Souvenirs d’une jeune fille de la rue Bourbonnière

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Née en 1929, Madeleine Parent-Boismenu, n’avait que trois ans lorsqu’elle et sa famille ont élu domicile au rez-de-chaussée du 5416 de la rue Bourbonnière, près de la rue Masson, dans une maison qui appartenait à son grand-père. Dotée d’une excellente mémoire, Madeleine, 83 ans, a bien voulu partager ses souvenirs avec les lecteurs de Ruemasson.com.

Madeleine Parent lors de sa première communion en 1937. Gracieuseté de Madeleine Parent-Boismenu.

Son père, Alphonse Parent, né en 1904, a grandi au même endroit, sur la rue Bourbonnière. La maison n’avait à ce moment qu’un seul étage et était construite dans le fond de la cour, près de la ruelle. « Quand mon père s’y est installé avec sa propre famille, on l’a avancée plus près de la rue Bourbonnière et on y a ajouté un étage », précise la Rosemontoise.

À l’époque, le logement abritait les parents, six enfants (cinq filles et un garçon) et une tante célibataire. « Cette maison n’a pas beaucoup changé d’aspect au fil des années. En fait, seuls les balcons et le perron ont été rénovés. Par ailleurs, on a complètement démoli la terrasse à l’arrière : maintenant, on ne trouve que le stationnement asphalté. Toutefois, il faut imaginer les avenues et les rues voisines très différemment d’aujourd’hui, car on y voyait des terrains vagues côtoyer des maisons », explique Madeleine.

« On allait à la messe à l’église Saint-François-Solano tous les matins avant d’aller à l’école. On passait par la ruelle à l’arrière de la maison, puis on arpentait la 18e Avenue jusqu’à l’église. C’est d’ailleurs là que je me suis mariée en septembre 1956 », indique Madeleine. Puis, de la 1ère à la 9e année, elle a fréquenté l’école Madeleine-D’Ailleboust, sur la rue Masson, où est maintenant installée la résidence pour personnes âgées Saint-François-Solano. « Mes tantes sont aussi allées à cette école qui était tenue par les Sœurs Franciscaines de Marie. »

En juillet 1959 : Madeleine est assise à côté de son père, Alphonse. Son conjoint, Jacques Boismenu, s’amuse avec leur fils ainé, Daniel, âgé de deux ans.

Précisons également que le père de Madeleine, tout comme son grand-père, a travaillé pendant 49 ans aux usines Angus comme forgeron. « Je me souviens qu’il y allait en vélo. Aussi, en 1949, après s’être cassé un poignet en réparant la maison, il n’avait pas pu aller travailler pendant six mois… sans salaire, ni assurance-chômage. Ce fut une très dure période. »

Jeux, fraises et bonbons « à la cenne »
Ses jeux d’enfants se sont déroulés dans ce qui est aujourd’hui le Jardin botanique de Montréal, alors un champ en friche. « On jouait aux cowboys et aux Indiens et à la cachette avec des sifflets. J’aimais particulièrement ce jeu : on sifflait dans un endroit, puis on se dépêchait de se sauver ailleurs pour confondre nos camarades de jeu », se souvient Madeleine.

Dans les années 30 et 40, au nord du boulevard Rosemont, l’agriculture régnait en maîtresse. « Il n’y avait que des fermes et des champs cultivés. Enfants, mes sœurs, mes amis et moi allions y ramasser des fraises. Nous étions payés un cent le casseau, mais on était contents, car on pouvait se régaler de bonnes fraises fraiches. Ensuite, on allait s’acheter des lunes de miel et des boules de coco : imaginez, pour un cent, on pouvait avoir trois bonbons! »

Outre les bonbons et les fraises, la jeune Madeleine se régalait aussi de frites. Un marchand ambulant arpentait les rues et les avenues du quartier. Sa « cabane à patates frites » était tirée par un cheval et il manifestait sa présence à l’aide d’un sifflet. Sa clientèle avait le choix entre un sac à 5 cents ou à 10 cents.

Agriculture urbaine des années 30
Le potager de la famille Parent était situé à l’angle des rues Bourbonnière et Masson, où est installé le dépanneur Couche-Tard. « À cette époque, les gens utilisaient les terrains vagues pour cultiver leurs légumes. Il faut dire que les familles étaient plus nombreuses. Heureusement, la Ville tolérait cela sans problème », se souvient Madeleine.

