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vendredi le 18 janvier
HomeMémoires de Rosemont40 ans aux Shops Angus : un pipefitter raconte

40 ans aux Shops Angus : un pipefitter raconte

André Sévigny. Photo: Sylvie-Claire Fortin

André Sévigny a travaillé presque 40 ans aux Shops Angus en tant que plombier industriel et tuyauteur (pipefitter). Tout ce qui se rapportait à la tuyauterie dans la mécanique et l’entretien des trains et des engins, c’était sa spécialité.

Mais avant tout, M. Sévigny est un véritable p’tit gars de Rosemont. Maintenant âgé de 78 ans, c’est avec générosité et enthousiasme qu’il a bien voulu confier ses souvenirs.

C’est à l’âge de deux ans que M. Sévigny s’est installé avec ses parents au 5293, de la 6e Avenue. Son père, né dans une maison qui existe encore, au 5515 de la 9e avenue (voisine du restaurant Frites Alors!) était barbier. Il travaillait à quelques pas de chez lui en tant qu’employé dans un salon qui occupait alors un local sur la 6e Avenue, là où est maintenant l’arrière boutique de la Fruiterie et Charcuterie Premier Choix.

André Sévigny est allé à l’école primaire Saint-Jean-de-Lalande alors appelée l’école Duvernay, sur la rue Laurier, entre la 8e et la 9e Avenue. Puis, il a étudié deux ans à l’école classique chez les Franciscains sur le boulevard Gouin, en face de la prison de Bordeaux. C’est toutefois à 16 ans qu’il a amorcé sa vie active en suivant les traces de son grand-père qui avait lui aussi travaillé aux usines Angus pour 29 $ par mois!

« L’usine Angus était en activité jour et nuit : les ouvriers s’y succédaient au cours de trois quarts de travail. À cette époque, on demandait une 9e année pour devenir employé », se souvient-il.

Diaporama sur les Shop Angus. Les photos d’archives sont de la Société d’histoire de Rosemont – Petite-Patrie.

Le début d’une carrière
Le jeune André, boîte à lunch à la main, se rendait tous les matins à pied aux Shops Angus. « J’entrais par l’une des guérites de l’usine, à ce qui correspond aujourd’hui à la 7e Avenue à l’angle de la rue Gilford. Je devais marcher d’un bon pas car le lieu où l’on pointait était dans la Locoshop (l’actuel Loblaw), donc complètement au sud du terrain. Au début, on travaillait du lundi au vendredi, de 8 h à 16 h, et le samedi, de 8 h à 12 h, soit 44 heures par semaine. L’horaire fut par la suite allégé à 40 heures par semaine : par exemple, de 7h30 à 15h30 ou de 15h30 à 23h30 », précise-t-il.

Embauché en 1949, à l’âge de 16 ans, il a complété une longue formation. « Ça a duré six ans, jusqu’en 1955, dont six mois à Toronto, aux frais de la compagnie. Lorsque je me suis marié, en 1953, mon voyage de noces fut de courte durée : la célébration a eu lieu le samedi et dès le lundi, il fallait que je sois à Toronto pour commencer une formation là-bas. Nous sommes donc allés très brièvement au Château Frontenac, à Québec (une destination alors fort prisée des nouveaux mariés de l’époque!), et nous avons mis le cap sur Toronto. Ma nouvelle épouse, Jacqueline, ne parlait pas un mot d’anglais… Elle aussi était une jeune Rosemontoise qui habitait au coin de la rue Dandurand et de la 1ère Avenue.

Travailler en anglais
La grande majorité des travailleurs étaient des Québécois francophones, mais tout se déroulait en anglais… le patron de M. Sévigny ne parlait pas un mot de français. Et, histoire d’alimenter la rumeur, paraît-il que les patrons de haut niveau devaient appartenir à la confrérie des Francs-Maçons pour avoir accès à ces postes de direction.

Bruyant le travail en usine? Oui, mais pas au point d’être insupportable. M. Sévigny dira d’ailleurs que depuis son passage aux Shops Angus, il parle d’une voix plus forte.

Au moment où il y a travaillé, les trains n’étaient plus construits aux Shops Angus : on y assurait l’entretien mécanique des wagons, des locomotives et des wagons de queue et on y effectuait aussi les réparations nécessaires.

Les Shops Angus aujourd’hui
L’actuel Loblaw a été construit dans l’édifice de la Locoshop : un édifice très haut et très grand pour accueillir les locomotives et les wagons. On peut d’ailleurs encore y apercevoir une immense grue jaune transversale installée en hauteur : il en fallait deux comme celle-là pour soulever un engin afin d’y faire des vérifications, des réparations ou des ajustements.

« Quand j’ai commencé à travailler, on était 10 000 employés! Quand j’ai pris ma retraite en 1989, on n’était plus que 600… Le dernier bâtiment où j’ai travaillé est le seul, avec la Locoshop, qui faisait partie du complexe original et que l’on n’a pas détruit. Il est situé à l’extrémité de la rue Mont-Royal, près de la rue Molson, à l’arrière du poste de police numéro 44 », explique M. Sévigny, qui, à cette époque, avait notamment pour tâche de réparer et ajuster les freins des wagons de queue.

