La forêt mystérieuse de Catherine Plaisance

Par -

La Galerie BAC, ayant pignon sur le boulevard Saint-Laurent depuis 2011, présente pour une quinzaine les récentes réalisations de l’artiste multidisciplinaire Catherine Plaisance grâce à l’exposition Désordre. L’artiste décline en plusieurs médiums la même maquette d’un environnement pour le moins inquiétant. Cette maquette, recréant un monde en miniature, sert en effet de modèle à la fois aux photographies et aux vidéos ceinturant un boisé équivoque.

Si les proportions minuscules suggérées par la maquette plongent dans l’univers ludique de l’enfance, et l’environnement inventé par Plaisance rappelle quelque peu les jeux de train par l’utilisation de gazon mousse, la comparaison s’arrête ici. L’ambiance est y toute autre; bien plus sombre.

Détail de Désordre 6, 2014, impression jet d'encre.

Détail de Désordre 6, 2014, impression jet d’encre.

En effet, l’exposition de Catherine Plaisance nous emporte dans un univers qui semble tout droit sorti d’un film d’épouvante. Pour se faire, se côtoient une maquette au coeur de l’espace, des photographies tout autour et deux vidéos. Tous nous montrent à voir le même motif de cette sculpture-maquette centrale. Celle-ci met en scène une forêt inhospitalière, une ambiance nocturne, une cabane abandonnée de même qu’une maison glauque.

C’est cette sculpture-maquette qui prend place au milieu de la galerie et représente un vaste terrain boisé où trois scénettes sont installées sur des ronds tournoyants. Il s’agit d’une petite île surgissant d’une rivière ténébreuse, d’une grande demeure peut-être inhabitée et des vestiges d’un baraquement, maintenant à moitié effondré. Des objets détruits épars, parsemés çà et là.

Le thème de la catastrophe est cher à l’artiste qui l’exploite dans nombre de ses travaux tout au long de sa carrière. Néanmoins, peut-être que la catastrophe évoquée cette fois est tout simplement l’abandon et l’inéluctable passage du temps plutôt que l’avènement d’un incident tragique. En fait, un accident funeste paraît s’être déroulé ici, mais peu d’indice, sinon aucun ne nous permet de reconstruire l’histoire qui a amené ce lieu à devenir si désolé. Aucune présence humaine n’aide d’ailleurs à la lecture du drame qui s’est opéré ici.

Sur chaque côté, les murs offrent une série de neuf photographies qui sont autant de vues de la pièce centrale. Les neuf photographies composent des paysages nocturnes. De par l’installation d’un système motorisé sur la maquette, les scènes rotatives voient leur arrière-plan devenir mobile et refondre à chaque moment le décor, incitant des échanges entre la maquette et les épreuves photographiques afin d’y déceler un ensemble cohérent.

Au fond, deux vidéos reprennent le même plan rapproché des photographies, mais la caméra se balade cette fois dans la forêt plutôt que de nous en présenter une vue fixe. L’onirisme cauchemardesque de ces vidéos fait perdre ses repères, on semble se promener dans une forêt dans laquelle il sera difficile de retrouver sa route. Le brouillard épais amplifie l’atmosphère angoissante des lieux. Une menace semble planer.

Dans l’exposition, on sent la nature plus forte que l’humain : les arbres sont restés intacts, la rivière est calme tandis que les individus ont disparu et leur architecture est abîmée ou détruite.
De toute évidence, les clefs de compréhension ne nous sont pas fournies, et c’est bien heureux. L’ambiguïté reste entière.

Galerie BAC, Bigué art contemporain
6341, boulevard Saint-Laurent, Montréal
Désordre
Du 20 mars au 5 avril 2014

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>