Retour des vieux métiers : une nouvelle cordonnerie sur Rosemont

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À la Cordonnerie à pied sur le boulevard Rosemont, à l’angle de De Lorimier, l’ouvrage ne manque pas. Pendant que Francis Lehoux s’affaire à donner des conseils en nettoyage à un monsieur dont les bottes subissent les effets du sel de déglaçage, une ribambelle d’effets attendent sagement d’être rapiécés. Un retour des vieux métiers ?

Francis Lehoux, mi-trentaine, a ouvert boutique dans Rosemont il y a à peine sept mois. Les cordonneries ne sont pas légion dans le quartier, ce qui lui a permis de rapidement se bâtir une clientèle. « J’ai fait de la gérance et je ne tripais pas vraiment, raconte celui qui n’avait pas touché à une chaussure depuis un bon moment. J’ai donc décidé de lancer ma propre entreprise dans ce que je connaissais le mieux : la réparation et la confection de chaussures », lance-t-il, visiblement content d’avoir renoué avec ses anciens amours.

S’il n’habite pas dans le coin, ses recherches pour son plan d’affaires l’ont rapidement dirigé vers le quartier Rosemont, un emplacement qui n’entrait pas en compétition avec d’autres cordonneries déjà établies. Il y en a une sur Beaubien, la cordonnerie Saint-Marc et une au Loblaws Angus.

Francis Lehoux de la Cordonnerie à pied sur le boulevard Rosemont.

Francis Lehoux de la Cordonnerie à pied sur le boulevard Rosemont.

Si la société de consommation actuelle peut laisser croire que les gens font de moins en moins réparer et répondent plutôt à la logique achetez-jetez, Francis Lehoux constate que la demande en cordonnerie est toujours là. Le problème serait plutôt que moins de gens sont formés pour y répondre. « Les cordonneries se retrouvent donc avec trop de travail », conclut-il.

Ce manque de main-d’œuvre serait un effet de l’absence de programme de formation en cordonnerie au Québec depuis 2011. Le DEP (Diplôme d’études professionnelles) a en effet été aboli par le ministère de l’Éducation sous prétexte de manque d’inscriptions.

Selon un cordonnier qui a quarante ans de métier sous le chapeau, Denis Houël, il est faux qu’il n’y ait plus d’intérêt pour cette formation. « Je reçois beaucoup de demandes de gens qui veulent être formés », assure-t-il.

Comment expliquer les baisses d’inscriptions qui faisaient en sorte que, même lorsque le programme existait toujours, les écoles ne l’offraient plus? Selon le Français d’origine installé dans la région de Québec depuis les années 90, la formation, désuète, n’était plus conforme à la réalité du marché et décourageait les jeunes de la suivre. « Le gouvernement du Québec a toujours essayé d’économiser sur certains programmes », déplore-t-il, accusant un manque de volonté réelle à réformer le programme. Déjà reconnu par la CSST et Emploi-Québec pour enseigner les rudiments du cuir, monsieur Houël a tenté à l’époque, en vain, de collaborer à une éventuelle refonte du programme avec le ministère de l’Éducation.

Francis Lehoux a dans son cas suivi la technique en maroquinerie à l’École des métiers de cuir de Montréal. Lorsqu’il a gradué, en 2003, sa cohorte ne comptait que trois finissants. La maroquinerie, au-delà de la réfection de chaussures, s’étend à la confection de d’autres produits dérivés du cuir. Si la maroquinerie rejoignait sa fibre artistique, le cordonnier de Rosemont est tout de même d’avis qu’une formation en cordonnerie devrait revenir, puisque pour l’heure l’expertise d’une cordonnerie à l’autre est plutôt inégale. « Parfois des gens décident qu’ils se lancent en cordonnerie, des gens un peu patenteux qui n’ont pas toujours beaucoup d’expérience. Ce ne sont pas nécessairement des gens qui font du mauvais travail, nuance-t-il, mais il y a quand même certaines connaissances qui viennent avec l’emploi. »

10 commentaires à Retour des vieux métiers : une nouvelle cordonnerie sur Rosemont

  1. Stéphanie

    M. Lehoux travaille très bien, mes pieds en portent actuellement la preuve! Merci d’encourager les artisans du quartier.

  2. Nathalie

    Cet artisan est fantastique, il est sympathique et en plus travaille merveilleusement bien de ces mains. N’hésitez pas à aller le rencontrer !

  3. Bravo Monsieur Lehoux
    Je vous souhaite tout le succès possible
    Merci aussi à ruemasson.com de nous avoir informé de cette belle nouvelle
    Bonne continuation
    Denis HOUËL

  4. Nadia Mainville

    Je suis ravie d’apprendre la venue de cette cordonnerie. La disparition de celle sur Masson a été un crève-cœur! M. Lehoux m’aura comme cliente, s’il y a encore de la place!?

  5. Bonne idée. Il n’y en a pas trop. J’allais chez M. Saint-Marc, mais il a tellement de travail que c’est long pour avoir mes effets. Je pourrai donc fréquenter celle-ci qui, d’ailleurs est plus près de chez moi.

  6. Audrey Beauséjour

    Bonjour,

    j’irai chercher ce soir le fruit du labeur de M. Lehoux avec grand plaisir, une semaine après l’avoir apporté. Tout dépend de ce que vous jugez long comme délai…

  7. Patricia

    Je voudrias savoir combien coûte le cours de cordonnerie ainsi que les heures et journee
    Merci

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