Les derniers employés des usines Angus ont franchi la barrière de la rue Rachel le vendredi 13 décembre 1991 et que les activités se sont poursuivies dans les usines du Canadien Pacifique de Winnipeg, au Manitoba.

Latest comments

  • Très beau portrait, j’ai beaucoup apprécié votre article!

  • Très intéressant comme article. Le portrait de M. Sévigny illustre parfaitement le mode de vie des travaileurs de cette époque. Ce sont des gens qui ont dédié leur vie à leur travail qu’ils faisaient avec conscience. Quand ils étaient embauchés par des usines ou des compagnies, c’était pour la vie. On voit rarement ça de nos jours où les emplois sont précaires et où on ne ressent pas vraiment ce sentiment d’appartenance.

    Bravo!

  • Une belle tranche d’histoire de ce quartier remarquablement racontée. Bravo !
    S.

  • Il est toujours agréable de lire l’histoire d’un quartier, d’un lieu de vie et de travail, par le truchement d’un parcours individuel. Ce portrait fait revivre en pensée, pour un moment, un lieu et un temps maintenant disparus, sauf dans le souvenir de ceux et celles qui y ont vécu. À la fois instructif et émouvant.

  • Bravo Sylvie C.

    Excellent récit comme vous savez si bien le faire.
    Par le portrait de ce vétéran, j’aurai une meilleure connaissance de l’histoire des shops Angus; d’autant plus que je passe souvent devant cet énorme sculpture quand je fais du vélo vers le parc Maisonneuve.

    Gilles Paris

  • wow , trés belle article sylvie ! je suis la petite fille de monsieur sévigny donc cest mon grand-papa ! je lui es lis l’article es il es tres content . je suis fiere de mon grand-pere et encore plus fiere apres avoir lis cette article , merci beaucoup !

  • Une page d’histoire de Montréal bien racontée.

  • Je suis fiere de mon pere,il est une bonne exemple d un pere qui est perseverant, qui a su nous raconte de beau souvenir du quartier,meme s il ne savais pas parler anglais.merci papa ….je t aimes de ton fils Francois,

  • Bravo, Andre je suis suis fiere de mon beau-pere,,,je vous aimes,xxx

  • Bonjour M. Sévigny
    Mon père Edouard Moreau y a travaillé aussi comme pipefitter une trentaite d’années et peut-être plus. Il a pris sa retraite en 1974 à 65 ans. Vous vous êtes peut-être déjà croisés. Ce fut très agréable de vous lire.

  • I had the pleasure of working with both Mr, Sevigny and Mr. Moreau, during my time at Angus as a pipe fitter apprentice and pipe fitter we had a great bunch of workmates. That is where I learned to speak French which I still can but writing is hit and miss

  • Jai adoré, j’aurais voulu en avoir plus. Mr.Sévigny a peut rencontré mon grand père, il était un forman il était un des rares francophones qui parlait anglais,par le fait même il devait rencontrer le grand boss Mr.Bowen. Ce dernier avait donné comme mission à mon grand père de lui construire à Label un chalet avec salon de quille, un atelier de machiniste, une résidence pour ses invités etc..
    A ce moment là mon grand père Alfred Lapointe était payé par le chop Angus et par Mr.Bowen. Il pris sa retraite vers 1955.

  • Simplement pour dire qu’en date d’aujourd’hui, le bâtiment derrière le poste de police 44 n’existe plus. Il a cédé sa place pour des condos. On peut voir le bâtiment dans StreetView.

    Habitant les Shops Angus, j’adore le secteur du Loblaws. Je trouve dommage que pas plus de bâtiments n’ont pu être sauvé. En autre, au nord-est du Loblaws ce trouvait un bâtiment en forme de C qui semble très beau sur les photos d’époques. Quelqu’un sait-il pourquoi autant de bâtiments ont été détruits?

  • Francis L : l’article a été écrit en 2010, l’entrepôt Rona n’avait pas encore été démoli et le projet de condos n’était pas encore en marche.

  • J’aimerais juste précisé que le Seigneur Joseph Masson a peut-être connu Louis Joseph Papineau mais nous pouvons trouver dans les archives de Terrebonne qu’il a dénoncé les patriotes de Terrebonne aux autorités Britannique. Il était un riche homme d’affaire et collabo du régime Britannique Canadien. Évidemment il ne voulait pas perdre ses avantages sachant que les Patriotes voulaient abolir le régime Seigneurial.

  • Bonjour, j’habite depuis 7 ans dans le même immeuble de 5 appartements que mon ami André de 82 ans. Il habite l’un des deux logements du 2ième étage, moi au 3ième et sa petite fille habite le premier étage avec son conjoint et ses 2 enfants, dont le dernier est tout neuf, fraîchement pondu…

    André me donne son Journal de Montréal tous les jours après l’avoir lu, journal qu’il met après ma boîte aux lettres et il sait approximativement à quelle heure je vais descendre au 2ième étage chercher le courrier et, sauf l’hiver, il est très souvent sur la galerie, prêt a piquer une petite jasette pour prendre des nouvelles et jaser de nos derniers petits bonheurs ou malheurs. Tous les moments de partages sont importants, surtout pour les personnes plus âgées.

    Nous nous entendons très bien, c’est un bon voisin, malgré la jeune retraitée que je suis depuis 2 ans (62 ans!)
    Longue vie et bonne santé à mon ami…

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