Le tramway
Pour aller se balader au centre-ville, on prenait le tramway no 52, une équipée d’une heure : du boulevard Pie IX, il roulait successivement sur Masson, Iberville, Mont-Royal, Saint-Laurent, Sainte-Catherine, puis, jusqu’à son terminus, au Forum de Montréal.

Par contre, si on voulait aller sur le mont Royal, on prenait le tramway no 7 : il roulait successivement sur Masson, Iberville et Mont-Royal, jusqu’à l’avenue du Parc. Les adultes payaient 25 cents pour quatre billets, alors que les jeunes en avaient sept pour le même prix.

Les anciens commerces de la rue Masson
C’est à l’emplacement de l’actuel Bureau du coordonnateur du CPE du Montréal Métropolitain (3914, rue Masson) que les dames allaient se faire confectionner des soutiens-gorge sur mesure à la boutique Brassières splendides.

Madeleine Parent et son conjoint, Jacques Boismenu, en 2012. Photo : RueMasson.com

À l’angle des rues Charlemagne et Masson, le restaurant Porta Venezia n’est pas le premier à y avoir proposé ses menus. Lorsque Madeleine avait 20 ans, on y trouvait un autre restaurant, le rendez-vous de la jeunesse de la paroisse Saint-François-Solano. Une frite et une boisson gazeuse ne coûtaient que 15 cents. Madeleine allait aussi manger chez Habib, un restaurant tenu par un Syrien, situé sur la rue Masson, près de la 8e Avenue.

L’immeuble à logements du 3935 de la rue Masson, près de l’avenue d’Orléans, est construit sur l’emplacement d’un ancien magasin de bois de chauffage. Même en ville, on se chauffait au bois à cette époque.

On pouvait s’approvisionner en bière et en bonbons « à la cenne » au magasin Chez Flo… là où se dressait  le restaurant Masson Delicatessen qui vient de fermer (angle Masson et 18e avenue).

Le mariage de Madeleine Parent à l’église Saint-François-Solano sur Dandurand en 1956. Photo: gracieuseté de Madeleine Parent-Boismenu.

 

 

13 commentaires à Souvenirs d’une jeune fille de la rue Bourbonnière

  1. Quelle belle idée cette entrevue avec les photos. Étant à Montréal depuis deux ans, je n’ai pas accès à de la famille racontant leur vie à Rosemont. Merci.

  2. Sylvieclaire

    Voici un complément d’information: La photo a été prise en 1937 (et non en 1947) alors que Madeleine avait 8 ans. De plus, pour preuve que plusieurs Rosemontois sont très attachés à leurs racines : Madeleine et Jacques Boismenu ont élevé leur famille… à Rosemont, dans le secteur de la 18e avenue et de la rue Laurier. Aujourd’hui, ils vivent toujours.. dans Rosemont, sur la 10e avenue, au nord de la rue Beaubien. Et le petit Daniel de la photo vit aussi dans le quartier.

  3. Baribal

    C’est vraiment plaisant de lire ça, ce sont de belle histoires! À défaut d’avoir nos racines ici, ça nous permet d’entendre parler de notre quartier dans « l’ancien temps »!

  4. Merci Cécile, je viens d’aller voir les articles Mémoires de Rosemont. Très intéressant.
    À quand une nouvelle course de bolides « boîte à savon »??? Une tradition qui pourrait être vraiment chouette à ranimer!

  5. gilles l.

    J’ai fait récemment un exercice similaire décrivant mon enfance dans le quartier Rosemont de 1947 à 1954. Revisiter le passé est une expérience très enrichissante qui permet de comprendre d’où nous venons et aussi de voir que le plaisir de vivre ne dépend pas uniquement de la consommation de biens matériels.Merci à madame Parent. Je constate aussi que 15 ans plus tard nos vies n’ont pas été tellement différentes. Mais c’était avant que le temps s’accélère à la vitesse que nous connaissons aujourd’hui.

