TC Média ne fait plus d’information locale – jusqu’où ça ira ?

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TC Média, propriétaire du Journal de Rosemont et de nombreux hebdomadaires locaux, a décidé de couper la moitié des postes de journalistes sur l’Île de Montréal. Ceux qui sont restés voient leurs tâches dénaturées et multipliées. On pourrait penser que l’équipe de RueMasson.com est contente que TC Média lui laisse le champ libre. Mais non. 

Voir l’article sur les changements au Journal de Rosemont et les réactions

Le Journal de Rosemont est notre principal concurrent, ce n’est pas un secret. Nous, les propriétaires de RueMasson.com, sommes dans une position délicate pour le critiquer. Mais notre grogne est trop manifeste pour nous taire. Nous n’aimons pas qu’on nous prenne, vous et nous, pour des imbéciles.

Dans la plus récente édition du Journal de Rosemont, un communiqué de l'Arrondissement publié tel quel. Pour voir la différence, lire notre article sur le même sujet http://ruemasson.com/?p=22148 . Lequel vous informe le plus ? Capture d'écran.

Dans la plus récente édition du Journal de Rosemont, un communiqué de l’Arrondissement publié tel quel. Pour voir la différence, lire notre article sur le même sujet. Lequel vous informe le plus ? Photo : RueMasson.com.

Pour les journalistes du Journal de Rosemont, les couvertures d’évènements, les entrevues et les enquêtes, c’est fini. Dorénavant, ils mettront des communiqués de presse en ligne. Une seule journaliste couvrira deux des arrondissements les plus populeux et dynamiques : Rosemont-La Petite-Patrie et le Plateau-Mont-Royal. Bonne chance!

À la suite de ce changement d’orientation, Philippe Beauchemin, journaliste de longue date au Journal de Rosemont, a quitté le bateau. On le comprend. Même s’il écrivait pour un « rival », on appréciait sincèrement cette concurrence amicale et bénéfique pour le lectorat. Après tout, on fait le même métier. D’ailleurs, on signalait souvent ses articles et on les mettait régulièrement en lien dans nos réseaux sociaux. Notre idée du journalisme est d’informer les gens, pas de jouer à la guerre des médias.

Cela nous attriste de voir un propriétaire de média se moquer du métier de journaliste et du droit du public à l’information (on y tient). Ça nous touche profondément parce que nous, on y croit à l’information locale de qualité. C’est spécifiquement pour cette raison qu’on a fondé RueMasson.com et qu’on s’y consacre corps et âme – sans faire d’argent – depuis plus de 3 ans. Ce n’est pas en remplissant un journal de communiqués, de publi-reportages et de lettres des lecteurs que la population sera mieux informée. Et ça, TC Média le sait fort bien.

Reprendre des communiqués n’est pas du journalisme

Contrairement à ce que TC Média voudrait faire croire, le travail des journalistes n’est pas de faire du copier-coller. Un communiqué n’est que la source primaire d’information à partir de laquelle le travail commence. Il faut ensuite vérifier, mettre en perspective, apporter un regard critique, faire des entrevues, interroger des spécialistes et surtout, présenter les deux côtés de la médaille. Et les vraies nouvelles ne se basent souvent pas là-dessus. Aucun entrepreneur en construction n’a émis de communiqué pour annoncer en grandes pompes, photo de remise d’enveloppes brunes à l’appui, son paiement de cotisation de 3 % à des fonctionnaires douteux.

On ne veut pas se la jouer « intellectuel », et ce n’est pas l’apanage de notre humble média, mais nous croyons quand même que l’objectivité en information est quelque chose d’essentiel en démocratie. C’est trop peu souvent dit ou écrit, mais l’information (la vraie) c’est le nerf de la guerre, c’est ce qui vous permet de comprendre, juger, et analyser les enjeux, les agissements de nos institutions, nos politiciens, nos entreprises, nos organismes publics et privés. Au final, cette information a une incidence sur nos discussions entre amis ou en famille et sur notre vote aux élections. Oui, on le sait, l’objectivité absolue n’existe pas. Mais ça mérite un effort. Ne l’oublions pas, une diversité de médias fait que les différents points de vue ont une plus grande chance de se faire entendre.

