Gabriel Nadeau-Dubois fait le bilan du printemps érable

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C’est lors de l’Assemblée annuelle de Québec Solidaire de la circonscription de Rosemont, par une soirée de tempête de neige, que l’ancien leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois est venu parler du bilan de la grève étudiante du printemps 2012. La conférence d’une heure se tenait au Carrefour communautaire l’Entre-Gens.

François Saillant et Gabriel Nadeau-Dubois lors de la conférence de ce dernier. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

François Saillant et Gabriel Nadeau-Dubois lors de la conférence de ce dernier. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

L’ancien porte-parole de l’ASSE redevenu simple étudiant et résident de Villeray est venu dans Rosemont à l’invitation de l’association locale de Québec Solidaire. Un parti pour lequel il a de la sympathie a-t-il reconnu en entrevue avec RueMasson.com. « Il est nécessaire de développer des alternatives face au monopole des trois partis en place ».

Pourrait-il se présenter en politique comme Léo Bureau-Blouin? Il ne ferme pas la porte, mais pas tout de suite. « Pour le moment, je dois trouver mon chemin dans la vie et on verra bien si ça me mène à l’Assemblée nationale. J’ai encore beaucoup de choses à vivre, à faire, à écrire, à lire avant. Par ailleurs, je ne pense pas que la politique partisane est un emploi, une carrière, mais un engagement que l’on peut prendre à un certain moment dans sa vie », a-t-il souligné.

Pourquoi des conférences ? « Car j’accepte de participer à la réflexion collective nécessaire, c’est aussi mon devoir comme acteur de ce mouvement, et j’accepte puisque je n’ai plus de liens avec le mouvement étudiant ».

Le discours superficiel sur l’éducation

À la veille du Sommet de l’éducation qui se tiendra en début de semaine prochaine, Gabriel Nadeau-Dubois a fait le bilan de la grève étudiante du printemps dernier. Il a regretté que les discussions ne se limitent qu’au financement. « C’est superficiel. On devrait aller plus loin que le débat sur la mauvaise gestion et le gaspillage, car le discours est stérile. Ce que les étudiants appellent du gaspillage et de la mauvaise gestion est de payer un recteur 500 000 $. Pendant ce temps, les gestionnaires des universités pensent que c’est de la bonne gestion, car ils gèrent les universités comme des entreprises ».

La marchandisation de l’éducation

L’ancien porte-parole dénonce la marchandisation de l’éducation et le fait que les universités se soumettent aux désirs des entreprises. « C’est ce que l’on contestait le printemps dernier, pas seulement l’augmentation des droits de scolarité. Même certaines personnes de la gauche québécoise pensent la même chose et c’est dommage. Il ne faut pas oublier que quand on parle de croissance, on parle de profit pour une minorité ».

Le syndrome Elvis Gratton

Gabriel Nadeau-Dubois est tombé à bras raccourci sur les universités américaines lors de cette conférence. En utilisant le livre de de Chris Hedges, un journaliste et auteur américain, L’empire de l’illusion : la mort de la culture et le triomphe du spectacle, il énumère les raisons pour lesquelles, selon lui, ces universités américaines ne seraient pas aussi merveilleuses et performantes qu’on le dit. Il appelle ça le syndrome Elvis Gratton.

Pour lui, les universités américaines sont un mythe du savoir qui favorise la recherche privée et financée par des entreprises où les droits de scolarité sont astronomiques et le corps professoral lié par des contrats de recherche privés. « Tout ceci est une entrave à la liberté académique et une marchandisation de l’éducation. Ça donne un pouvoir aux entreprises sur l’académique. Notre choix : transformer nos universités en pathétique copie de Harvard ou avoir des établissements plus humbles, plus vrais qui transmettent le savoir et participent à l’enrichissement de notre culture commune ».

Pour Gabriel Nadeau-Dubois, il faut prendre cette question de la marchandisation de l’éducation plus au sérieux que la question de l’indexation des droits. Son audience semblait en accord complet avec ses dires. « L’éducation est un fait social. Il s’agit de transmettre des valeurs collectives ».

Les suites du printemps érable

D’un point de vue plus positif, les manifestations du printemps dernier en lien avec la grève étudiante ont été une victoire claire sur l’accessibilité aux études reconnait le jeune homme, en particulier grâce à l’élection du parti Québécois. « Un ami m’a appelé le soir des élections et il était heureux, car il allait pouvoir faire une maîtrise ».

Il ajoute que ce qui se passe dans les mouvements sociauxpercolet et setransmett à l’ensemble de la société. « Mais l’obstacle est le mode scrutin. Je n’ai pas la solution pour les prochaines campagnes électorales. Sauf qu’il y a tellement de personnes mobilisées que ça va avoir un impact à long terme. Je suis plus inquiet à court terme ».

Mais le principal gain c’est d’avoir rappelé la nécessité d’un fondement moral de la loi. Il rappelle que le printemps érable a mis en lumière la judiciarisation du politique. Il ajoute que le message du gouvernement et des autorités était de dire qu’il fallait respecter la loi et que si on la brisait ça allait finir dans le chaos. « Mais ce n’est pas vrai, les lois doivent être légitimes pour être respectées. Les citoyens ont répliqué en disant que la loi spéciale les préoccupait et ils ont désobéi à dessein ».

Il est inquiet du fait que les tribunaux sont venus en renfort du pouvoir politique lorsqu’une réforme ne fonctionne pas. « On n’est pas des clients, mais des étudiants. Le pouvoir judiciaire est venu contraindre les étudiants en plus de la police ».

La gratuité scolaire en question

Gabriel Nadeau-Dubois ajoute que l’un des gains tant du printemps érable que des discussions actuelles en vue du Sommet de l’éducation est que l’on parle de la gratuite scolaire comme jamais. « Mais on est pris dans un tel conformisme et on entend seulement des experts qui nous disent ce qui est possible ou non ».

Le boycott du Sommet par l’ASSE

En ce qui concerne la décision de l’ASSE de boycotter le Sommet, Gabriel Nadeau-Dubois se prononce plus ou moins soulignant qu’il y a du côté de l’ASSE de très grandes divisions à l’interne sur la participation au Sommet. Puis de l’autre côté, il critique le Parti québécois. « On les connaît les sommets du PQ ce sont des entonnoirs à consensus, il est très difficile d’y jouer ses billes ».

D’ailleurs, il souligne que personne ne sait comment se positionner face au Parti québécois. « Il était facile de se battre contre les libéraux, car ils sont ouvertement « caves » dans leur position », a-t-il lancé en boutade lors de la conférence.

« Il y a une espèce de vulgarité et d’inculture, quand on dit que l’éducation c’est essentiellement un outil économique. C’est très pauvre intellectuellement comme conception de l’éducation et la société en général. Il y a quelque chose de très léger et de pauvre que d’avoir une telle vision », s’est-il ensuite expliqué.

3 commentaires à Gabriel Nadeau-Dubois fait le bilan du printemps érable

  1. Laurence

    Pssst, il y a des mots collés entre eux, ou avec des lettres en trop. 😉

  2. Un bilan personnel: pour financer ses promesses électorales, le gouvernement a ordonné la coupure d’un minimum de 5000 postes qui n’affectera pas les gens déjà en place mais ceux qui auraient aimé occuper un poste à Hydro-Québec ou dans le secteur public. On appelle ça se tirer une balle dans le pied.

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