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dimanche le 18 août
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Françoise David propose l’union de toutes les députées en hommage aux victimes de Polytechnique

La députée de Gouin, Françoise David, a initié la lecture d’un texte commun de toutes les députées afin de commémorer les événements du 6 décembre 1989 et de dénoncer la violence faite aux femmes. C’est lors d’une réunion du cercle des femmes parlementaires en octobre dernier que Françoise David a soumis l’idée.

Écrit par la journaliste Françoise Guénette, l’émouvant texte a été lu par les 33 députées de l’Assemblée nationale à tour de rôle alors que les familles des victimes étaient présentes. « Pour la première fois de son histoire, l’ensemble de la députation a écouté un texte livré par l’ensemble des femmes parlementaires pour dénoncer toute forme de violence envers les femmes », a souligné Françoise David par voie de communiqué.

Pour regarder la lecture de ce texte

Par ailleurs, Françoise David, la gorge nouée par l’émotion, a remercié le premier ministre Philippe Couillard de s’être engagé à garder un registre des armes à feu au Québec.

Voici l’introduction à cette motion hommage par Françoise David, puis le texte lu par les 33 députées tel qu’on peut le trouver sur le site de l’Assemblée nationale.

Mme David (Gouin) : Merci, M. le Président. Vous comprendrez que c’est très difficile pour moi d’intervenir sans aucune émotion. J’étais à l’époque coordonnatrice du Regroupement des centres de femmes du Québec, et, le 6 décembre 1989, j’ai su ce qui se passait à la maison, à l’heure du souper, avec mon fils de neuf ans. Ça a pris quelques heures avant de réaliser l’ampleur du drame. Puis, dès le lendemain, les groupes de femmes étaient à l’oeuvre, essayant d’expliquer, essayant de comprendre. C’était la stupeur qui nous habitait.

Je remercie le chef du deuxième groupe d’opposition d’avoir rappelé à quel point les semaines qui ont suivi le 6 décembre 1989 ont été difficiles, il faut le reconnaître, difficiles parce que ça aurait été tellement plus simple de se dire : C’est un geste isolé, c’est une personne, et il n’y a pas d’autre leçon à en tirer. C’est ce que plusieurs voulaient, en fait, et il a fallu vraiment expliquer longuement. Je pense qu’aujourd’hui c’est plus facile, avec une certaine distance, de reconnaître qu’effectivement ce geste, bien sûr, était un geste extrême d’une personne qui avait beaucoup de difficultés personnelles, mais malgré tout ce geste, dans son extrémisme, représentait quelque chose qui pouvait s’appeler une certaine misogynie ambiante, quelque chose qui pouvait s’appeler du ressentiment d’une fraction de la société québécoise. C’est difficile à admettre, ces choses-là, parce qu’après tout c’est de nous qu’on parle, nous étant l’ensemble des Québécois et des Québécoises.

25 ans plus tard et d’autres avancées féministes plus tard, on se retrouve à un automne où avec stupeur, encore une fois, beaucoup de Québécois, beaucoup de Québécoises apprennent que beaucoup de nos soeurs et parfois nos frères, victimes d’homophobie, sont victimes d’agressions, de violence à caractère sexuel. Encore une fois, on se pose des questions, mais cette fois-ci — et c’est là où on se dit qu’on a quand même avancé — on accepte d’affronter nos démons, on accepte de se dire : Si tant de femmes et des hommes aussi, encore aujourd’hui, hésitent à parler, hésitent à dénoncer, ça doit bien être parce qu’il y a un problème. Et je remercie d’ailleurs, incidemment, la ministre de la Condition féminine et les collègues des autres partis pour qu’on soit arrivés à, l’hiver prochain, entamer des débats publics sur cette question des violences à caractère sexuel. Donc, nous avançons, M. le Président.

Nous avançons aussi dans cette enceinte et, avec votre soutien, M. le Président, qui dès le début a été très chaleureux, nous allons nous-mêmes poser des gestes. Nous allons nous-mêmes nous questionner sur l’ensemble de nos comportements à l’Assemblée nationale, les nôtres. On va se questionner sur nos rapports avec notre personnel. On va oser se demander s’il peut arriver que certaines personnes ici, dans cette enceinte, puissent être aussi victimes de différentes formes de violence à caractère sexuel. Je ne pense pas qu’il y ait en ce moment beaucoup, beaucoup de Parlements en Amérique du Nord qui osent se poser des questions qui, convenons-en, sont dérangeantes mais vont nous amener plus loin, j’en suis certaine.

