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La nouvelle classe moyenne

Elle est chroniqueuse. Il est professeur. Ils partagent un amour pour l’écriture, deux enfants, bientôt trois, un colley qui s’exprime un peu trop et un petit cottage du début du 20e siècle aux planchers à géométrie variable. Très loin de leur Saguenay natal, ils ont choisi de s’enraciner à Rosemont pour élever leur famille.

Ce couple, c’est d’abord Geneviève Pettersen, alias Madame Chose. Sa chronique dans La Presse+ offre aux lecteurs des conseils naviguant entre la philosophie, la nostalgie et un pragmatisme bien assumé. La Déesse des mouches à feu, son premier roman, a été bien accueilli tant par la critique que par le public.

Son mari Samuel Archibald (ils se sont mariés devant le notaire en haut d’un Jean Coutu), auteur du roman Arvida, est professeur au Département d’études littéraires de l’UQAM. Son essai Le sel de la terre : confessions d’un enfant de la classe moyenne, publié en 2013 par Atelier 10, examinait notre relation mitigée avec cette notion de classe moyenne.

Sous le charme

Habitant le quartier depuis sept ans, ils se plaisent à dire que Rosemont les a choisis. « Avant, on habitait Hochelaga-Maisonneuve. En déménageant ici, je n’étais pas certaine d’aimer le coin. Ce n’était pas très bien desservi par le transport en commun », se rappelle Geneviève. « Ça ne l’est toujours pas ! », réplique Samuel. Après deux semaines, elle avait changé d’avis. « Pour la première fois, j’avais le sentiment d’être chez moi, peut-être car j’avais des enfants. J’aime le côté village de Rosemont, les petits vieux, les ruelles qui sont moins trash. On parle à nos voisins et on ne peut pas aller sur Masson sans rencontrer quelqu’un qu’on connaît, comme à Chicoutimi. »

Ce choix, ils l’ont fait aussi pour la qualité de vie et pour les espaces publics qui sont vivants. «J’ai peur pour la survie de ces espaces en banlieue et en région. Les enfants jouent dans les cours. Ici, en ville, on sort, on va au parc Lafond rencontrer les amis, à la piscine, dans les commerces », constate Samuel Archibald. Et dans la ruelle. « À 17 h, c’est l’heure magique dans notre ruelle, les mêmes familles y jouent. En hiver, c’est la guerre des tuques ! », ajoute la jeune maman. « Dans Rosemont, il y a un fond ouvrier, une vraie classe moyenne, ça nous ressemblait plus », souligne son mari.

Rester en ville : un défi financier

Le couple a acheté dans le Vieux-Rosemont à l’est de Saint-Michel. Un achat qu’ils ne pourraient plus se permettre. « Aujourd’hui, acheter l’équivalent aurait été impossible avec la montée fulgurante des prix. Mais Rosemont est encore un coin où les familles peuvent devenir propriétaires », concède Samuel.

Ils se défendent bien d’être des gentrificateurs. Au contraire, les voisins étaient bien heureux qu’une famille achète la maison, qu’ils comptent rénover en respectant l’architecture d’origine. Le couple avoue avoir fait un effort financier lourd de conséquences pour rester en ville, par choix. « Ceux qui disent qu’on est riches devraient regarder notre compte de banque. Le côté négatif de la popularité du quartier, c’est qu’on a de la misère à payer nos taxes qui augmentent. Les riches, ils sont plutôt dans Angus… mais on est toujours le bourgeois de quelqu’un d’autre », lance Geneviève.

Un peu cliché? Parlant de bourgeois, se sentent-ils vaguement comme les dignes représentants d’une certaine classe sociale accusée d’envahir le quartier ? « Jamais personne ne nous a fait de reproches. Et nous sommes des piliers chez Corvette ! » dément avec humour Samuel. Ils se sont toujours sentis bien accueillis et bienvenus. 

« Je vois un changement de clientèle à l’école de nos enfants, les gens ne sont pas plus riches, mais ils n’ont pas les mêmes préoccupations, les mêmes métiers. Il y a maintenant plus d’artistes et de professionnels », soutient Geneviève. Son conjoint n’est pas totalement d’accord. « Il y a toujours des familles défavorisées, même s’il est vrai qu’elles sont moins nombreuses. De toute manière, la classe moyenne est loin d’être homogène.

Contrairement à Samuel, Geneviève n’aime pas les bars de la rue Masson. « Je suis une vraie grand-mère, je ne sors pas et je n’aime pas la faune qui les fréquente. Rosemont s’est plutôt “endouchifié” », dit-elle en conjuguant le mot « douchebag ».

Si la jeune femme fuit les foules devant les bars, le couple fait ses courses dans les commerces du quartier : chez Paulines, Pâtes et compagnie, le Frigo de Bacchus, La Culotte à l’Envers, Tik Tak Toc. « Notre but est d’en faire le plus possible à pied. » Mais Geneviève avoue fréquenter assidûment le Loblaws depuis qu’elle a une voiture. « L’auto est l’ennemi des petits commerces », conclut-elle.

Les deux ont toujours un projet d’écriture sous le coude. Geneviève Pettersen publie un nouveau livre Vie et mort du couple, du dating au divorce le 27 octobre, aux éditions La Presse et prépare une BD dont l’action se déroulera dans le quartier. Samuel Archibald sortira deux romans jeunesse début 2015.

Photo : Jimmy Hamelin

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