Votre argent

Sans compter que le Journal de Rosemont et TC Média récoltent la part du lion du placement publicitaire de l’Arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie (en 2012, 27 000 $ contre 793 $ pour RueMasson.com).  De l’argent public, votre argent, vos taxes municipales. Un financement plutôt déconcertant pour un média largement diffusé qui ne couvrira plus le conseil d’Arrondissement, ni les élections municipales. RueMasson.com, depuis ses débuts, couvre l’actualité politique locale, celle qui n’a visiblement plus d’importance pour TC Média (et pour bien peu d’autres médias finalement).

De la poudre aux yeux

Dans l’édition du Journal de Rosemont du 7 mai dernier, Denis Filion, directeur général chez TC Média, semble très motivé par le recentrage de « notre » journal. Son texte intitulé « VOTRE journal… plus local que jamais », est un éloge de cette nouvelle « vision journalistique » que TC Média tente d’inculquer à la population. Voici quelques perles tirées de son texte :

« Le journal passera d’observateur à acteur de sa communauté ». Vraiment ? Que faisiez-vous avant votre nouveau mandat ? On est en 2013. Sérieusement.  Le bullshit-o-mètre est dans le tapis ici ! Comment un journal hebdomadaire, désormais rempli de publicités et de communiqués, sera un acteur de sa communauté ?

« Dans quelques mois, vous ne parlerez plus du journal, mais de VOTRE journal ». Ou encore: « Le journal dont vous êtes le héros ». Marketing 101 des années 80.  Lecteurs, TC Média se donne à vous. On ne niaise plus, le Journal de Rosemont c’est VOTRE journal. Évidemment, on sélectionnera avec attention les textes que vous leur donnerez gracieusement. On en publiera certains, on fera du fric avec un contenu composé de 90% de publicités. Pour vous ? Rien. Pour la démocratie ? Une sélection d’opinions par on ne sait pas trop qui, dont on peut douter de l’objectivité (des écrits qui désavantageraient directement ou indirectement TC Média ou ses partenaires institutionnels ou politiques ne seront peut-être pas imprimés dans « VOTRE journal », celui dont vous êtes le héros).

Prendre les gens pour des imbéciles

Tout ça, cet affront journalistique et cette campagne de jovialisme qu’on essaye de nous enfoncer dans la gorge à la suite de ce recentrage « plus local que jamais », c’est vraiment nous prendre pour des imbéciles.

Et avec les élections municipales qui s’en viennent en novembre, qui couvrira la campagne ? RueMasson.com évidemment et de façon complètement bénévole encore (on l’a fait pour les élections fédérales et provinciales). C’est peut-être nous qui sommes tarés finalement, mais ce n’est certainement pas avec des communiqués pré-mâchés par les partis politiques et des publi-reportages payés de « VOTRE » nouveau journal, plus local que jamais et dont « nous sommes les héros » rappelons-nous le, que nous serons bien informés, ou même informés tout court.

Espérons que TC Média rétablira une équipe de journalistes digne de ce nom au Journal de Rosemont. Ou que ses dirigeants auront le courage de changer le nom de son hebdo pour refléter ce qu’il est maintenant devenu : une circulaire.

Les co-propriétaires de RueMasson.com : David Bruneau, Cécile Gladel, Stéphanie Lalut, Éric Noël et Lisa Marie Noël

20 commentaires à TC Média ne fait plus d’information locale – jusqu’où ça ira ?

  1. Guylain Lévesque

    Tout comme les journaux régionaux au Québec, posséder par l’empire Québécor, à titre d’exemple celui de Montmagny LE PEUPLE TRIBUNE, qui datait de 150 ans et acheter par Québécor, il n’aura fallu que quelques années pour qu’il disparaisse suite au même genre de traitement que le « Journal de Rosemont » et il fût acheter par l’autre journal local une coopérative créer en réaction à Québécor média…

  2. Vous me faite bien rire avec votre objectivité. Aussi bien dire ne pas avoir d’opinions. Les meilleurs journaux français comme le canard Enchainé, Médiapart ou rue89 sont tout sauf objectif. Même les gros joueurs ont compris cela et ont tous leur éditorialistes ou chroniqueurs qui à tous les jours n’hésitent pas à prendre position. Et vous, votre seule ambition c’est d’être objectif? Y’a un adage qui dit qu’il vaut mieux avoir mauvais caractère que pas de caractère du tout. Faite la transposition avec le journalisme. À quand un média de quartier critique?

