrais spéciaux. Mes enfants n’ont pas le droit de fouiller librement dans le garde-manger ou dans le frigo; s’ils ont faim (ils ont tout le temps faim!), ils doivent me demander la permission …ils se butent malheureusement la plupart du temps à de déchirants refus de ma part, car tout est calculé et croyez-moi, dans notre situation, les collations sont des luxes! La planification des repas se fait en fonction des denrées reçues au magasin-partage où je n’ai guère le choix d’aller depuis beaucoup trop longtemps. Bien souvent, ce ne sont pas des ingrédients qui seraient approuvés par des spécialistes en nutrition ou en diététique. Puis, les quantités ne conviennent pas nécessairement à une famille où il y a deux jeunes estomacs sans fond. Alors il arrive bien souvent (et mes enfants ne le savent pas) que je me prive de manger ou que j’encaisse ce qui est moins santé pour qu’ils aient le meilleur et qu’ils mangent à leur faim. Résultat, je suis souvent très fatiguée et mon corps accumule des graisses malsaines là où il n’y en avait pas avant. Mais j’apprécie chacun des aliments reçus et absolument rien n’est gaspillé, pas même les légumes mous et/ou fripés. Je peux même me vanter d’être capable de faire des miracles culinaires avec bien peu! Je mentirais si je n’admettais pas que parfois, lorsque je suis très désespérée, il me vient l’idée de demander à tous mes voisins de nous donner leurs restes et la nourriture qu’ils comptent jeter, mais ça, je n’oserais JAMAIS!

Cette année, j’haïs Noël. Je le déteste parce qu’il est devenu la grande fête de la consommation et que mes enfants savent que ce sera différent pour eux. Ils se sont quand même fait une liste de cadeaux et j’ai pleuré en la lisant, comme je pleure en l’écrivant ici; ils y ont écrit des idées comme des cartes-cadeau de restaurant, de pharmacie ou pour du linge… les enfants qui ont le minimum dans la vie n’écrivent pas des affaires comme ça pour leur souhaits de Noël.

Depuis deux ans, je n’ai malheureusement plus les moyens de m’offrir le service de garde de l’école, alors cela restreint énormément mes possibilités de pouvoir travailler (tout en étant aux études), ce qui m’apporterait un petit revenu d’appoint. Puis, dans mon cas, cela s’ajoute au fait que l’un de mes enfants a des besoins particuliers (trouble dans le spectre de l’autisme), ce qui fait en sorte que ma vie doit être organisée en fonction de cette réalité. C’est-à-dire que je dois assurer une surveillance constante, que je dois gérer les crises lorsqu’il y en a et que la question du gardiennage est assez complexe. Vous comprendrez que cela représente un défi considérable de réussir à me présenter à tous mes cours ($$ pour le déplacement, gardiennage et tout), à faire toutes mes lectures et exercices et à remettre tous mes travaux à temps! J’ai même dû, à contrecœur, quitter deux postes que j’occupais et qui me passionnaient (de façon partiellement bénévole) dans des organismes ayant comme mission de défendre des droits. Mais c’est vrai qu’il y a tout de même des périodes où le « rush » est moins intense …et je me sens bien coupable à ces moments de ne pas pouvoir en profiter pour travailler. Bref, tout ça pour dire qu’entre la réalité et la volonté, il y a une marge. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a des familles qui vivent une situation de précarité équivalente et qu’ils doivent en plus composer avec des cas lourds d’handicap physique ou intellectuel. Ils ont toute mon admiration. Je me demande comment ils font pour ne pas flancher.

Des fois, d’autres parents me demandent qu’est-ce que mes enfants font comme activité… il y a quelque temps, j’arrivais encore à les inscrire à un truc ou deux dans l’année, mais là, je n’y pense même pas. Le plus déprimant là-dedans? Ils ont jeté les prospectus d’activités parascolaires avant même de me les montrer. Quand je m’en suis rendu compte, ils m’ont dit que de toute façon, ils savaient que je n’aurais pas les moyens de les inscrire. Ça, ça fait mal.

