Surmenées et à bout de souffle les femmes ?

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Sophie Legault habite le quartier depuis plusieurs années et y élève sa fille Agathe avec son conjoint Maxime Tremblay. Ce dernier a également fondé une entreprise qui a déménagé de la maison à un local de l’Espace Affaires Rosemont à l’ouest d’Iberville.  Elle est coach de vie et a été une mère à la maison. Elle lance, en ce 8 mars, journée internationale des femmes, son plus récent livre : Femmes à bout de souffle chez Stanké. Un pavé dans la mare des femmes, des familles, des hommes et des féministes.

Le livre de Sophie Legault

La couverture du livre de Sophie Legault

Le petit livre à la couverture rouge qui est un véritable cri de coeur de Sophie Legault sur la situation des femmes, des enfants, des familles qui sont à bout de souffle, a-t-elle constaté. Le livre n’est pas une analyse exhaustive de la situation, mais plutôt le témoignage de Sophie Legault, de sa vie familiale, ses amies, les mères qu’elle rencontre et ses expériences. Elle a répondu aux questions de RueMasson.com.

Elle en profite pour proposer une édition révisée de son premier livre Vaincre le désordre aux éditions Publistar. Le lancement a lieu ce soir le 8 mars, au pub 5 à 7 sur Masson.

Pourquoi avoir écrit un tel livre coup de poing ou coup de coeur ? Car ça ressemble comme un cri du coeur pour les familles ?

En dinant avec mon éditrice, durant la conversation, je lui ai lancé « les femmes de ma génération n’ont plus de fun! » « Veux-tu m’écrire un essai là-dessus ? »  J’ai tout simplement relevé le défi que mon éditrice m’a lancé ce jour-là autour d’un café. Oui c’est un cri du coeur, surtout pour les enfants qui ont une vie encore plus contraignante que celle des adultes.

Avez-vous peur que les féministes ne soient choquées ? Car vous insistez beaucoup sur la mère au foyer ? Et vous le lancez le 8 mars. Vous dites aussi que vous n’êtes pas féministe.

Oui, j’ai eu peur de me faire « rentrer dedans » par les féministes. Qu’elles comprennent mal mon message. Oui, j’insiste sur la mère à la maison parce que c’est principalement à elle que cet essai s’adresse. Mais je dis aussi que s’il est plus logique que l’homme reste avec les enfants à la maison, grand bien nous fasse.

Vous soulignez que les femmes ont enlevé de la pression sur les épaules sur le rôle de pourvoyeur de l’homme, mais que celui-ci n’a pas fait la même chose soit enlever de la pression sur femmes pour les tâches à la maison et avec les enfants ? C’est la faute des hommes ou des femmes?

Rares sont les évènements où c’est tout un ou tout l’autre. Je pense par contre que la femme est victime de sa nature. Celle de voir à tout et de prendre soin des autres. Ça se passe dans les micros gestes. Toute une liste qui nous passe sans arrêt dans la tête. Vous savez, comme celle qui défile dans le métro en rouge pour la publicité. Et je crois que quelques hommes, soit par résignation de ne jamais être à la hauteur de nos exigences ou par pur désintérêt, trouvent leur compte dans notre « faiblesse »

Vous soulignez que les parents disent souvent que les deux salaires sont nécessaires. Vous n’en êtes pas persuadée ? Pourquoi ?

Non,  je n’en suis pas persuadée et mon comptable non plus. Nous avons mis un tableau comparatif. D’un côté combien il reste dans le porte-feuille du couple qui travaille et de l’autre, avec un parent qui reste à la maison. Quand on fait le calcul, on est en droit de se demander à quel prix nous perdons notre vie à la gagner. Si au moins, les Québécois étaient moins endettés qu’en 1950. Je pense que les gens veulent donner un sens à leur vie tourbillonnante. Pour la majorité, ça se passe par les achats.

L'auteure Sophie Legault. Photo : Photomax

L’auteure Sophie Legault. Photo : Photosmax

Vous dites aussi que « Les parents doivent être performants et faire de l’argent afin de s’offrir ce qu’il y a de mieux. Et le prix pour « s’accomplir » de la sorte est inestimable : perdre sa vie à la gagner ». Les parents choisissent donc l’argent et le matériel au lieu de la qualité de vie avec leurs enfants ?

Je crois qu’ils sont pris avec la pression de la société. Faire de l’argent est, de loin, beaucoup plus valorisé que de prendre soin de ses enfants, en restant près d’eux. Ce n’est pas mauvais en soi de faire de l’argent. Mais je pense que ce sont les enfants qui subissent les «concessions» que leurs parents ne sont pas en mesure de faire… à cause de la pression sociale. Je sais, c’est fort comme réflexion. Mais j’ai trop d’exemples autour de moi pour ne pas penser que c’est un «mal» généralisé.

