Widget Image
Dernières nouvelles
Restez en contact :
dimanche le 11 août
HomeVie de quartierAlphée de Rosemont

Alphée de Rosemont

Le documentaire d’Hugo Latulippe, Alphée des étoiles, sera présenté sur les ondes de RDI ce soir en version écourtée. La version longue est toujours à l’affiche du cinéma Beaubien. Alphée Waridel-Latulippe a passé les cinq premières années de sa vie dans le Vieux-Rosemont. Ses parents racontent leur parcours parmi les ressources offertes durant les premières années.

Notre article sur le film qui était présenté au Cinéma Beaubien.

Colin et Alphée dans la ruelle verte de leurs années dans le Vieux-Rosemont. Photo prise en septembre 2008. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

La naissance d’Alphée fut normale, tout comme la grossesse de sa mère Laure Waridel. C’est quand il a été impossible de l’allaiter que Laure Waridel a eu l’intuition que quelque chose ne fonctionnait pas.

Dans les faits, la petite n’avait pas de tonus musculaire et ne pouvait donc téter au sein. « On a passé 3 mois chez les spécialistes pour finalement avoir une confirmation du problème. C’était une bombe dans nos vies à cette époque », raconte Hugo Latulippe.

Laure Waridel explique qu’elle a tiré son lait durant les deux premières années de la vie d’Alphée. « J’y repense et je suis contente d’avoir eu la force et l’énergie, pour moi c’était le seul moyen d’agir que j’avais. Je savais qu’il y avait plein de bonnes choses dans le lait maternel. J’ai eu la chance de ne pas avoir de problèmes pour tirer le lait. Il m’a fallu une grande discipline », raconte-t-elle.

L’importance de la communauté

Hugo Latulippe et Laure Waridel vivaient dans le Vieux-Rosemont avec le frère ainé d’Alphée, Collin, lors de sa naissance. Une communauté qu’ils décrivent comme tissée serrée, dont le coeur est la ruelle devenue verte, le terrain de jeu des enfants, été comme hiver. « Les enfants sont élevés dans la communauté, c’est un facteur de richesse et c’est la ruelle des amitiés qui durent, même si on n’habite pas le Vieux-Rosemont en ce moment », explique le papa réalisateur.

Laure Waridel se souvient avec émotion des voisins et amis proches qui ont été un énorme support à des moments clefs. « J’ai pleuré dans les bras de Françoise David (NDLR : la députée de Gouin habitait dans le même édifice que le couple) plusieurs fois. C’était très insécurisant tout ce qui nous arrivait. Les services sont essentiels, mais ce qui est plus important, c’est le réseau social. Ma première ligne, c’était mes voisins, mes amis et ma famille. »

La première ligne dans Rosemont

Quand on donne naissance à un enfant différent, il n’est pas évident d’aller chercher de l’aide et de savoir à quel endroit s’adresser. « C’est clair, on est démuni, sous le choc, on ne sait pas trop où se tourner, heureusement le système médical nous informe », explique Laure Waridel.

Elle souligne que la première ligne est le CLSC. « J’ai pu y obtenir des ressources, des adresses, l’aide de première nécessité. Quand Alphée était bébé, une dame venait la garder et l’avait dans les bras. C’était un répit pour moi. J’ai eu aussi du soutien pour l’aide ménagère. On a des ressources, même s’il y a souvent de l’attente. Mais des choses se mettent en place rapidement quand il y a urgence. »

Quand Alphée a eu deux ans, elle a fréquenté le Centre de réadaptation Marie Enfant sur la rue Bélanger. « Mais ce n’est pas évident d’y aller en transport en commun en dehors des heures de pointe. En vélo ça me prenait 20 minutes et en transport en commun une heure. L’Est est très mal desservi. J’y allais en auto à la fin », avoue Laure Waridel.

Cette dernière constate que les services offerts ont été bons en général même si l’orthophonie et la physiothérapie auraient pu arriver plus vite.

Une garderie et une école de quartier

Tout comme son frère Collin, la petite Alphée a fréquenté durant 3 ans la garderie en milieu familial de Marie Desjardins sur Dandurand qui fonctionne selon les principes de Rudolf Steiner. Une garderie proche de leur lieu de résidence qui convenait aux parents qui avaient découvert cette philosophie lors d’un voyage en Californie.