J’ai un « secret » à vous confier. Ça va me faire du bien de l’écrire car c’est lourd de honte. Voilà, scandale : je n’ai toujours pas payé les frais de la rentrée scolaire (école publique gratuite…). L’école a fait preuve de pitié et a quand même remis à mes enfants les manuels. J’ai toujours envie de me mettre une cagoule sur la tête quand j’y vais, car j’ai peur qu’ils me demandent quand je vais pouvoir payer. Je pense qu’ils seraient alors témoins d’une méga-giga crise de sanglot, mélange de honte et de désarrois d’une maman confrontée à une culpabilité inconsolable. Je me demande si je suis la seule à fuir la directrice de l’école comme si elle était une créancière…

L’hiver québécois. Ah l’hiver! Ça coûte cher!! Heureusement, j’ai eu de la chance, parce que ma fille s’est fait donner un manteau chaud de la part d’une voisine, ses bottes reçues d’une âme charitable l’année passée (achetées beaucoup trop grandes pour la cause) lui font encore, mon fils s’est fait payer des bottes et un manteau par ma mère (qui a passé toutes ses économie pour la cause) et même pour moi, qui n’avait pas de manteau depuis deux ans, une amie m’en a déniché un chez renaissance. Gâtée pourrie, je sais! Comme je leur en suis reconnaissante!!!! On passe pour la gêne et l’orgueil! Mais je suis consciente que je n’aurai pas cette chance à toutes les fois et surtout, je sais que d’autres parents en détresse se cassent encore la tête avec la question des vêtements d’hiver. Les temps sont durs.

La simplicité volontaire, vous connaissez? Nous, on appelle ça la simplicité involontaire. C’est notre petit côté humoristique. Pour ce faire, on habite dans un petit 3½. Oui, vous aurez compris que l’on partage une chambre; vive les lits superposés et au revoir l’intimité! Mais bon, le côté positif, c’est qu’on est super proches les uns des autres et qu’on n’a pas de problème d’accumulation compulsive! Héhé Sans farces, tout est réduit au minimum. Le jeu Tétris, vous connaissez? Chez nous, il n’y a pas de surplus, si quelque chose rentre, quelque chose doit sortir. Et évidemment, on ne monte pas le chauffage à plus de 17°C pour économiser sur l’Hydro.

Et ça continue… on oublie les activités; les enfants n’ont pas de vélo, ils n’ont pas de patins, ils n’ont rien pour glisser, ils n’ont même pas de pantalons de neige, etc. On oublie les sorties scolaires payantes pour les enfants. On oublie aussi la vie sociale, du moins, on la restreint au maximum. Dans mon cas, j’ai la chance de m’être liée d’amitié avec des voisines, je ne sais pas si je survivrais mentalement sans mes petits-tours-entre-deux-tâches chez elles. J’ai connu l’isolement que peut créer la pauvreté et je sais combien cela est lourd et dommageable pour la santé mentale. Ces amitiés de proximité me procurent des regains d’énergie qui me permettent de continuer mon combat!

Aussi, des fois la pauvreté est niaiseuse. Niaiseuse parce qu’on a un « lousse » de dix dollars et qu’on se sent soudainement riche [Je me trouve presque drôle avec mon utilisation du mot « lousse »]. Là, on se paie un café (un latté, ouhhh!). Devinez ce qui se passe deux ou trois semaines plus tard, quand on compte nos cennes pour s’offrir le transport pour notre cours ou une pinte de lait ou un pain? C’est qui la niaiseuse qui a savouré un café comme-si-de-rien-était?? Ayayaille… pas facile de se pardonner dans ces temps-là. Une fois, j’ai même acheté une bouteille de vin pour un souper de filles où j’étais invitée (pour ma fête!). Nounoune, ouais, je sais… Une autre fois, j’ai eu pendant plus de deux semaines un « gros » 40$ dans mon compte. Il y avait tant de dépenses urgentes que je paniquais à l’idée de le dépenser pour la mauvaise urgence prioritaire. Genre, c’est quoi qui est plus urgent entre les cahiers pour la rentrée scolaire des enfants, la brocheuse et l’encre d’imprimante que j’ai besoin pour mes travaux d’école, des cannes de bouffe pour les temps durs qui durent, des bas et des culottes pour remplacer ceux et celles des enfants qui sont troué(e)s ou qui ont été volé(e)s par les lutins ou bien les souliers qui disent coucou par la bouche parce que les orteils de ma fille ont réussi à se frayer un chemin au travers d’eux? Je sais… c’est niaiseux de même, des fois, la pauvreté.

