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Le premier bourgeois de Rosemont

À Rosemont, les bourgeois ne datent pas d’hier. Grâce à quelques recherches historiques, on a retrouvé le premier bourgeois en 1871 !

En 1871, un habitant de la Côte-de-la-Visitation (le village avant Rosemont) déclare, comme profession, être bourgeois. Il s’agit de Hardoin Lyonais, 63 ans. Il habite sur la rue Colborne (aujourd’hui De Lorimier) avec son épouse Henriette et ses enfants, alors dans la vingtaine. Ses trois fils aînés sont respectivement imprimeur, teneur de livres et étudiant.
Mais Côte-de-la-Visitation est loin d’être un quartier chic de Montréal. Il s’agit plutôt d’une paroisse agricole fondée en 1865. Le village se résume alors à quelques fermes parsemées le long du chemin de la Côte-de-la-Visitation, aujourd’hui le boulevard Rosemont.

Des champs à perte de vue

Plusieurs terres appartiennent déjà à des familles dont le nom perdure : les Nesbitt, Molson ou Bourbonnière. Les familles anglophones et francophones se côtoient et un peu plus de la moitié de la population est canadienne-française. L’immense terre Crawford, une des plus grandes du village, deviendra le lieu des premiers développements du Vieux-Rosemont.

recensement 1871

Une grande proportion des travailleurs de Côte-de-la-Visitation sont des agriculteurs. Dans les années 1880, en plus de cultiver la terre, au moins sept familles du village font l’élevage de vaches laitières de race Ayrshire. James Drummond, qui possède une terre aux alentours de l’actuelle avenue Bourbonnière, est un prospère éleveur de vaches.

En 1871, on retrouve entre autres au village une dizaine de charrons et d’apprentis (fabricants de chariots et brouettes), presque autant de forgerons, quatre couturières, trois cordonniers, une institutrice, un étudiant en philosophie et notre fameux bourgeois.

On compte également une trentaine de journaliers. Ces derniers pouvaient aussi bien travailler dans les fermes du village que dans les carrières de calcaire qui se trouvaient à proximité.

origine travailleurs 1911

Mettre Rosemont sur les rails

En 1903, les promoteurs immobiliers Ucal-Henri Dandurand et Herbert Samuel Holt (des bourgeois) achètent la terre du défunt cultivateur Alexandre Crawford qui est laissée à l’abandon (les limites approximatives sont de la 1ère à la 10e Avenue et du boulevard Rosemont jusqu’au boulevard St-Joseph). Ils divisent cette terre en lots pour les vendre aux futurs ouvriers des usines Angus, grand atelier de fabrication de matériel ferroviaire du Canadien Pacifique. C’est ainsi qu’une partie du village de la Petite-Côte devient Rosemont. Entre 1906 et 1910, différents territoires de Rosemont sont successivement annexés à la Cité de Montréal.

L'entrée de l'usine Angus

L’entrée de l’usine Angus sur la rue Rachel. Photo: Société d’histoire Rosemont-Petite-Patrie

Rosemont est loin d’être un quartier résidentiel confortable. Les égouts et l’éclairage de rue ne commencent à être construits qu’à partir de 1907 et de façon plutôt imparfaite. Les résidences sont également à proximité des usines Angus et des carrières de calcaire que l’on retrouvait à l’époque à Montréal. Fermées dans les années 1930, ces carrières sont pour la plupart devenues des parcs (Pélican, Lafond, Père-Marquette, Jardin botanique).

Ça roule pour le quartier

À son ouverture, l’usine embauche plusieurs milliers d’ouvriers. Mais ceux-ci n’adoptent pas instantanément Rosemont comme lieu de résidence. L’essor démographique se remarque davantage durant la décennie 1911-1921, selon Marie-Hélène Lachance, auteure du mémoire De l’espace rural à la banlieue industrielle : le quartier Rosemont de 1892 à 1911.