Vous publiez aussi une nouvelle édition de votre livre Vaincre le désordre dans lequel vous aidez les gens à comprendre pourquoi leurs maisons sont embourbées, mal rangé, etc. Vous êtes coach de vie, vous êtes rentrée dans de nombreuses maisons et vous avez constaté que les familles dépensent beaucoup d’argent à acheter des objets dont elles ne se servent pas. Donc les gens travaillent souvent à deux pour rien ?

Que répondre à cette question à par le constant du taux d’endettement…

Voulez-vous le retour de la femme dans la cuisine ? Car si vous parlez parfois d’un parent à la maison et du fait que l’homme pourrait aussi rester à la maison, vous faites souvent référence à la maman, à la mère, aux mères qui sont à bout de souffle ? Vous dites aussi à un moment donné : « Pourquoi a-t-il fallu que les femmes aillent travailler alors qu’elles commençaient à peine à avoir un peu de temps pour elle ? »

Loin de moi de proposer une doctrine. Je ne suggère rien. Je présente ma vision de la société. Comme si j’étais en 2132 et que je disais à mes enfants «en 2013, les gens vivaient ainsi »

Oui, les femmes sont allées sur le marché du travail, à peu près dans les mêmes années que la modernisation. Nous sommes tombées dans un autre excès et je ne crois pas aux excès. Par contre, je crois que nous devons explorer pour tendre vers l’équilibre.

Vous dites ceci en introduction : « Les femmes ont-elles seulement changé de couloir pour déboucher dans une autre impasse, celle de la course folle du matin au soir ? Comme un passage obligé pour faire partie de la société, elles ont troqué leur tablier contre un tailleur, mais pourquoi l’existence semble-t-elle encore si accablante?Auparavant, elles étaient contraintes de rester à la maison, submergées par les tâches ménagères et l’éducation des enfants. Elles font tout cela, et en plus elles vont gagner leur vie ». Vous ne pensez pas que les mères veulent aussi une carrière et que plusieurs n’ont aucun intérêt à rester à la maison avec leur enfant ? Et les femmes ont maintenant le choix de ne pas avoir d’enfants, parfois pas de conjoints.

Grand bien leur fasse. On est si bien célibataire.

Ce que je dis, c’est qu’un parent devrait être disponible pour l’être humain qu’ils viennent à deux de déposer sur la terre. « On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter » comme chantait Harmonium.

Vous écrivez aussi : « Ça m’impatiente d’entendre, cinquante ans après l’explosion du féminisme « je n’ai pas le choix.» Cette phrase, qui caractérise bien ma génération, sonne à mes oreilles comme une abdication, une soumission à suivre le troupeau. Qui pointe un révolver sur la tempe des femmes ? Qui impose un parcours d’athlètes olympiques aux parents et aux enfants ? Est-ce les amoureux, craignant d’être les pourvoyeurs d’une fainéante à la maison, qui poussent leur compagne à faire carrière ? Est-ce les mères féministes qui incitent leurs filles à travailler fort pour garder leur indépendance financière ? Est-ce la société de consommation qui les persuade que la vie coûte cher ?» Vous semblez cibler les femmes et les féministes. Mais ça ne pourrait pas les hommes qui ne prennent pas leurs responsabilités ? Ou les couples qui veulent être dans la norme en ayant des enfants alors que ce n’est pas leur réel désir ? Faut-il vraiment trouver un ou une coupable ?

Je ne juge/ne cible personne en particulier. Nous sommes des adultes libres de nos choix, et c’est là que le bat blesse. Nous sommes libres de l’Église et de toutes autres formes de doctrines, et pourtant j’entends « je n’ai pas le choix… ».

Vous abordez aussi le sujet de ne pas avoir d’enfant en vous demandant pourquoi les familles en ont même si les femmes ont le choix. Vous soulignez ensuite que c’est peut-être un choix instinctif tout en donnant quelques raisons de femmes qui n’en veulent pas: ne pas freiner leur carrière ou ne pas offrir à leur descendance de mauvaises personnes. Vous ne pensez pas que certaines femmes n’en veulent tout simplement pas tout comme certains hommes n’en veulent pas non plus, se sentant incapables justement de mener de front une vie professionnelle et personnelle?

Je les félicite de faire ce choix. La phrase de Geneviève Brouillette dans mon livre reflète bien ce que je pense. « Ce n’est pas comme si la terre avec besoin d’un autre enfant de plus »

Les garderies n’ont pas une bonne presse dans votre livre. Est-ce qu’envoyer ses enfants à la garderie ne peut pas avoir des aspects positifs ?

Pas avant 2 ans et demi, 3 ans. Le temps qu’ils s’essuient tout seuls, qu’ils parlent et qu’ils soient en mesure de nous dire qu’ils ont passé une belle ou une mauvaise journée. Le temps qu’ils passent avec nous à la maison nous permet de les gaver de nous, de nos valeurs et de constater toute l’ampleur du renoncement que le rôle du parent implique.