Mais bon, mis à part les calculs incessants pour le savon à linge, le savon à vaisselle, les épices (au fait, est-ce un luxe, des épices?), la bouffe à chat (oui… on fait partie des irresponsables-pauvres qui ont un chat et qui ne devraient pas mais que ô combien les ronrons de minou tout doux apaise les tensions), la margarine (quand on en a!), toute la bouffe, en fait, finalement on calcul pour tout, tout, tout… Bref, mis à part ça, on a quand même nos moments de joie. Je pense que mes enfants réussissent tout de même à être heureux. Tout ça fait qu’on apprécie toutes les petites douceurs de la vie et que lorsqu’on a accès à un luxe, comme manger un repas plus coûteux ou faire une sortie, c’est notre moment à nous et nous en profitons au maximum. Je m’efforce d’être une bonne mère et de faire en sorte qu’ils ne manquent de rien et surtout, qu’ils n’en subissent pas de séquelles psychologiques plus tard. C’est pourquoi je dialogue beaucoup avec eux et que je les encourage à parler de ce que nous vivons. Ils savent que j’ai fait le choix de retourner à l’école pour améliorer nos conditions de vie et je pense que c’est la meilleure chose que je puisse faire pour leur transmettre l’importance de croire en soi et en ses rêves. Certes, j’aurais aimé que les choses se passent autrement et que tout soit plus facile, mais (au risque de paraître hyper spirituelle) cette épreuve nous aura transmis des forces et forgé pour le reste de notre vie à apprécier tout ce que la vie peut nous apporter, dans sa plus grande simplicité.

Sur ce qui est devenu un texte interminable (et je me suis censurée au max!), je veux dire que quand on se compare, on se console. Dans les moments difficiles, je pense aux familles d’ici et d’ailleurs qui sont aux prises avec des situations complexes et sans issues possible, et je me dis que je n’ai pas le droit de me plaindre, car moi, je sais qu’un jour nous allons nous en sortir et que la vie sera meilleure. Nous, on a cette chance. Pas eux.

Je ne sais pas si vous me lirez jusqu’au bout, j’avoue que je ne voulais qu’écrire trois petites lignes et que tout a déboulé (hors de contrôle, la fille!) et même si j’ai beaucoup pleuré en écrivant, je dois dire que ça m’a fait drôlement du bien de me vider un peu le cœur.

P.s. : Si une personne se questionne sur le bien-être de mes enfants ou la qualité de vie que je leur offre, je répond tout simplement que je fais mon possible. Ce texte se veut une façon de démystifier (un tout petit peu) la pauvreté d’ici et qui sait, pourquoi cela n’aiderait pas au moins un tantinet à la cause? »

* Lettre initialement publiée sur le groupe Facebook: Parents de Rosemont et des environs. (2-déc.-2014)

62 commentaires à Lettre d’une mère pauvre, publié en décembre 2014

  1. Je m’excuse mais la … y a des limites
    Si vous êtes vraiment vrai et authentique ds vos propos sur le net, vous saurez que facebook n’est pas vraiment recommandable en fait de véridique .
    Alors si il n y a pas de nom pas d adresse c est qu il n y a personne pour moi
    Je veux bien aider après une lettre de ce genre mais la que je puisse utiliser paypal et faire des dons a une personne qui ne se nomme pas pensez vous sérieusement que je crois en cette lettre
    Si cette dame a eu le courage d écrire cette lettre elle sait très bien que sans signature ou sans lien sa ne vaut rien
    PARCE QUE SA PEUT ËTRE ARNAQUEUR cette lettre .
    N’importe qui peut s improviser pauvre sur facebook

  2. Odile : avant de publier la lettre et de faire un reportage (voir les autres articles), nous avons rencontré cette maman mystère en personne et nous connaissons son identité. Donc nous savons que c’est la réalité et non une arnaque comme vous le dites.