  6. Nicole L'Ecuyer

    Je suis née à Rosemont sur la 17e ave en 1939 et j’ai fait mes classes jusqu’en 8e année avec les soeurs et j’ai toujours un attachement sans borne pour Rosemont ma mère s’appelait Gabrielle DesRoches et mon père Roméo L’Ecuyer un frère qui s’appelle Gilles et une soeur qui s’appelle Marielle merci de m’avoir permis de m’exprimer

  7. Micheline Lacroix

    Moi j’habitais 3935 rue Dandurand et en 1942 j’ai été baptisée à l’église St-François Solano … j’ai fait ma 1ere et 2e année à l’annexe rue Dandurand coin Charlemagne à coté de l’hospice qui a été construit en 1924 l’année que mes soeurs jumelles sont nées. et j’ai continué mon primaire jusqu’à 7e année à l’école Madeleine D’Ailleboust sauf en 5e année où je suis retournée à l’annexe avec Mlle Cloutier … Mme Gagnon enseignait l’autr Boxe groupe de 5e année. J’ai fait mes études en compagnie de mes nièces Thérèse, Madeleine Boisvert et Monique Gendron. Je suis retournée vivre dans ce quartier en 1963 après la mort de mon père Émile Lacroix qui a travaillé toute sa vie dans une usine de boite de carton… King Paper Box dans le quartier Hochelaga et Standard Paper Box…. Je me souviens du nom de plusieurs de mes compagnes de classe. Nicole Brochu, Louise Rémington, Louise Allard., Yvette Deschêsnes, Monique Parent, Lilianne Doutre, Monique Drasse, Louise Desmarteaux, Jeannine Champoux, Louise Germain, Monique Cournoyer, dont je me souviens avoir cotoyé pendant ces quelques années. J’étais très timide et je nefréquentais pas les étrangers et comme j’avais une grande famille, dont plusieurs neveux et nièces, j’étais bien entourée dans mon cocon familial. Merci de me lire, vous pouvez échanger avec moi sur facebook Micheline Robitaille (nom de famille de mon mari depuis plus de 52 ans. Je demeure à Joli dans la région Lnaudière depuis 1967. Au plaisir devous lire|

  8. Nicole Rondeau

    Chère tante Micheline,
    Très intéressant de connaître vos années de jeunesse et de nous rappeler ces beaux moments du passé.

    Votre nièce Nicole qui vous aime beaucoup!

    XOX

  9. Louise-Marie Pesant

    Nous habitions sur la 15e avenue. J’ai débuté ma 1ère année à cette école et j’ai fait mon primaire à la même école. Je me rappelle que nous faisions du patins a roulettes sur la rue. Nous allions au depanneur du coin et pouvions acheter des petits sacs de « chips » à 1 sous et des bonbons à la cent comme nous les appelions dans ce temps( des boules noirs, des caramels etc, etc). Je crois que ce fut ma plus belle période.
    De très beaux souvenirs.

  10. Marie-Elisabeth Brière-Hervé

    En faisant des recherches sur l’école Madeleine d’Ailleboust que j’ai fréquentée autrefois, je découvre « Souvenirs d’une jeune fille de la rue Bourbonnière ». Quelle n’a pas été ma surprise, en effet je suis aussi allée à l’école Madeleine d’Ailleboust à la même époque et j’habitais aussi rue Bourbonnière au 5175. J’arrivais de France, c’était en 1948, je suis entrée en 3è jusqu’à la 7è donc jusqu’en 1952 ou 53. Il y avait une soeur que j’aimais beaucoup. Je me souviens parfaitement de cette époque. J’ai fait aussi mes confirmation et communion à Saint François Solano et j’allais aussi à la messe le matin et de peur d’être en retard j’avais 2 messes. Je me souviens aussi de Madame Gagnon. J’ai eu plaisir à lire les noms des rues de Rosemont. J’ai toujours une amie qui réside sur la 2è avenue Rosemont avec qui je suis toujours en contact. Je suis revenue en France dans la région d’Orléans et j’ai 76 ans.
    Bien à vous.

  11. denise des cormiers

    J ai vécu plusieurs années sur la 16 e avenue près du boulevard Rosemont. Il y a une dame qui est intervenu qui s appelle Nicole Lécuyer je me souviens d elle et de sa famille qui était parent avec la famille de ma meilleure amie a l époque la famille de Manon Deschatelets. Beaux souvenirs et belle enfance dans la ruelle.

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