Vous consacrez quelques pages aux hommes, pensez-vous qu’ils puissent aussi choisir de rester à la maison ? 

Absolument, ils ont de très belles qualités pour le faire en plus ! Il suffit que ce soit valorisé pour qu’ils sortent du placard, mais je pense que le nombre va en augmentant.

Est-ce que la seule solution à cette vie un peu folle est que l’un des parents ne travaille pas ? N’y a-t-il pas des solutions entre-deux comme le travail et la garderie à temps partiel ? Le travail autonome à la maison ? Habiter proche de la garderie et du travail pour limiter le temps de transport ? Une nounou à la maison ?

N’importe quoi, pourvu que ça diminue le stress des enfants et des amoureux.

Les enfants ont-ils absolument besoin d’avoir un parent, ne peuvent-ils pas avoir d’autres personnes qui s’occupent régulièrement d’eux ? Grands-parents, oncles, tantes, amis ?

Je pense qu’un environnement sans trop de consignes, ou l’amour est inconditionnel est le nid parfait pour eux et pour les parents aussi.

Les mères culpabilisent beaucoup de ne pouvoir être parfaites. Il semble bien qu’après tant d’années de tentative de conciliation travail-famille et de féminisme, les femmes ne puissent pas tout avoir ? 

Les renoncements que les parents ne font pas pour leurs enfants tombent sur les frêles épaules des bébés. Je pense vraiment que nous pouvons tout avoir, mais que ces acquis doivent se faire sur plusieurs années. La maison, le chien, les enfants, la carrière, l’homme parfait, la femme parfaite, les voyages, les vêtements de marque et le poisson rouge… ça fait pas mal d’adaptations sur cinq ans.

N’est-ce pas injuste alors que les hommes semblent tout avoir ?

Si tout avoir se résume à avoir un gros salaire et de ne pas se sentir concerné par les tâches ménagères, pour ma part, ça ne m’indigne pas. Malgré que Maxime soit très présent, je reste la référence et le modèle de ma fille. J’adore tenir ce rôle.

N’est-ce pas plutôt le fait qu’on veuille garder les mêmes rôles et que le transfert des responsabilités ne s’est pas encore fait ? Il semble que la tendance change, car les pères prennent de plus en plus des congés paternité, ils partagent de plus en plus le congé parental et certains choisissent de rester à la maison. Ne serait-ce pas une nouvelle voie ? Ou les parents choisissent selon ce qu’ils préfèrent et non selon les rôles traditionnels ?

Oui, en plein ça ! Ça résume bien. Peu importe le choix que l’on fait, nous devons le faire par amour et non pour répondre aux besoins insatiables de la société de consommation.

4 commentaires à Surmenées et à bout de souffle les femmes ?

  1. Anne-Marie

    Bien honnêtement, je pense qu’il n’y a pas de solution « plaster » à tout ce problème… A part être lucide, se demander régulièrement si ça va, et LACHER PRISE, y’a pas de miracle! Je connais des femmes qui ont décidé de rester à la maison avec leurs 2-3 enfants et qui sont en train de devenir folles (et ne sont pas vraiment présentes au bonheur de passer du temps avec leurs petits mais plutôt à l’impossibilité d’être efficaces et/ou d’avoir deux minutes pour souffler puisqu’elles sont 24h/24 avec les cocos). D’autres qui travaillent à temps plein et qui sont les mamans épanouies de petits êtres qui s’amusent à la garderie. Je pense vraiment que la seule règle est de faire un choix conscient, et, pour ce qui est du stress, de laisser aller tout ce qui n’est pas essentiel… Et ça, c’est une compétence qui doit se travailler quel que soit notre statut familial!!!

  2. L’auteur ne répond pas au tiers de vos questions, tout en répondant par des phrases évasives et parfois clichées…

    ça doit pas voler haut dans le livre.

  3. @Fred, à la défense de l’auteure, les questions sont assez longues et sans fin qu’il est facile de s’y perdre…

  4. à la suite de la lecture de l’article je constate, tout comme un autre témoignage, que les questions sont longues et au fond n’attendent pas de réponse. j’ai 62 ans, je suis grand maman plusieurs fois. Que Mme Legault souligne, mette en avant le malaise des mamans et papas aussi, est bien.
    Je vois concrètement ce stress de se conformer aux mentalités contemporaine de la société chez les parents. Oui, il est fort utile d’oser en parler.. et que cela démarre une réflexion chez tous. Quelle qu’en soit les inspirations qui en ressortiront chez chacun, il est sain d’en parler et de partager sur le sujet; à en discuter, plusieurs pistes de bonification de nos vies peuvent en émerger. Merci Mme Legault.

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