  3. À tout le monde, je vous recopie le message que nous a envoyé la maman mystère en réponse à tout vos commentaires qu’elle a lus :
    «Tous ces messages d’encouragements et ces témoignages touchants me vont droit au cœur. De nombreuses personnes sont sortis de l’ombre et ont témoigné de ce qu’ils vivent ou ont vécu et cela m’émeut profondément.

    J’espérais, en quelque sorte, ouvrir une fenêtre sur le quotidien de centaines de familles qui doivent composer avec une réalité similaire, parfois beaucoup plus complexe que la mienne. Je désirais lever les tabous et dénoncer la pauvreté cachée. J’aspirais à faire connaître les conséquences directes des augmentations incessantes pour tous les besoins de base qui entourent l’alimentation et l’habitation, ainsi que celles des nombreuses coupures qui ont lieu, entre autre, dans les organismes communautaires (qui aident tant les personnes devant composer avec la précarité, comme moi).
    Bien que je n’émettais aucune demande, si ce n’est que d’accueillir mon témoignage avec ouverture et d’être sensible à ce que la vie peut comporter comme défis, une quantité incroyable de personnes au cœur grand comme le monde se sont offertes pour me venir en aide, à moi, la maman anonyme. Tout ça m’a fait vivre beaucoup d’émotions, de belles émotions. Je me suis même mise à siffler des chansons joyeuses et l’envie m’a pris de faire des câlins à qui le veut bien ou (bien que je l’aie refrénée) de sautiller sur les trottoirs enneigés.

    Au début, malgré toute la bonne foi des gens, je voulais catégoriquement refuser toute forme d’aide, car le dernier de mes souhaits était, bien entendu, de me voir favorisée simplement parce que j’avais osé écrire. Il m’était impossible de ne pas penser aux autres familles qui demeuraient dans l’ombre, ainsi qu’aux personnes qui luttent sans relâche pour aider les plus démunis, en vouant leur carrière dans des organismes créés par et pour la communauté.

    Puis, j’ai fini par accepter de recevoir cette charité. Je l’ai fait d’abord pour mes enfants, mais aussi pour inciter celles et ceux qui souffrent des effets de la pauvreté à parler, à demander de l’aide et surtout, à accepter cet aide.
    De gentilles mamans dévouées ont donné (beaucoup) de leur temps et organisé des collectes. On m’a dit que nous (moi et mes enfants) allions être gâtés pour Noël. Et maintenant, je lis dans les commentaires que d’autres âmes charitables désirent nous offrir de l’aide. Cela m’émeut au plus haut point, VRAIMENT !! Il est bien vrai que nous sommes dans le besoin et que la vie a effectivement mis sur notre route des défis considérables. Toutefois, sans vouloir être ingrate ou inopportune, l’abus n’a jamais été mon fort… c’est pourquoi je souhaiterais inviter tous ces généreux gens à se tourner vers les organismes communautaires de leur quartier. Sincèrement (et je répète : sincèrement !), j’affirme du plus profond de mon cœur que cela me remplirait de joie, car pour moi, ce serait un peu comme si je partageais ma chance avec d’autres. L’on m’a répété, à plusieurs reprises, que de donner fait aussi plaisir, sinon plus, que de recevoir. Je serais véritablement remplie de joie si ma lettre pouvait générer ce genre d’entraide. Ça donnerait réellement un sens encore plus profond à toute cette vague de bonté inestimable.

    J’espère vraiment ne pas être trop maladroite, j’avoue que je n’ai jamais, au grand jamais, eu à composer avec autant de générosité (héhé, quel magnifique défi, dois-je admettre!).

