Le Direct – BIDING BADANG.

Par -

Suivez les derniers coups de pédales d’un Coursier à Vélo du quartier au centre-ville de Montréal. Beau temps mauvais temps, le Coursier arpente les rues de la métropole sur son vélo Rocky Mountain RC50

Les collemboles se déplacent par saut grâce à leur fourche arrière, la furca. (Photo © IronChris / GNU Free documentation License)

Le service direct est un service de courrier qui consiste à prendre une enveloppe et à aller direct au destinataire, sans intermédiaire. Du point A au point B, pas de flafla, parce qu’on n’aime pas ça nous, le flafla.

Exemple réel d’un Direct:

Origine : 4020 St-Ambroise. Destinataire : 842 rue Pratt, Westmount. Heure de l’appel: 16h45. Pourcentage de la pente : 647265140917 %. Vitesse moyenne anticipée en montée : 9km/h. Phrase fétiche en montée : « More pain more pain ! ». Conditions atmosphériques : Nuageux et petite pluie, vent du nord-ouest 15 km/h, 100,9 kPa selon le vieux grincheux se tenant su’a track de chemin de fer.

La journée s’achève, Masson m’attend après cette enveloppe. J’accélère donc la cadence. 842 rue Pratt. J’écoute Labyrinthe de Malajube. J’attaque Côte-des-Neiges. Ça monte. 842 rue Pratt. Ça monte. Je dois traverser la montagne. « More pain more pain ». Ça monte toujours. 842 rue Pratt. J’esquive les nids-de-poule en zigzaguant de gauche à droite sur la chaussée toute arrachée-décâlissée par le temps hivernal.

Les Collemboles – Je fredonne Malajube Je sais qu’un jour, j’irai voir les collemboles. 842 rue Pratt. Mais je t’en prie, restes en vie. 842 rue Pratt. Pour la vie. Nid-de-poule BIDING BADANG ça cogne dans les dents. 482 rue Pratt. 482 rue Pratt. Ton cœur est celui qui ne s’arrêtera jamais. Non jamais. Re-nid-de-poule KAPOW KAPIEW ça cogne dans les genoux. 284 rue Pratt. 284 rue Pratt. Les nids-de-poule ont cette vilaine tendance à mélanger l’ordre des chiffres dans ma tête. La lumière vire au rouge, j’immobilise ma bécane avec un freinage agrémenté d’un crissement de pneu super-viril. J’enlève mes gants et les tord, ça tombe brun. Je revérifie ma destination et les chiffres reprennent leurs ordres originales dans ma tête: 842 rue Pratt.  J’ai soigné ton langage. J’ai poli ta coquille. Je remets mes gants tout juteux et repars, pour les collemboles. J’atteins enfin le sommet de Côte-des-Neiges.

Hérésie – Ça descend. On inspire. Ça descend. On expire. Ça n’arrête pas de descendre. Chacun fait sa part. Chacun joue son rôle. Je tourne à drette su’a chirre sur Linton, brûle deux lumières, continue la descente, tiens la cadence « More pain more pain », gau-gauche sur Pratt, 8-8-8-8-4-4-842 freine ça en faisant un burn sur l’asphalte pour que l’monde aille peur. Mon Direct a été livré, ma journée est donc terminée et du même coup, ma carrière de Coursier. Je suis là pour détruire mon corps que je me suis dis en rentrant chez moi tout peinard, sur « ma » rue Masson… Ce fût d’un malin plaisir.

Montréal cette anglaise (crédit photo: Alexandre Albert)

Cette ville va me rendre Fou.

Montréal est anglaise. Elle est rouge. Elle est de plus en plus rouge. Je croyais la connaître mais elle cachait bien son jeu. Il a fallu que je me mêle à elle pour le constater. Son centre est anglais, son cœur parle anglais. Le français n’est que couverture.

Ça me détruit de le constater. J’ai envie de m’enfermer. J’ai envie de pleurer…

Ceci était la 4e et la dernière chronique du Coursier.


3 commentaires à Le Direct – BIDING BADANG.

  1. Ah c’est tellement vrai qu’on souffre en vélo ! Je me rappel quand j’avais un vélo de route, et que je risquais ma vie à toutes les semaines dans les rues de Montréal, je me suis clairement demandé s’il n’y avait pas un coté masochiste à se faire mal de la sorte.

    J’aimais bien la douleur mais à force de voir des accidents des autres j’ai préféré changer de type de vélo.

  2. La fin est gigantesque, magnifique…mais si triste…

    Et on pédale avec toi, on force, on souffre, on grimpe et on a mal aux jambes, on a froid, on est mouillé…Bravo excellente chronique !

  3. il est temps de passer à autre chose pour le coursier
    A québec les clients se font servir en francais dans les restos et magasins, puis les touristes aiment ça!
    De plus, à Montréal pour quand le Tramway????mais ce serait pas vite comme un coursier à vélo Bravo Julien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>