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À qui appartient Rosemont?

Est-ce qu’un quartier appartient à ses résidents ? À ses propriétaires ou à ses locataires ? Est-ce que les souhaits de ceux installés depuis trois générations sont plus respectables que ceux des jeunes familles récemment établies ou des étudiants de passage ?

Il n’y a pas de petites réponses. Néanmoins, tout ce beau monde ne voit pas du même œil l’embourgeoisement du quartier, inexistant pour les uns, créateur d’inégalités pour les autres.

La directrice générale de la SDC Promenade Masson, Doris Laflamme, soutient qu’il n’y a pas d’embourgeoisement. « On me dit souvent qu’on devient comme le Plateau et je ne suis pas d’accord. On n’a pas le même type de commerces. On est dans un quartier très familial avec beaucoup de parcs, des centres de loisirs, des écoles et des bibliothèques », soutient celle qui travaille dans Rosemont depuis 31 ans.

Même le porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), François Saillant, qui habite ici depuis les années 90, ne pense pas qu’on se soit tellement embourgeoisés. Toutefois, des « signes » sont à surveiller comme l’augmentation de la proportion de propriétaires, la perte de logements locatifs et la conversion des immeubles en copropriétés. « On a perdu 3000 logements dans Rosemont entre 2006 et 2011 et on a gagné plus de 5000 propriétés », dit-il.

D’autres signes ne trompent pas. Les maisonnettes d’un étage de type shoebox sont remplacées par des immeubles et des propriétaires transforment leur duplex en maison individuelle. Selon l’urbaniste Gérard Beaudet, on assiste à un embourgeoisement léger et graduel. « Certains y trouvent leur compte en vendant leur maison à prix d’or pour avoir une retraite confortable. Pour les locataires, c’est plus compliqué », reconnaît l’universitaire, qui habite lui aussi le quartier.

«Rosemont donne l’impression d’être un quartier relativement aisé. Cette image cache beaucoup de pauvreté qui est dissimulée par les nouveaux développements », soutient Jacques Brosseau, président de la Corporation de développement communautaire de Rosemont (CDC).

Un quartier trop à la mode

Le quartier est redevenu à la mode depuis une douzaine d’années. Il n’a même plus besoin du qualificatif de Nouveau-Plateau. Pour Jacques Brosseau, il est clair que cet engouement l’a rendu de moins en moins accessible pour les gens à faibles revenus. « Il y a une gentrification majeure. Le défi des groupes communautaires est de soutenir ces personnes pour qu’elles fassent valoir leurs droits. »

D’autres préfèrent parler de revitalisation. Paul Lewis, doyen de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, leur donne raison. « Sinon on condamne les gens à vivre dans des ghettos. Ça fait des années qu’on se plaint que les gens partent en banlieue. Quand ils reviennent ou s’ils décident de rester en ville, on les accuse d’embourgeoisement ? »

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Le retour de la classe moyenne

L’arrivée de nouveaux résidents a rajeuni le quartier et a ramené l’ambiance qui primait du début du 20e siècle jusqu’aux années 50. « À cette époque, il y avait une diversité de statuts sociaux et économiques. Avec la migration des gens au statut économique le plus élevé vers la banlieue, il y a eu homogénéisation de la population restée sur place. On assiste aujourd’hui au retour de résidents avec de bons revenus et donc un retour à la mixité, qui s’était atténuée lors de leur départ vers la banlieue », explique Gérard Beaudet.

«Sans être richissimes, les nouveaux résidents ont de l’argent, sont plus éduqués et plus écologistes », remarque la députée de Gouin Françoise David, qui s’est établie dans le Vieux-Rosemont il y a 35 ans. «On ne plantait pas de fleurs quand je suis arrivée », raconte-t-elle. Aujourd’hui, les ruelles vertes se multiplient et les citoyens entretiennent les carrés d’arbres. Françoise David reconnaît qu’on a réussi à maintenir un bel équilibre, mais elle s’inquiète grandement pour l’accessibilité au logement.

Si ces nouveaux arrivants ne sont pas des riches, ils sont loin d’être sur le seuil de la pauvreté. Jacques Brosseau se méfie des chiffres.

Les années tough

Rosemont ne l’a pas eu facile dans les années 1980-90. En effet, des repaires de criminels avaient pignon sur rue à deux pas de la rue Masson, des explosions de bombes et même des enlèvements faisaient la une des journaux.

Doris Laflamme se souvient du temps où plusieurs locaux étaient vacants et où des commerces étaient entre les mains du crime organisé. Elle dit avoir travaillé avec acharnement avec les élus et les autorités pour éradiquer le climat d’insécurité qui régnait à cette période. « On a amélioré les commerces et le mobilier urbain. Les gens en profitent et se sentent encore plus chez eux », soutient Mme Laflamme.

Le sujet n’est pas nouveau

Le producteur et agent d’artistes Jacques K. Primeau, qui s’est fait connaître avec RBO, a été élevé dans Rosemont et y habite encore. Il parlait déjà d’embourgeoisement dans les années 80 alors qu’il était journaliste, notamment pour CIBL. « Il y a gentrification, mais plus lentement que dans d’autres quartiers, et elle est plus harmonieuse. Est-ce de l’embourgeoisement que de vouloir un café au lait et des restaurants de qualité ? Alors peut-être que je me suis embourgeoisé… Mais je vois des gens de toutes sortes et j’ai l’impression de vivre dans un endroit avec une belle mixité, ce qui en fait mon quartier préféré. »

Il ne faut pas oublier que les mentalités ont changé dans toute la société québécoise. « On ne mange pas aujourd’hui comme on mangeait il y a 30 ans, il faut mettre ça en perspective », croit Christian Yaccarini, président et chef de la direction de la Société de développement Angus, qui habite le quartier depuis 1995. Les gens ne se contentent plus du cheddar jaune ou du vin en vinier, savent cuisiner le quinoa, troquent le café filtre pour un espresso allongé et sont soucieux de leur alimentation.

Cette demande se reflète dans l’offre commerciale. De nouveaux restos gastronomiques ouvrent leurs portes, les anciennes tavernes deviennent des bars prisés et le barbier du coin passe son ciseau aux chics stylistes. Mais il demeure toujours dans le quartier les magasins à 1 $, les prêteurs sur gages, les restos rapides et les boutiques d’articles usagés.

« On continue d’avoir des magasins pour les gens avec moins de sous. J’espère que ça va rester comme ça », précise la députée Françoise David.

Denis Leclerc, directeur général de la CDC Rosemont fait le même souhait. «La cohabitation est harmonieuse entre des gens de différentes classes sociales et de différents horizons. C’est ça la beauté de Rosemont ! »

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  • Que voilà un bel article! Il brosse un très intelligent et très beau tableau de l’évolution de Rosemont. Plusieurs points de vues très pertinents et éclairants sur la façon dont ont doit «analyser» l’embourgeoisement du quartier.

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