    Si mon souhait premier était de démystifier un peu la pauvreté d’ici, je crois qu’il a largement été atteint, j’en suis comblée d’espoir. Selon moi, les réponses vont plus loin encore. Elles témoignent non seulement de la bonté des gens et de leur capacité à comprendre sans juger, mais également que cette réalité n’est pas mienne : les récits de personnes qui ont vécu ou vivent cela, au moment même où j’écris ces lignes, m’ont grandement émue.

    Bref, mon Noël est réparé, grâce à tous ces gens. Merci à elles, à eux.

    P.s. : Je n’arrive pas à mettre en mots à quel point ce qui ce passe m’émeut et me rend complètement « gaga »!! Je n’en reviens tout simplement pas ! WOW !! ? » – Maman mystère.

  4. J'adore

    Tellement merci à cette madame qui témoigne de son épreuve. Ce texte me fait réfléchir depuis les 2 dernières semaines et continuera de le faire pendant un bout. J’ignore encore comment je vais faire une différence mais c’est sûr que ce témoignage va m influencer

  5. Bonjour maman mystère,

    Je suis également monoparentale aux études et sur les prêts et bourses. J’ai vécu plusieurs années dans un une pièce avec mon enfant et ensuite dans un 2 pièces et maintenant un 4 et demi, dans une coop non subventionnée, car sinon c’est impossible de se loger avec les loyers si élevés. Les gens haussent les loyers et ils ne réalisent pas que nous ne pouvons pas payer 1200 $ pour un 4 et demi. Où irons-nous quand plus personne ne pourra payer les loyers? Dans la rue? Tout augmente sauf les revenus. Le calcul est simple. Il faut couper, et couper encore. La simplicité involontaire.

    Je pense qu’il est important que les gens sachent ce qu’est la réalité de ce que nous vivons. Le visage de la pauvreté est en train de changer.

    Et non, nous ne sommes pas des paresseux ou des profiteurs. Je cherche du travail depuis 6 ans! Surqualifiée, non qualifiée, trou dans le cv, les employeurs sont exigeants.

    Souvent, nous cachons notre réalité et moi, ce n’est pas par honte, mais parce que je réalise qu’en parler, ça fait fuir les gens ou ça les rends mal à l’aise. Les gens sont très occupés : des soupers entre amis avec ou sans enfants, des sorties, le chalet, le resto, les vacances dans le sud, le cinéma, le théâtre, etc. Moi, je ne suis pas capable de suivre ces gens car ces occupations ça se paye. Il faut apporter un bon vin (de plus en plus cher)! Tout est devenu si cher que je ne peux envisager aucune sortie à moins qu’elle soit gratuite et accessible à pieds! Finalement, presque tout le temps, nous restons chez nous à regarder un film et nous faisons du popcorn maison. Nous passerons les deux semaines de « congé des fêtes » seuls car nous n’avons nulle part où aller.

    Les autres seront occupés avec toutes leurs fêtes d’amis et de famille, l’abondance et l’hyperconsommation (à crédit bien souvent). Il faut bien paraître.

    J’ai des dettes et je suis rendue au plan C. Récemment je suis allée au magasin-partage de Noël et ça m’a demandé du courage de me présenter là. Les gens étaient si gentils que j’ai pleuré. Ils ont livré la nourriture. Moi je me tape les 3 étages avec tous les sacs et j’ai mal au dos. C’était un vrai cadeau pour moi que pour une fois quelqu’un d’autre porte mes sacs.

    Le seuil de pauvreté pour une famille monoparentale avec un enfant est autour de 25 000 $ par an. Je vis avec moins de la moitié de ce montant, comme toutes les familles monoparentales dont le parent est soit aux études ou sur l’aide sociale (730 $ par mois pour ceux que ne le savent pas). Et je ne parle pas d’essayer de concilier travail-famille… si on trouve un travail!

