Les sinueuses définitions de l’embourgeoisement

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Gentrification, embourgeoisement, revitalisation, régénération, les termes ne manquent pas pour tenter d’identifier ce phénomène qui est certes économique, mais également social et culturel.

Certains préfèrent utiliser le terme gentrification, qui vient de l’anglais gentry. Considéré comme un anglicisme, gentry fait référence à la noblesse, ce qui n’est pas le cas du terme « bourgeois ». Sa première utilisation remonte à 1963 par la sociologue britannique Ruth Glass dans une étude portant sur la ville de Londres.

En quelques mots, l’embourgeoisement c’est «l’arrivée de classes sociales supérieures qui s’installent dans des quartiers ouvriers», résume Paul Lewis, doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal.

Sauf que les quartiers de Montréal que l’on dit gentrifiés ou embourgeoisés comme Rosemont—La Petite-Patrie, le Plateau-Mont-Royal et Villeray ne sont pas historiquement seulement ouvriers. Même Hochelaga abritait le bourgeois village de Maisonneuve. « Ces quartiers étaient mixtes avec des rues de petits bourgeois et d’ouvriers », explique Paul Lewis.

Phénomène économique et culturel

On peut avoir tendance à voir l’embourgeoisement comme étant essentiellement un phénomène économique. C’est un peu ce que croyait le défunt géographe britannique Neil L. Smith qui a proposé un indicateur, le « différentiel de loyer », qui analyse l’écart entre l’évolution des revenus des résidents et l’évolution de la valeur foncière des immeubles. En d’autres mots : si le revenu des résidents augmente plus rapidement que la valeur foncière, c’est que le quartier a un bon potentiel de gentrification (c’est le terme qu’il utilisait).

Le choix d’un quartier n’est pourtant pas qu’une affaire d’argent. Il faut considérer l’aspect culturel. Car au-delà du prix d’un condo ou d’un plex et du nombre de restaurants trois étoiles à distance de marche, parmi les « facteurs d’attraction » on trouve des concepts plus symboliques comme le besoin d’identité et de différenciation, le mode de vie, «l’ambiance», la qualité et la variété des services. Ainsi, l’essor des ruelles vertes dans le quartier, l’accès à une certaine offre culturelle de proximité (cinéma, expositions, concerts dans les parcs), l’accès à des produits biologiques et « équitables » et des initiatives simples comme les bibliothèques libre-service sont des exemples de facteurs attractifs du quartier qui caractérisent l’embourgeoisement culturel.

Sur la résonance des mots

Si « embourgeoisement » et « gentrification » ont une connotation négative, il en est autrement de « revitalisation ». Dans le cas de Rosemont, il serait juste de prétendre que le quartier vit d’abord une revitalisation, si on tient compte du fait qu’il a été plus riche dans le passé. Si toute revitalisation ne mène pas systématiquement à un embourgeoisement, elle en est souvent un catalyseur. Chose certaine, la mutation des quartiers centraux est un sujet d’actualité dans la plupart des grandes villes du monde.

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