En terminant, ce que nous a appris aussi le 6 décembre 1989, c’est que nous ne voulons pas de violence au Québec. Nous ne voulons pas que les armes à feu circulent totalement librement au Québec, et ce sujet, chez nous, fait consensus. Je remercie donc vraiment et chaleureusement le premier ministre de prendre ce matin l’engagement solennel de maintenir le registre des armes à feu, je l’en remercie beaucoup.

Le Président : Je vous remercie beaucoup, Mme la députée de Gouin. Je cède la parole maintenant à Mme la vice-présidente de l’Assemblée nationale et présidente du Cercle des femmes parlementaires de l’Assemblée. Mme la députée de Hull.

Mme Gaudreault : Merci, M. le Président. Nous vous remercions de permettre exceptionnellement aux membres du Cercle des femmes parlementaires de partager un message de solidarité dans le cadre de cette motion.

Il y a 25 ans, le 6 décembre 1989, la nuit et la neige tombaient sur Montréal quand les premiers coups de feu ont déchiré les murs de l’École polytechnique. À la veille des examens, dans les salles de cours et les corridors grouillant de vie, la mort s’est invitée, munie d’une carabine semi-automatique.

Mme Vallières : Une heure plus tard, les images nous clouaient à nos écrans. Des brancards chargés, des parents affolés, des policiers déstabilisés, des rumeurs sur le nombre de tireurs, des garçons sous le choc décrivant le tueur qui ne visait que les femmes.

Mme Boulet : Ce jour-là, 14 femmes étaient tuées, 14 personnes blessées, des dizaines de familles, d’amis et de collègues étaient marqués à jamais. Quatre d’entre eux se suicidèrent. Et on apprendrait plus tard que le tueur avait dans sa mire une quinzaine d’autres Québécoises connues et influentes. Le Québec, une société tranquille, prospère, progressiste et fière d’être reconnue comme l’une des plus égalitaires de la planète, basculait dans l’incompréhension. Et la question que tous se posaient : Pourquoi ici ?

Mme St-Pierre : 25 ans plus tard, nous sommes là, 33 femmes, 33 parlementaires de différents partis, aux opinions diverses, mais unies par des valeurs d’égalité, de justice et de solidarité. Individuellement, nous avons fait des choix, parfois difficiles, pour atteindre cette Assemblée.

Mme Thériault : Nous avons vaincu nos doutes, trouvé des appuis, accepté de payer le prix en termes de conciliation famille-travail. Nous avons combattu le cynisme de plusieurs envers la politique et affirmé notre compétence.

Mme Charlebois : Il aura suffi de l’histoire terrible d’un animateur vedette pour que le silence se fracasse, pour que des femmes connues, jalouses de leurs vies privées, révèlent la honte et la peur subies, lors d’agressions passées, pour que des milliers de femmes anonymes les suivent, dénoncent à leur tour leurs agresseurs et expriment l’urgence d’agir.

Mme Ménard : Car, la violence à l’égard des femmes et des enfants ne semble pas se résorber. Elle nous rejoint dans nos maisons, nos rues, nos lieux de travail. Ailleurs, elle sévit dans les camps de réfugiés, les bidonvilles, les champs de bataille, les maisons cossues, les ateliers sombres, les usines aux portes cadenassées.

Mme Vallée : Individuellement, nous nous pensons à l’abri. Nous sommes des femmes choyées qui ont pris leurs places dans l’espace public, qui ont les moyens d’agir, de se défendre et de défendre les leurs. Nous sommes des battantes.

Mme Weil : Nous sommes ces 1 500 Québécoises tuées, depuis 1989, par d’ex-conjoints incapables de supporter la séparation, incapables de demander de l’aide.

Mme Charbonneau : Nous sommes Rinelle Harper, 16 ans, violée et laissée pour morte dans les eaux glacées de la rivière Assiniboine, à Winnipeg. Elle a survécu, mais, depuis 1980, près de 1 200 femmes autochtones ont été assassinées ou ont disparu au Canada.

Une voix : Nous sommes Zainab, Sahar et Geeti Shafia, assassinées au nom de l’honneur puis noyées au fond du canal Rideau, à Kingston, même si, au Canada, nous ne sommes pas des cas isolés.

Mme David (Outremont) : Nous sommes ces 200 étudiantes enlevées, dans une école du Nigéria, par le groupe Boko Haram, et transformées en épouses, esclaves sexuelles et soldates.

Mme Rotiroti : On dira que nous confondons tout, que nous exagérons, que nous banalisons des horreurs… on les compare au sort enviable des Québécoises. Nous persistons et disons qu’il y a un lien entre ces soi-disant faits divers, ces dénis de justice, ces guerres oubliées.