    Chaque situation est différente mais une chose est certaine, ça ne peut pas continuer comme ça. Pour moi, c’est l’isolement, pour maman mystère c’est une situation difficile et je me couche aussi le soir en me demandant comment je vais y arriver. Je ne pense pas à l’avenir car sinon le stress sera trop insupportable. Un jour à la fois. Je me paie internet car c’est ma vie sociale. J’ai des cyber-amis qui vivent un peu partout sur la planète. Je ventile dans le vide parfois, comme maintenant. Ça fait du bien de juste pouvoir exprimer ce que je vis de façon anonyme. J’ai aussi quelques voisins avec qui échanger quelques phrases lorsqu’on se croise. Un bonjour dans une journée, un sourire, ça donne un coup de pouce.

    Merci maman mystère de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer.

    Ne lâchons pas, maman mystère. Un jour à la fois. Et c’est tout à notre honneur. Nous sommes courageuses. Nous sommes des survivantes.

    Une autre maman mystère

  6. Francine

    quand on pense qu’il y a des personnes qui ont tout et qui n’apprécient rien…pas facile de comprendre

  7. Marisole

    Bonjour mesdames,
    Je trouve votre histoire bien touchante. Je vie la même situation que vous. Et moi aussi je culpabilisais quand j’avais le malheur d’arrêter prendre une liqueure en chemin. Les gens croient que le tiers monde c’est en Afrique, ils oublie de regarder autour d’eux. Dans mon cas, je suis une personne sur qualifiée. Alors ca fait 3 ans que je cherche un emploi. Je fais quelques petits contrats à la maison et je viens de me trouver un emploi au salaire minimum à 9h semaine. Je n’ai pas d’aide sociale si non je serais plus en mesure de boucler les fins de mois. Mon seul réconfort dans la vie c’est mes deux chats et non je ne vais pas m’en débarasser. Mes sorties sont les sorties gratuite, je recois pas ou peu je ne sais pas c’est quand j’ai acheter des vêtements neufs et je serais très gènée quon voit mes bas et mes souvêtement trops petits ou troués. Mon magasin préféré c’est le sous-sol de l’église et la soupe populaire.

    Je comprend que votre lettre n’a pas été écrite dans le but de vous plaindre mais plustôt de partager votre vécu. Je vous trouve très bonne de faire face à la pauvreté avec 2 enfants et je sympatise. Nous en tant qu’adulte si on a pas une chose on s’en passe mais devoir refuser des choses qui devraient aller de soi dans un pays soit-disant riche, ca doit être déchirant.

    Je vous souhaite d’aller au bout de vos rêves et de vous sortir de cette misère qui fini par nous détruire même les meilleures personnes. Garder le cap, je suis de tout coeur avec vous.

  8. J’ai faim tout le temps. J’ai froid. Je me restreints sur tout dans l’espoir aussi de jours meilleurs. Chaque heure passée est une victoire sur les journées qui paraissent si longues lorsque l’on a rien ni personne pour les ensoleiller.
    Mes enfants ne rient plus.
    On a l’impression de regarder la vie passer. Sans nous.
    De vous lire me fait me sentir un peu en vie. Je m’accroche à l’espoir. Pas le choix que d’être forte. D’avancer. On y arrivera.
    Merci pour vos témoignages. Ça réchauffe le coeur.
    Je pense fort à vous tous.

  9. C’est vraiment un témoignage crève-coeur.

    J’ai souvent été cassé mais jamais de ma vie j’ai connu la pauvreté extrême comme beaucoup
    de personnes ici ont écrit. Toujours mangé à ma faim, vêtements sur le dos, bebelles, consoles,
    sorties ent’ chums, etc… Classe moyenne, mettons.

    Câline, même mon chat est mieux nourri avec sa viande crue quotidienne que toutes ces familles réunies!
    Ailes de poulet, cous, coeurs, foie, etc… Ce sont les morceaux de protéines animales les moins chères et appétissantes
    à l’épicerie pour le chat mais du luxe absolu pour ces personnes démunies qui donnerait leurs bras pour en manger et en donner à leur enfants, j’en suis certain.

    Avec tous les messages de personnes qui rushent en ciboulot pour joindre les deux bouts, comparé à eux, chu pu de la classe moyenne, chu un esti de millionaire de Westmount!

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