    Quant au journal de Rosemont, on dirait que vous venez de vous réveiller. Ca fait des lustres qu’il repique les communiqués de la Mairie ou de la ville. On dirait l’organe officiel de la mairie!

  3. M. Beauchamp de l’opinion il y en a partout avec des chroniqueurs, des éditorialistes, des blogueurs. Le web, les médias en sont remplis. Au milieu de tout ça, il faut peut-être revenir à la mission première des médias et des journalistes, soit d’informer. C’est aux citoyens d’être critiques, pas aux journalistes.
    Mais en passant, quand ça vaut vraiment la peine, on écrit des éditos. On préfère la rareté que l’opinion à tout vent. Vous avez dû les manquer.

  4. @JP: « Les meilleurs journaux français… » Selon quel palmarès? Vous voulez de l’opinion? Alors écoutez-vous parler et regardez-vous écrire, ça devrait vous satisfaire, comme un bon troll.

    De l’opinion il y en a partout, par n’importe qui. Quand je lis une nouvelle (pas une chronique, pas un blogue, pas un édito), j’aime bien avoir les faits. J’aime ne pas sentir le spectre de Desmarais ou PKP derrière la nouvelle. Vous vous demandez « à quand un média de quartier critique? », c’est déjà beau d’avoir des journalistes tenir à bout de bras un média de quartier. Pas content? Soyez constructif: fondez-le donc le média de quartier critique, j’ai assez hâte de « troller » dessus.

    Quant au JdeR et TC, j’imagine que c’est une question d’$, encore une fois. Grand bien en fasse à l’info hyperlocale.

  5. A quand des articles sur Rosement écrits en direct de Bangalore? capitale mondiale de la sous-traitance….

  6. Je suis désolé, mais si vous rêvez que TC rétablisse ‘une équipe de journalistes digne de ce nom au Journal de Rosemont’, vous rêvez en couleurs.

    Entendons-nous, avant même les coupes, il n’y avait qu’une seule personne pour couvrir tout le secteur. C’était déjà déficitaire.

    De toute manière, les dirigeants de cette entreprise ne sont que des crapules. Des marionnettes, dis-je, contrôlées par la soif sans fin des actionnaires sauvages de Transcontinental.

  7. Mme Gladel,
    Vous dites « il faut peut-être revenir à la mission première des médias et des journalistes, soit d’informer ». Il y a quelques semaines, vous avez fait mention d’un article que vous prépariez sur les retards dans l’acquisition des permis de construction. Vous m’avez semblé assez bien informée du dossier selon ce que j’ai lu de vos interventions (ex. ces projets sont loin d’être réglés…). Quand pensez-vous pouvoir « nous informer » sur cette question? Plein de citoyens, probablement beaucoup du quartier, ne savent plus quoi penser de ces retards, se demandent s’ils doivent abandonner et récupérer leur agent ou bien patienter encore un peu, sont anxieux et surtout complètement dépassés par le manque d’informations… par le néant, en fait.

  8. O.K. en relisant bien l’article et les commentaires précédents, je me rends compte que je suis un peu hors sujet. Désolée :-)

  9. gipi8: un petit mot pour vous rappeler que nous sommes bénévoles encore et que l’on doit faire nos articles en plus de nos contrats et travail réguliers et nos vies. Donc, c’est dans le processus, mais l’article n’est pas fini. On aimerait bien faire tous les articles rapidement, mais c’est impossible. En attendant, vous pouvez vous informer en lisant le dernier fil d’actualité du conseil d’Arrondissement : http://ruemasson.com/?p=21921

  10. Normand Bélisle

    Le journal local était la seule raison pourquoi j’acceptais qu’on me livre le publisac avec avec son tas de déchets publicitaires. Enfin je vais pouvoir apposer l’autocollant publicitaire «pas de circulaires»! Désolé pour les journalistes qui perdent leurs emplois au nom de la sainte rentabilité!