En se basant sur le recensement de 1911, elle indique que Rosemont comporte « une population ouvrière comptant une majorité de travailleurs qualifiés disposant de salaires relativement élevés. Contrairement à d’autres quartiers ouvriers, une proportion importante des chefs de ménage sont propriétaires de leur logement. Même si plusieurs groupes ethniques sont représentés, la population est surtout partagée entre Canadiens-français et Canadiens-anglais sans toutefois qu’il y existe de différenciation spatiale ».

La rue Masson est ouverte en 1904, mais prend son réel essor commercial dans les années 1920.

Au fil du temps on y retrouve des boutiques de vêtements, des magasins à rayons, des cinémas, des tavernes, des ferronneries, des marchés… rien de bien bourgeois. La rue Masson connaît un coup dur avec l’ouverture des premiers centres commerciaux à Montréal dans les années 1950 comme le centre Le boulevard situé au coin des rues Jean-Talon et Pie-IX.
Dans les années 30, il y a encore quelques fermes, mais l’ensemble résidentiel continue à progresser.

Le début de la fin

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les usines Angus roulent au maximum avec près de 12 000 employés qui s’affairent à construire des chars d’assaut. Mais après la guerre, la demande pour du matériel ferroviaire décline.

Dans les années 50, l’automobile gagne en popularité suivie du transport aérien dans les années 60. Ce qu’il y a de bourgeois et de mieux nantis s’exile en banlieue, considérée à l’époque comme le nouvel Eldorado. En 1970, une grande partie de l’usine Angus ferme, puis, en 1992, on met la clé dans la porte de tout le complexe industriel.
C’est la crise !

Dans les années 1980, les temps sont durs dans Rosemont, mais aussi dans tout Montréal. Les secteurs industriels très lucratifs qui ont fait la gloire de Montréal n’ont plus la cote. « L’annonce de la fermeture des usines Angus en 1991, montre bien qu’une page de l’histoire manufacturière de Montréal est tournée », écrit l’historien Paul-André Linteau dans Histoire de Montréal depuis la Confédération.

Les vieux quartiers en voie de désindustrialisation, comme Rosemont, sont durement touchés par le chômage. De plus, la population fait face à une pénurie de logements et les taux d’intérêt atteignent des sommets himalayens !

taux interet

Entre en scène la riche société Marathon, une filiale du Canadien Pacifique, qui entend développer Rosemont à sa manière, c’est-à-dire en construisant un immense centre commercial d’un million de pieds carrés et 4 500 places de stationnement. Pour ce faire, elle vise le grand terrain de 100 acres à l’est de St-Michel, laissé vacant par la première fermeture des usines Angus dans les années 1970.

Menés par Allan Koury, propriétaire de la Mercerie Allan, les petits commerçants de la rue Masson s’opposent farouchement à la venue du centre commercial, qu’ils voient comme un concurrent. De leur côté, les associations de locataires réclament du logement abordable, qui manque cruellement dans le quartier.

À coup de consultations et de pressions politiques, les Rosemontois obtiennent que la Ville de Montréal et le gouvernement du Québec achètent le terrain. C’est ensuite l’OBNL la Société des terrains Angus (SOTAN) qui a le mandat de le réaménager (de 1983 à 1993). Les associations de locataires maintiennent la pression pour que des logements sociaux soient construits. Afin de permettre à tous de s’y installer, autant les mieux nantis que les populations à plus faible revenu, 2 500 logements sont construits dont 40 % sont des coopératives ou des logements sociaux. Parmi les nouveaux noms de rue de ce développement à forte mixité sociale, on rend hommage non seulement à des bourgeois (les notaires Guillet et l’ingénieur Marius Dufresne) mais aussi à un ouvrier, Moïse Picard, chaudronnier aux usines Angus.

Latest comments

  • mon grand père Bortolo Boscariol parti d’Italie en 1907 est arrivé à New York le 30 avril 1907 par le bateau California, puis en transfert pour Montréal, je suis toujours à la recherche de savoir pour quelle compagnie a t il travaillé très probablement comme bucheron
    merci d’avance

  • Bonjour

    Avez-vous une photo de l’épicerie Maillé qui était située sur la rue Masson, côté sud, entre la 9e et 10e – Édouard Maillé était le frère de ma grand-mère maternelle Mélina Maillé, merci

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