Hors de la calèche, point de salut : Griffintown de Marie-Hélène Poitras

Par -

GRIF-FIN-TOWN : chaque syllabe claque en bouche. Ce quartier mythique du sud-ouest de la ville est le décor du nouveau roman de la Rosemontoise Marie-Hélène Poitras. Le temps d’un western urbain, la romancière a délaissé son quartier pour explorer les méandres de l’univers des cochers. Rencontre.

Marie-Hélène Poitras dédicace un livre lors du lancement à La Succursale. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

L’univers des cochers elle l’a dans la peau. Attablée dans un café de la rue Masson, Marie-Hélène Poitras parle avec volubilité de son nouveau roman au titre évocateur. Résidente du Vieux-Rosemont depuis 2 ans, la journaliste et écrivaine fait paraitre cette semaine chez Alto son nouvel opus : Griffintown. En librairie le 11 avril.

« Je voulais faire exister ce monde-là, celui des cowboys dans la ville, tout en y infusant ma sensibilité », dit-elle. Cochère elle-même deux étés durant pour les touristes du Vieux-Montréal, c’est de cette expérience unique et du monde parallèle qu’elle a découvert, dont voulait témoigner l’auteure. Et le résultat est époustouflant.

À la fois western brutal et témoignage sensible, l’écriture est fluide et évocatrice, rude, mais soyeuse, c’est l’histoire d’amour entre les hommes et les chevaux dans toute sa justesse qui trouve son souffle dans l’étroit quartier délimité par le canal de Lachine au sud, la rue Notre-Dame au nord, la rue Guy à l’ouest et McGill à l’est.

Être ou ne pas être cowboy

Griffintown met en scène le dernier été d’une bande hétéroclite de cochers et fait de l’œil à plusieurs des codes qui ont fait la belle part à l’imaginaire du Far West. Les cowboys du quartier Griffintown sont des durs, ils et elles entretiennent des légendes troubles et trimballent comme autant exploits, un passé sulfureux ou carrément inventé.

« Ce sont des conteurs nés », explique l’auteure en parlant des cochers montréalais, « c’est dans leur nature de raconter des histoires » Griffintown témoigne de cette nécessité de révéler l’impossible, d’insuffler à la réalité une part de fiction et de tracer les contours d’un univers insaisissable, à l’instar des cowboys qui le peuple et du quartier où ils rodent.

C’est là que Marie, alias la Rose au cou cassé, ancienne cavalière dont l’amour des chevaux comble un vide existentiel, vient faire ses classes et gagner sa place par les cochers. Billy, John, la Mère, l’Indien, Alice, la Mouche sont autant de personnages hauts en couleur qui font partie de la légende du quartier, sans oublier les pensionnaires de l’écurie qui complètent le portrait du cowboy :

« Comme les cochers, les chevaux qui échouent à Griffintown traînent plusieurs vies derrière eux. On les prend tels qu’ils sont. C’est pour eux aussi, bien souvent, le cabaret de la dernière chance. »

Écrire un quartier

Marie-Hélène Poitras avait déjà évoqué l’univers équin dans La mort de Mignonne et autres histoires, recueil de nouvelles paru en 2005. Mignonne est une jument légendaire pour les cochers et elle hante par ailleurs le territoire en perdition de Griffintown.

« Pour moi, c’était vraiment le Far West (Far Ouest, dixit le roman). Il y a un cachet particulier à Griffintown, nul autre endroit de la ville ne ressemble à ce quartier », dit l’auteure. Il est vrai que ce territoire porte les stigmates d’un passé enfoui, tortueux et la marque d’un futur qui rime avec développement effréné.

Cette réalité est présente dans Griffintown, le repaire des cochers porte le nom de « château de tôle » et est ainsi baptisé, puisqu’il est vraiment fait de ce matériau, confirme l’auteure, ensuite puisqu’il est élevé par ceux qui le fréquente en un royaume, un monde qui a ses propres codes et lois, et sur lesquels l’auteure a tricoté son intrigue.

Une auteure heureuse. Photo : Cécile Gladel/RueMasson.com

Si Griffintown a la part belle du gâteau, le Vieux-Montréal, lieu de travail des cochers, et même le Vieux-Rosemont par le biais du Bingo Masson est évoqué. Écrire un quartier et s’en inspirer pour écrire une histoire est un pari réussi pour l’écrivaine rosemontoise. D’ailleurs, cette dernière a tenu à ce que le lancement ait lieu dans son quartier. La Succursale a donc accueilli son deuxième lancement de livre après celui de Matthieu Simard.

À quand les calèches et les cochers sur la rue Masson?

Pour avoir un aperçu du quartier Griffintown et de l’univers cocher du roman, voir le projet Quartier X Quartier et Mémoire d’un palefrenier, court film de Maxime G. Delisle et Marie-Hélène Poitras.

 

 

2 commentaires à Hors de la calèche, point de salut : Griffintown de Marie-Hélène Poitras

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>