  11. Mme Gladel, je sais bien que vous faites tout votre possible, je n’en doute pas une seconde. J’attendrai donc votre article, car pour le fil d’actualité du Conseil, quelques phrases plus ou moins décousus ne m’aident pas vraiment à comprendre ce qui se passe vraiment dans les méandres de ce dossier. Merci à l’avance :-)

  12. Valérie

    Merci rueMasson d’appuyer vos collègues d’un autre journal local. C’est tout à votre honneur. On dirait que les grandes entreprises de communication voudraient ne faire que de la pub$ et laisser les journalistes faire du bénévolat (blogues perso, médias sociaux, etc.) parce qu’ils aiment tellement leur métier que ça ne mérite pas un vrai salaire. Bordel ! Mais, vous allez les rembourser comment vos études universitaires en journalisme ?

  13. Serge Fortin

    Le Journal de Rosemont est un des plus vieux au Québec, sinon LE plus vieil hebdo… Et il a appartenu à nul autre que Pierre Péladeau qui y a bâti la première pierre de son empire. Espérons que le Journal de Rosemont résistera encore une fois aux velléités d’affaires et conservera le souci d’une information de qualité. L’avenir nous en dira plus.

  14. Il faut se rendre à l’évidence le journal papier se meurt. D’ailleurs il est assez ironique de voir les journaliste bénévoles de Rue Masson s’en indigner. Pourquoi le journal papier se meurt? Parce que de moins en moins de monde le lise. Les gens se tournent vers les médias numériques dont le contenu est géré par des « bénévoles ». Demandez à feu « encyclopédie britanica » ce qu’elle pense de Wikipédia. Cette belle information gratuite tue les médias traditionnels.
    Votre suggestion est que TC (entreprise à but lucratif) change d’idée, qu’elle décide de perdre de l’argent pour faire vivre des journalistes qui ne sont plus lus.
    En passant, désolé de briser vos rêves, mais c’est bien connu par les entreprises, vous voulez contrôler une nouvelle? Envoyez ça aux journaux régionnaux. Ils n’ont pas les moyens de vérifier les nouvelles.
    On n’arrêtera pas le progrès en pensant protéger ce qui existe mais en pensant comment on peut faire différent. La question est : Rue Masson comment feriez-vous pour vivre si vous ne travailliez pas gratuitement?

  15. Valérie

    Pour ma part, je crois que les journalistes sont encore lus. Il y a une transition vers les médias sociaux et ils le font parfois bénévolement (ou de manière multiplateformes). Mais c’est toujours avec l’espoir qu’un jour, ils pourront payer leur loyer comme tout le monde. Quand on trouvera que les journaux sont nuls, on va bien finir vouloir par payer pour de l’info de qualité !

  16. Robert : Le journal de Rosemont est aussi sur le web. Nous ne prenons pas la défense d’un format (papier ou numérique), mais du métier et du rôle des médias. Grosse différence.
    RueMasson.com n’existerait pas si les co-propriétaires voulaient se payer. Mais n’oublions que c’est une entreprise qui nous appartient (aux 5 co-propriétaires). On espère trouver le modèle qui nous permettra d’être viable, mais aussi de payer des journalistes pigistes.

  17. Lise emond

    Rue Masson, simplement merci d’être là avec tout votre professionnalisme et vos convictions profondes sur le droit à l’information. Vous faites partie des raisons pour lesquelles je suis fière de mon quartier !!!

  18. Deschamps

    Vous avez le beau rôle à toujours nous rappeller votre supposé bénévolat. Dans la vie personne ne travaille pour rien… Si c’est pas pour l’argent alors pourquoi travaillez vous ? Ah oui le triomphe de la libre information ! Mon oeil.

  19. Deschamps : Depuis 3 ans nous n’avons pas fait d’argent du tout. On paye les comptes. Et oui, on a créé RueMasson.com car nous sommes des passionnés et des journalistes. Il en faut de la passion pour écrire plus de 1000 articles, couvrir tous les conseils d’Arrondissement comme je le fais depuis 3 ans et demi sans avoir reçu un cenne. On le fait car on aime le journalisme, l’information locale, car on veut y revenir, on a voulu créer notre propre emploi et on espère qu’un jour, on pourra se payer et créer de l’emploi pour des jeunes journalistes.
    Ah oui, et ça existe encore des personnes qui ne pensent pas qu’à l’argent et qui ont des idéaux. On est comme ça nous. Ça vous dérange ?

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