Mme de Santis : Il faudra que les hommes s’y mettent, aussi. Vous tous, collègues parlementaires, amis, amoureux, frères, fils, citoyens, amours de nos vies, compagnons de nos âges, parlez, respectez et aimez les femmes autour de vous et élevez vos enfants dans cet esprit.

Mme Montpetit : Nous sommes fières de voir que l’Assemblée nationale fera sa part puisqu’une commission parlementaire et un forum public se pencheront bientôt sur la violence sexuelle à l’égard des femmes, et ce, dans un climat non partisan et en…

Mme Montpetit : …nous sommes fières de voir que l’Assemblée nationale fera sa part, puisqu’une commission parlementaire et un forum public se pencheront bientôt sur la violence sexuelle à l’égard des femmes, et ce, dans un climat non partisan et en vue d’un plan d’action.

Mme Nichols : Pendant les prochains jours au Québec comme ailleurs, nous serons des dizaines de milliers à commémorer la tuerie de Polytechnique. Nous vous invitons, où que vous soyez, à participer à cet exercice de mémoire, à remplacer, dans vos souvenirs, le nom du tueur par ceux des 14 jeunes femmes au sourire éclatant et au regard confiant pour ne jamais oublier.

Mme Simard : Annie Turcotte, 20 ans, qui avait choisi le génie des matériaux pour améliorer l’environnement. Elle ne pourra jamais plus nager et plonger comme elle aimait tant.

Mme Massé : Anne-Marie Edward, 21 ans. Ses parents, Suzanne et Jim, se battront férocement avec Heidi Rathjen et Wendy Cukier pour le contrôle des armes à feu.

Mme David (Gouin) : Maryse Leclair, 23 ans. C’est son père, le lieutenant Pierre Leclair de la police de Montréal, qui trouvera son corps transpercé au couteau de chasse par le tueur juste avant qu’il ne se suicide.

Mme Soucy : Geneviève Bergeron, 21 ans. Elle voulait s’imposer en génie civil. Elle chantait et jouait de la clarinette. Sa mère, Thérèse Daviau, femme politique montréalaise, s’engagera dans la Fondation des victimes du 6 décembre.

Mme Roy (Montarville) : Barbara Daigneault, 22 ans. Tout comme son père, professeur à l’École de technologie supérieure, elle avait choisi le génie mécanique. En 1991, employés et étudiants de l’ETS créeront le Fonds Barbara-Daigneault qui, par des bourses, encouragera des femmes à devenir ingénieures.

Mme Samson : Maryse Laganière, 25 ans. Elle est une employée de Poly et une jeune mariée qui ne verra jamais grandir les enfants qu’elle aurait désirés.

Mme Lavallée : Anne-Marie Lemay, 22 ans. Elle ne sera pas ingénieure et n’aura jamais de problème à concilier famille et travail.

Mme D’Amours : Maud Haviernick, 29 ans. Dans 20 ans, sa soeur Sylvie échangera sereinement à la télé avec la mère du tueur, une femme blessée à une autre.

Mme Lamarre : Hélène Colgan, 23 ans. Elle avait déjà trois offres d’emploi. Elle allait peut-être choisir Toronto.

Mme Léger : Nathalie Croteau, 23 ans. Avec son amie Hélène, elle aussi en dernière année de génie mécanique, elle avait prévu passer ses vacances dans le sud.

Mme Richard : Michèle Richard, 21 ans. Elle ne sera jamais l’ingénieure en chef de la reconstruction du pont Champlain.

Mme Maltais : Annie St-Arneault, 23 ans. Elle se voyait partir en Afrique et travailler en coopération internationale avec son frère, Serge, qui lui aurait fait découvrir son monde.

Mme Ouellet : Barbara Klucznik-Widajewicz, 31 ans. Elle avait émigré de Pologne avec son mari en 1987. Elle aimait Montréal. Elle l’a fait découvrir à son frère, Pavel.

Mme Hivon : Sonia Pelletier, 28 ans. Elle était à la tête de sa classe et faisait la fierté de son village de Saint-Ulric. Elle recevra un diplôme posthume.

Mme Poirier : Leurs vies se sont arrêtées trop vite. C’est à nous tous et toutes, maintenant, d’en garder la mémoire vivante, de transformer la noirceur en lumière, la haine en harmonie. Notre vie continue. Faisons-la meilleure ensemble.

Le Président : Est-ce que cette motion est adoptée?

Des voix Adopté.

Le Président : Je vous invite maintenant à vous lever pour une minute de silence à la mémoire des victimes de la tragédie de la Polytechnique.

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