L’école choisie était Sainte-Bibiane que fréquentait aussi Colin. Mais la famille a finalement quitté pour la Suisse l’année où Alphée aurait dû y faire son entrée. « Nous l’avions choisi, car c’est une petite école à échelle humaine et Alphée réagit mieux quand son entourage est restreint. Elle se ferme quand il y a trop de monde », explique Hugo Latulippe.

Par ailleurs, la direction de Sainte-Bibianne avait accepté d’y intégrer Alphée et était prête à respecter son rythme qui est plus lent. « Dans le système médical, on nous suggérait de la mettre dans une école spécialisée qui n’était pas dans le quartier et où chaque enfant a des problèmes très différents et n’a pas les mêmes besoins », ajoute-t-il.

Laure Waridel et son conjoint ne sont pas pour l’intégration à tout prix, mais c’est leur premier choix. « C’est quand ça ne marche pas qu’on se dirige vers les classes spécialisées qui ne sont pas dans l’intérêt de l’enfant à moins d’un handicap très sévère », soutient-elle.

« Pour Alphée, ce n’était pas une maladie, mais un retard de croissance et de développement. Ce n’est pas comme certaines maladies dont les enfants ont besoin de médicaments. Il faut tenir compte de la diversité des enjeux pour les familles qui vivent ces situations », renchérit la maman d’Alphée.

Un combat de tous les instants

Avoir une enfant avec un handicap et qui est différente est un choc pour les parents qui doivent ensuite s’organiser et affronter de nombreux obstacles. « C’est un combat de la mort. J’ai participé à des soirées d’information de l’Office des personnes handicapées pour nous outiller sur la manière de combattre le système. J’y ai vu un tiers de parents immigrants qui avaient beaucoup de mal à comprendre ce qu’il se passait », raconte le père d’Alphée.

Manque de volonté
Ce dernier souligne que dès que l’enfant est différent on est soumis à l’arbitraire. « Nos politiques sont excellentes sur le papier, mais notre modèle n’a pas les ressources de ses ambitions. Dans les années 70 et 80, on était très en avance. Le Québec a développé beaucoup d’idées, puis on a arrêté de les financer. Dans les écoles, on rencontre des professeurs incroyables qui n’ont pas de ressources. Pourtant, les moyens sont présents, il faut que l’on décide comme société de les mettre au bon endroit. J’ai bon espoir dans le nouveau gouvernement du Québec », explique Hugo Latulippe.

Il donne l’exemple de l’école des Cantons de l’Est que fréquente actuellement Alphée. L’école ne peut avoir une orthophoniste qu’une journée par mois pour les 8 à 10 enfants qui ont des difficultés de langage. « Alphée devrait avoir une journée par semaine avec une orthophoniste. À une journée par mois pour tant d’enfants, ça ne sert à rien ».

Le réalisateur explique qu’Alphée est l’incarnation de ce qui peut se passer quand on a les moyens. Il réalise que les gens défavorisés n’ont pas cette chance et ils passent à travers les mailles du système. « On les échappe. À Montréal, il y a beaucoup d’Alphée que l’on parque dans une école spécialisée. En région, ils vont l’intégrer dans une classe. Dans le cas d’Alphée, il faut la nourrir, la stimuler. Des pédagogues québécois utilisent maintenant le iPad pour ces enfants », souligne-t-il.

« On est tous handicapés à notre manière. Plein de choses peuvent nous arriver dans la vie qui nous rendra dépendants des autres et on est mal outillé. Pour moi, ça illustre à quel point la solidarité est essentielle, c’est de l’interdépendance »,conclut Laure Waridel.

Latest comments

  • Film magnifique qui nous remet les pieds sur terre, qui nous démontre que de courrir n est pas nécessaire dans la vie.

  • Vraiment un très beau documentaire à la télévision .Avec de l’amour et du temps au rythme de
    l’enfant on réussi des petits miracles bravo aux merveilleux parents elle a beaucoup de chance
    Elle est tellement belle avec ses beaux yeux et attachante merci Alphée.

leave a comment